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Vers l’acquittement du président Trump mercredi au terme d’un procès sans témoin

Donald Trump parle sur son téléphone cellulaire.

Selon toute vraisemblance, Donald Trump sera acquitté des accusations qui pèsent contre lui.

Photo : La Maison-Blanche

L'accusation n'a pas pu aller chercher les quatre voix républicaines dont elle avait besoin pour forcer la convocation de témoins dans le procès en destitution du président Trump. Le procès, dont l'issue est scellée, reprendra lundi et se terminera deux jours plus tard.

Les procureurs démocrates, menés par Adam Schiff, ont dû se contenter de l'appui des sénateurs républicains Mitt Romney, de l'Utah, et Susan Collins, du Maine, échouant ainsi dans leurs efforts pour enjoindre à la Maison-Blanche de produire des éléments de preuve et pour forcer la convocation de témoins, au premier chef l'ex-conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche John Bolton.

En début de semaine, des révélations du New York Times sur un livre à paraître de l'ancien collaborateur du président avaient pourtant laissé entrevoir que le vent pourrait tourner. John Bolton y affirmerait notamment que son ancien patron a bien instrumentalisé l'aide militaire à l'Ukraine dans le but d'obtenir des enquêtes, notamment sur l'ex-vice-président et candidat à l'investiture démocrate Joe Biden.

Ultimement, il a manqué deux votes aux démocrates pour faire adopter la résolution, qui devait se décider à la majorité simple, avec l'aval de 51 des 100 sénateurs – dont 53 sont républicains.

Il n'est pas nécessaire que le Sénat rouvre l'enquête à laquelle la majorité démocrate de la Chambre a choisi de mettre un terme, a tranché dans un communiqué le leader de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, jugeant les éléments de preuve présentés suffisants pour prendre une décision. Avant le procès, ce dernier avait indiqué qu'il y aurait une coordination totale avec les avocats de la Maison-Blanche.

Son vis-à-vis de la minorité démocrate, Chuck Schumer, a déploré un simulacre de procès, accusant le Sénat de se détourn[er] de la vérité.

Les Américains sauront que ce procès n'était pas un vrai procès. Il n'y avait pas de témoins, pas de documents. C'est une tragédie à très grande échelle.

Une citation de :Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate

Similairement, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a accusé les républicains d'être des complices de l'opération de dissimulation du président.

C'est la première fois qu'un procès en destitution se déroulera sans témoins.

À l'issue du vote, le président Trump, qui a largement commenté le procès sur Twitter, a écrit que les démocrates ne seraient JAMAIS satisfaits. Il les avait auparavant accusés de scander équité alors qu'ils mènent la chasse aux sorcières la plus injuste de l'histoire du Congrès américain.

Vain plaidoyer

John Bolton ajuste ses lunettes.

John Bolton, qui a quitté son poste de conseiller à la sécurité nationale du président Trump en septembre 2019, s'annonçait un témoin vedette du procès.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Pavant la voie à un acquittement assuré, le camouflet infligé aux responsables de la mise en accusation s'était annoncé la veille. Par communiqué, une des voix républicaines nécessaires aux démocrates avait déjà scellé l'issue du vote.

Le responsable en chef de la mise en accusation, Adam Schiff, n'en a pas moins livré un ultime plaidoyer, s'appuyant entre autres sur de nouvelles révélations du New York Times publiées en début de journée.

Vendredi matin, le quotidien new-yorkais a rapporté que John Bolton indiquerait dans son manuscrit que le président Trump lui aurait personnellement demandé de l'aider dans ses efforts pour obtenir des responsables ukrainiens des informations préjudiciables aux démocrates dès mai 2019, soit deux mois avant l'appel du 25 juillet entre les présidents américain et ukrainien.

La requête aurait été faite en présence de l'avocat personnel du président Rudy Giuliani et du conseiller juridique de la Maison-Blanche, Pat Cipollone – qui assure d'ailleurs la défense du président Trump dans le procès.

Réitérant son appel en faveur de la convocation, notamment, de John Bolton, M. Schiff a lancé un avertissement aux républicains : vous ne devriez pas laisser le président échapper à ses responsabilités pour voir plus tard de façon claire ce qui s'est passé.

Les faits finiront pas sortir, a-t-il prédit, soulignant qu'ils le faisaient déjà. Les documents que le président cache vont sortir. Les témoins que bloque le président vont raconter leur histoire. Et on nous demandera pourquoi nous n'avons pas voulu entendre ces informations alors que nous en avions l'occasion.

Si vous privez ce pays d'un procès équitable, il sera impossible de faire valoir que le verdict a une signification.

Une citation de :Adam Schiff, responsable en chef de la mise en accusation

L'avocat personnel du président, Jay Sekulow, a martelé que les procureurs demandaient au Sénat de faire le travail de la Chambre des représentants.

Réfutant l'argument démocrate associant témoins et procès équitable, l'adjoint au conseiller juridique de la Maison-Blanche, Patrick Philbin, a affirmé que l'accusation tentait de cacher le fait que les chefs d'accusation n'étaient pas matière à procès.

C'est vraiment une figure rhétorique utilisée pour dissimuler les vrais problèmes.

Une citation de :Patrick Philbin, adjoint au conseiller juridique de la Maison-Blanche

À verdict consensuel raisons variées

Montage photo montrant Mitt Romney, Susan Collins, Lamar Alexander et Lisa Murkowski

Mitt Romney, Susan Collins, Lamar Alexander et Lisa Murkowski pourraient voter avec les démocrates pour entendre des témoins.

Photo : Getty/Zach Gibson, Reuters/Joshua Roberts, AP/Carolyn Kaster, Reuters/Eric Thayer

Si la décision de rejeter l'admission de nouvelles preuves a quasi unanimement rallié les républicains, les explications invoquées étaient variées.

Plusieurs d'entre eux ont continué à marteler que le président n'avait rien à se reprocher. Toutefois, le sénateur du Tennessee Lamar Alexander, qui a enfoncé le clou dans le cercueil du procès peu après la dernière journée de la période de questions des sénateurs, a reconnu que les démocrates avaient prouvé que Donald Trump avait gelé l'aide militaire à l'Ukraine pour des raisons de politique partisane.

La Constitution ne donne pas au Sénat le pouvoir de démettre le président de ses fonctions et de l'exclure du scrutin de cette année simplement pour des actions inappropriées, a-t-il tranché.

Une deuxième alliée potentielle des démocrates sur cette question, la sénatrice de l'Alaska Lisa Murkowski, a pour sa part fermé la porte à cette option en début d'après-midi, écorchant la Chambre des représentants et la nature partisane de la mise en accusation. Je suis arrivée à la conclusion qu'il n'y aura pas de procès équitable au Sénat. Je ne pense pas que la poursuite de ce processus changera quoi que ce soit, a-t-elle déclaré.

L'une des explications les plus notables est venue du sénateur de la Floride Marco Rubio, dont le vote ne laissait planer aucun doute. Une destitution infligerait des dommages immenses et potentiellement irréparables à notre nation déjà divisée, a-t-il écrit dans un communiqué.

Ce n'est pas parce que des actions répondent aux critères de mise en accusation qu'il est dans l'intérêt supérieur du pays de destituer un président.

Une citation de :Marco Rubio, sénateur de Floride

Troisième président de l'histoire des États-Unis à avoir été mis en accusation, Donald Trump a spécifiquement été accusé, le mois dernier, d'abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès.

Un acquittement prévu mercredi

Une statue à l'effigie du Deuil pose son visage couvert sur l'épaule de la statue représentant l'Histoire sur le monument de la Paix près du Capitole, où se déroule le procès en destitution du président Trump.

Le Sénat a décidé de retarder le vote sur les chefs d'accusation jusqu'à la semaine prochaine.

Photo : Reuters / Mary F. Calvert

Après le vote décisif sur les témoignages, l'audience a été suspendue pendant plus d'une heure et demie, laissant planer l'incertitude quant à l'issue du procès, alors que se déroulaient en coulisses les négociations entre les deux camps.

Elle aussi adoptée en fonction des lignes de parti, la résolution fixant la fin du déroulement du procès, présentée par Mitch McConnell, prévoit que les plaidoiries de clôture débuteront lundi à 11 h. L'accusation et la défense disposeront alors de deux heures chacune.

La résolution prévoit aussi la suspension du procès jusqu'à 16 h mercredi. Le Sénat votera alors sur les deux chefs d'accusation retenus contre Donald Trump.

Les républicains ayant jusqu'ici fait bloc derrière le président contre vents et marées, l'issue du procès, elle, n'a jamais laissé planer de doute. Pour aboutir, une procédure de destitution doit recueillir une majorité de deux tiers.

Donald Trump aurait préféré être acquitté avant le discours sur l'état de l'Union, qu'il prononcera mardi soir. CNN a rapporté que Mitch McConnell avait d'ailleurs exposé la situation au président avant d'annoncer la résolution.

En vertu de l'entente entre les deux partis, les démocrates ont de leur côté présenté quatre amendements – symboliques –, qui, de façon prévisible, ont tous été rejetés.

Deux d'entre eux, ciblant spécifiquement le témoignage de John Bolton, ont obtenu l'appui des sénateurs républicains Collins et Romney.

Un premier amendement visait plus généralement à forcer le témoignage de John Bolton et de trois responsables de l'administration Trump, dont le chef de cabinet de la Maison-Blanche par intérim, Muck Mulvaney. Un dernier proposait de laisser le juge Robert trancher sur la question des témoins et des documents.

Selon CNN, les républicains ont accepté de reporter la fin du procès à la semaine prochaine afin de s'épargner la multiplication d'amendements que les démocrates menaçaient de déposer et les longues nuits qu'ils auraient présupposées.

Dès lundi ou mardi, les sénateurs pourront par ailleurs prendre la parole pour une période totale de 10 minutes. Au sein du camp républicain, des voix réclamaient à l'interne une fin rapide du procès, mais certains élus, dont la réélection n'est pas assurée, désiraient avoir l'occasion d'expliquer leur décision.

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