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À l’heure du coronavirus, Pékin ville fantôme et terrorisée

Une bonne partie des Pékinois se terrent, à plus de 1000 kilomètres de l’épicentre de l’épidémie de coronavirus.

Un homme assis dans un wagon de métro désert.

Dans le métro de Pékin, lundi 3 février 2020

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Sortir le moins possible. Mais s’il le faut, faire ses courses rapidement sans trop s’attarder. Le masque sur le visage. Éviter les contacts, les foules au maximum. Une bonne partie des Pékinois se terrent, à plus de 1000 kilomètres de l’épicentre de l’épidémie de coronavirus. La capitale chinoise, qui a connu un premier mort le 27 janvier, en devient presque méconnaissable.

Une rue déserte.

Centre-ville de Pékin, à 7 h 51 le 3 février 2020

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Il est presque 8 h en ce lundi 3 février. Les rues de Pékin auraient dû vibrer au rythme de la bataille que les véhicules, vélos, motos et tuk-tuks se livrent habituellement dans un respect relatif des règles de la circulation et des piétons. Mais ça, c’était avant. Avant le nouveau coronavirus. Avant que les autorités ne repoussent la date du retour au travail d’une semaine.

Des vélos sur le bord d'une rue déserte.

Au centre-ville de Pékin, près du secteur financier à 9 h 15 le 3 février 2020.

Photo : Radio-Canada

Milan Yi n’a donc pas l’intention de mettre le nez hors de son appartement de banlieue pendant encore un bout de temps. D’ailleurs, elle ne l’a pas fait depuis des jours. La jeune productrice pigiste en publicité a fait des provisions avant le long congé. Si je sors, je risque d’attraper cette maladie. Surtout si je prends les transports en commun, lance-t-elle.

Un centre commercial sans clients.

Le centre commercial The Place de Pékin

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Il n’y a pas foule dans les métros et les autobus. Ils étaient déserts dans les jours qui ont suivi le Nouvel An lunaire. Des jours durant lesquels les Pékinois émergent normalement de leurs célébrations familiales pour aller au restaurant ou dans les boutiques.

Cette année, Milan Yi était seule durant cette fête si importante pour les Chinois. Pour la première fois de sa vie. Car ses parents se trouvent à Huanggang, près de Wuhan, l’épicentre de l’épidémie et deuxième ville à avoir été touchée, plus de 1000 cas de contamination et 17 morts, en date du 2 février. Elle les appelle quotidiennement, parfois deux fois par jour. C’est dire que la crise l’ébranle.

Une femme, en conversation par lien vidéo, la tête appuyée sur sa main.

Milan Yi, en conversation par lien vidéo. Pékin, janvier 2020

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

À Pékin, elle n’ouvre même pas à ceux qui lui apportent des marchandises, si elle passe une commande.

Je dis aux livreurs de déposer le tout sur le pas de la porte. Une fois qu’ils sont partis, je rentre les sacs, je lave ce que j’ai commandé et je me lave les mains.

Milan Yi, résidente de Pékin et originaire du Hubei, province à l’épicentre de l’épidémie.

Alors sans surprise, quand je lui demande s’il est possible de la rencontrer en personne, au lieu de lui parler par lien vidéo, sa réponse fuse : Non. Pas maintenant. Elle ajoute que ce n’est pas nécessaire. Milan Yi assure que moi aussi, je cours le risque d’attraper le virus en circulant dans Pékin.

Les autorités locales martèlent qu’il faut éviter les sorties, en particulier dans les endroits bondés. Cela fait partie notamment des directives pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus, que nous retrouvons collées sur les portes d’appartement, par exemple.

Avertissement aux visiteurs affiché sur la porte d'un immeuble.

Avertissement, dans mon édifice. Pékin, janvier 2020

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

À chaque jour, pratiquement, sa mesure de prévention. En fin de semaine, une boîte de mouchoirs a fait son apparition près des ascenseurs de mon édifice. Un film plastique protège depuis peu les touches pour monter aux étages. Une note assure que l’endroit est désinfecté régulièrement.

Des barricades, parfois de fortune, ont été érigées dans des quartiers, pour bloquer l’accès des non-résidents. Ou du moins, les filtrer.

Deux affiches dans une rue.

Avertissement (à gauche) à toute personne qui revient de province ou à tout visiteur de s’enregistrer. Défense d’entrer (à droite). Dans un quartier modeste de Pékin, 2 février 2020.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Plus loin dans le centre de Pékin, Sophie Xue vient m’accueillir à l’entrée de son quartier, au cas où le gardien s’opposerait à ma venue. Une pancarte demande à tout visiteur de s’enregistrer. Mais en cette fin de journée, il n’y a personne à la guérite.

Une femme accroche son manteau devant une fenêtre.

Sophie Xue place son manteau sur un cintre pour le faire aérer à la fenêtre. L’un des gestes qu’elle effectue dès qu’elle rentre dans l’appartement. Une mesure adoptée depuis le début de l’épidémie. Pékin, 2 février 2020

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

En me voyant arriver, son fils Tiger met un masque. Normalement, parents et enfant n’en portent pas quand ils sont entre eux à la maison. Mon interlocutrice garde le sien pendant l’entrevue, je fais la même chose.

Un enfant porte un masque chirurgical.

Tiger n’a pas d’école pendant encore plusieurs semaines, les classes sont suspendues en raison de l’épidémie. Pékin, 2 février 2020

Photo : Radio-Canada

Cofondatrice d’une entreprise de communication, Sophie Xue est plutôt sereine. Oui, les vacances du Nouvel An de la famille ont été bouleversées par l’épidémie. Il a fallu réduire les activités extérieures. Ils sortent quand même de temps à autre pour que leur fils fasse du sport. Elle précise que tout ce temps passé à l’intérieur lui a permis notamment d’apprendre à cuisiner des plats... chinois.

Elle reconnaît qu’il y a de l’inquiétude dans l’air. Vu que les chiffres [nombre de cas de contamination] ont augmenté, tout le monde est un peu sensible.[...] Les gens ont peur, vous savez. Mais de mon côté, pour ma famille, le virus... je pense... ça va guérir, dit-elle.

Un homme dans une cuisine coupe des aliments.

Aux fourneaux. La famille profite de tout ce temps passé à l’intérieur pour cuisiner, entre autres. Pékin, 2 février 2020

Photo : Radio-Canada

Et si l’action des autorités est sujette à débat, et même de méfiance chez une partie des Chinois qui trouvent qu’elles ont tardé à alerter la population, Sophie Xue est résolument dans le camp de ceux qui ont une foi inébranlable en leurs dirigeants.

On pense qu’il faut vraiment écouter tout ce qui se passe avec le gouvernement, en fait. Le gouvernement donne les informations 24 heures sur 24. (...) Je dirais du gouvernement transparent.

Sophie Xue

La construction à la vitesse grand V d’hôpitaux dans la région de Wuhan l’impressionne. Sans oublier celui qui est rénové à Pékin, pour reprendre du service presque 17 ans après la crise du SRAS.

Vue aérienne d'un hôpital en construction.

L'Hôpital de la montagne du dieu du feu à Wuhan a été construit en 10 jours afin d'accueillir des patients atteints du coronavirus.

Photo : Reuters / China Daily

En ces temps de ralentissement de la croissance en Chine, Sophie Xue s’inquiète toutefois de l’impact de l’épidémie sur l’économie, avec les fermetures prolongées, les horaires modifiés, ou les suspensions de service dans de nombreux secteurs.

Une affiche indiquant les modifications des heures d'ouverture d'un commerce.

Loin du retour à la normale. Pékin, 3 février 2020

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Cédric Van Turtelboom fait partie de ceux qui feront du télétravail cette semaine. Il est éditeur photo pour un magazine féminin à Pékin. Dans mon boulot, on a aussi parfois, et même souvent, des shootings de mode, des shootings de célébrités, qui devront être produits d’ici le 20 février au plus tard. Donc, je me demande comment ça va se passer, dit-il.

Installé depuis quelques années ici, il se dit chanceux de ne pas avoir à prendre de transport en commun pour aller au travail, quand viendra le temps de s’y rendre physiquement. Ce n’est pas très loin de chez lui. Ma femme doit prendre tous les matins le métro pendant une demi-heure, je ne sais pas comment elle va faire et ça m’inquiète un peu effectivement.

Une immense statue et des passants sur une artère commerciale.

Ambiance dans un centre commercial huppé de la capitale. Les magasins sont habitués à beaucoup plus de clientèle quelques jours après le Nouvel An lunaire. Pékin, 30 janvier 2020

Photo : Radio-Canada

Le couple sino-belge sort très peu, porte masques et gants à l’extérieur, et désinfecte vêtements et chaussures une fois rentré. Pas de virée dans les centres commerciaux. Cédric Van Turtelboom préférait que l’entrevue se fasse au téléphone. Il dit bien comprendre, à la lecture des données qui circulent, que l’épidémie du nouveau coronavirus fait moins de victimes que la grippe au Canada ou en Europe, par exemple.

C’est encore moins, beaucoup moins de décès donc... il faut faire attention, être attentif. Mais pas non plus verser dans la panique totale, comme je pense que c’est un peu le moment, actuellement.

Cédric Van Turtelboom

L’éditeur photo résume le sentiment général, en disant qu’il n’a jamais vu Pékin aussi calme.

C’est une drôle d’ambiance. Voilà , ajoute-t-il.

La grande question : à quand un retour à la normale? La contamination n’a pas encore atteint son pic. Et le retour prochain des millions de Chinois qui sont allés passer le long congé du Nouvel An dans leur village ou ville d’origine, provoque une certaine nervosité, car cette vaste migration est propice à la propagation du virus.

Un homme balaie la rue.

Parmi celles et ceux qui sont au retour au travail.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

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