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Conflit israélo-palestinien : Trump change les règles du jeu

Une photo de Trump en train de crier brûlée par des manifestants avec des briquets.

Des Palestiniens en colère après l'annonce du plan de paix proposé par Donald Trump brûlent un portrait du président américain à Ramallah.

Photo : Radio-Canada

Il aura fallu attendre trois ans pour apprendre la teneur du fameux « deal du siècle » du président américain, sa vision pour le règlement du conflit israélo-palestinien qui dure depuis plus de 70 ans.

Décrit comme largement favorable à Israël, le document de 180 pages a été dévoilé mardi dernier à Washington, en présence du premier ministre Benyamin Nétanyahou, mais en l’absence remarquée de toute représentation palestinienne.

Rashid Khalidi, titulaire de la Chaire Edward Saïd d'études arabes à l'Université Columbia à New York, connaît très bien les processus de négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens.

L’historien a fait partie de la délégation palestinienne lors de la Conférence de Madrid de 1991 et des négociations à Washington qui ont mené aux accords d’Oslo de 1993 et, pour lui, il ne fait pas l’ombre d’un doute : il n’y aura pas de négociations, ce plan est un diktat.

Ce ne sont pas un ou deux points qui le font sourciller dans le plan, mais le document entier.

Je n’ai jamais vu une position aussi extrême. Ça va plus loin que toutes les propositions israéliennes passées. La politique de discrimination n’a jamais été présentée de façon aussi explicite et évidente.

Rashid Khalidi, historien

Parmi les éléments les plus controversées selon lui figurent les questions de Jérusalem, du sort des réfugiés dans les pays voisins et du morcellement des territoires palestiniens.

Vue du quartier derrière un mur de sécurité.

Vue du quartier d'Abou Dis, à Jérusalem. Selon le plan de Trump, ce quartier deviendrait la capitale d'un futur État palestinien.

Photo : Radio-Canada

Ce n’est pas un État palestinien qu’ils proposent, dit-il. Il n’y a pas de souveraineté, ça n’a aucun attribut d’un État.

Le plan prévoit notamment l’annexion par Israël des colonies juives en Cisjordanie occupée, en particulier dans la vallée du Jourdain, qui doit devenir la frontière orientale d’Israël.

Le sort des Arabes israéliens

Il y a également la question des Arabes israéliens, les descendants de Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël en 1948. Selon le plan de Trump, des dizaines de milliers d’Arabes israéliens qui jouissent présentement de droits en Israël se retrouveront annexés à l’Etat palestinien, perdant ainsi leur statut.

Ils seront jetés dans les limbes d’un non-État. Des politiciens radicaux israéliens ont déjà évoqué l’idée de se débarrasser des citoyens arabes, mais leurs idées étaient marginales. Maintenant, ces positions sont devenues une feuille de route israélo-américaine.

Rashid Khalidi

Selon lui, l’intention de l’administration Trump est de complètement changer les règles du jeu. L’idée derrière ce plan est de tourner la page sur la solution de deux États, précise-t-il. Et donc les Palestiniens devront faire le choix entre la soumission à vie ou la lutte pour des droits égaux à l’intérieur de l’État israélien. Et cette situation serait en fait bien pire qu’un Apartheid, parce qu’un peuple aura des droits alors que l’autre n’en aura pas du tout.

Il s’agit d’un projet colonial du XIXe siècle qui est en train d’être appliqué au XXIe siècle, ça va à l’encontre de toute logique.

Rashid Khalidi
Des soldats israéliens lancent du gaz lacrymogène pour séparer des manifestants palestiniens.

Accrochages entre soldats israéliens et manifestants palestiniens dans un village dans la vallée du Jourdain, qui doit devenir la frontière orientale d’Israël, selon le plan de paix de l'administration Trump.

Photo : Radio-Canada

À l'encontre des règles du jeu

Alain Gresh, directeur de la revue en ligne Orient XXI et ancien rédacteur-en-chef du Monde diplomatique, va dans le même sens. Ce plan bafoue totalement toute la légalité internationale, assure-t-il, citant les dizaines de résolutions votées par le Conseil de sécurité de l’ONU qui ont été complètement oubliées dans ce plan.

Tout comme M. Khalidi, le spécialiste du Moyen-Orient affirme que les propositions qui figurent dans ce deal du siècle vont à l’encontre des règles du jeu et n’ouvre pas la voie à des négociations entre les deux parties.

Tout comme les Israéliens, les Américains n’ont plus de contact avec l’Autorité palestinienne, notamment depuis le déménagement de l’ambassade américaine [de Tel-Aviv] à Jérusalem, dit-il.

Il n’y a pas un Palestinien qui serait prêt à négocier sur la base de ce plan.

Alain Gresh

« Feu vert » à l'annexion

Pour M. Gresh, le timing du dévoilement du plan est très bien calculé, à quelques semaines des élections israéliennes, les troisièmes en moins d’un an.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, avait annoncé que son gouvernement se réunirait dimanche pour trancher la question de l’annexion de l’ensemble des colonies. Mais la réunion a finalement été annulée à la suite d’une demande de Washington invitant les Israéliens à se pencher sur la question après les élections du 2 mars.

Donald Trump tape sur l'épaule de Benyamin Nétanyahou.

Le président des États-Unis, Donald Trump, et le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, lors de l'annonce du « deal du siècle », le 28 janvier 2020.

Photo : Getty Images / Alex Wong

Mais pour les experts, le « feu vert » américain à l’annexion de ces territoires a déjà été donné.

C’est ce qu’avance Yakov Rabkin, professeur d’histoire à l’Université de Montréal et auteur de plusieurs livres, dont Comprendre l’État d’Israël. C’est un cadeau de taille pour Nétanyahou, dit-il. Il va vouloir accélérer l’annexion des colonies, car c’était la seule carte qui lui manquait. Le contrôle de ces territoires est déjà entre les mains des Israéliens, mais maintenant il pourra l’officialiser. 

C’est, pour lui, le triomphe du discours de l’extrême droite qui prend de plus en plus de place dans les espaces public et politique en Israël. Il y a plusieurs positions qui étaient perçues dans le passé comme étant extrémistes et qui sont devenues aujourd’hui dominantes.

Peur des conséquences

M. Gresh rappelle d’ailleurs qu’il a déjà été  envisagé, dans les négociations passées, d’annexer les grands blocs de colonies à Israël dans le cadre d’échanges territoriaux avec un futur État palestinien . Là, il ne s’agit pas de quelques colonies, mais de l’ensemble des colonies, souligne-t-il. Et quand on voit la carte publiée par l’administration américaine elle-même, l’État palestinien est réduit à un archipel de bantoustans

Selon lui,  une partie de l’establishment militaire israélien a peur des conséquences que ça peut avoir sur la sécurité israélienne .

Si vous enlevez aux Palestiniens tout espoir, il y a la peur d’une nouvelle Intifada. Il y a quand même une prise de conscience que ce n’est pas sans risques.

Alain Gresh

Il dit également craindre une plus grande mobilisation de groupes radicaux à Gaza, qui se disent affiliés au groupe armé État islamique, et qui ont récemment désigné Israël comme un  ennemi de guerre .

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