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Le Projet Authier pourrait avoir un impact sur l’Esker Saint-Mathieu-Berry

Affiches sur le lieu du projet minier Authier de l'entreprise Sayona Mining.

Le projet minier de l'entreprise Sayona Mining devrait être situé à environ 150 mètres de l'esker, à La Motte, en Abitibi.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Thomas Deshaies

L’étude d’impact du Projet Authier de Sayona Québec, qui a été rendu public mercredi, démontre que l’esker Saint-Mathieu-Berry pourrait être impacté par le projet de mine de lithium. L’impact anticipé concerne le niveau de la nappe phréatique de la portion sud de l’esker et non une dégradation anticipée de la qualité de l’eau.

Dans l’étude hydrogéologique qui a été déposée en novembre 2019 au promoteur, on peut y lire qu’un secteur de l’esker d’une superficie de 1,9 km2 pourrait être affecté par un rabattement du niveau de la nappe phréatique de 0,5 à 6,5 m.

Il n’y a toutefois pas de répercussions anticipées sur les prises d’eau de l’entreprise Eska et de la Ville d’Amos, qui sont situées beaucoup plus au nord du projet Authier. Cette section de l’esker (dans le secteur du Projet Authier) n’est cependant pas une source d’eau potable et est isolée de la portion de l’esker qui fait l’objet d’exploitation, mentionne-t-on dans le rapport, qui précise qu’un socle rocheux sépare les deux sections de l’esker.

L’équipe d’hydrogéologue estime que le niveau de l’eau dans cette partie de l’esker pourrait subir un rabattement (abaissement), mais qu’après la fermeture de la mine, le niveau de la nappe retournera progressivement à son état d’équilibre.

Accroître la connaissance sur l’impact du rabattement

La firme d’hydrogéologue embauché par Sayona Québec recommande de mettre sur pied un projet de connaissances dont l’objectif serait de mieux documenter les impacts du rabattement de la nappe phréatique sur les aquifères granulaires (NDLR : Notamment, les eskers) ou sur les milieux humides.

Une proposition jugée pertinente par le Groupe de recherche sur l’eau souterraine de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Lors d’une entrevue qui portait sur la mine North American Lithium située aux abords de la moraine Harricana, le professeur Éric Rosa avait fait savoir l’importance d’accroitre la connaissance sur le sujet. Il y a des lacunes, au niveau scientifique, sur l’évaluation des impacts potentiels du dénoyage des mines sur les aquifères plus superficiels, avait-il déclaré.

En entrevue, le chef de la direction de Sayona Québec, Guy Laliberté, s’est montré ouvert à ce type d’étude. Si le ministère juge approprié de nous demander, on verra ce qui est nécessaire de faire, a-t-il déclaré.

Engagement de ne pas agrandir la mine vers le nord, où est l’esker

Questionné sur l’impact anticipé sur l’esker, M. Laliberté rappelle qu’il s’est engagé publiquement à ce qu’il n’y ait pas d’impact sur l’esker. De façon sensible et calculée, il n’y aura pas d’impact, tranche-t-il, tout en précisant que « quand on parle de l’esker, on parle de l’endroit oû sont situées les prises d’eau de l’entreprise Eska et la Ville d’Amos, c’est la partie nord de l’esker.

Dans l’étude d’impact, Sayona Québec mentionne à plusieurs reprises qu’elle s’engage formellement à ne jamais empiéter sur l’esker Saint-Mathieu-Berry, même si elle possède des titres miniers actifs (claims) sur celui-ci. On s’engage de ne pas aller de ce côté-là, si ça peut rassurer tous ceux qui ont de l’intérêt comme nous, à maintenir un esker intact, assure M. Laliberté.

Les gens de l’Abitibi, lorsqu’ils verront passer un véhicule électrique, celui-ci contiendra le lithium de la région de La Motte.

Guy Laliberté, chef de la direction de Sayona Québec

Il rappelle que le Projet Authier engendra des investissements de 120 millions de dollars et la création de centaines d’emplois. On oublie souvent aussi de parler de la contribution du lithium du Projet Authier, que la région va faire dans la lutte aux changements climatiques, précise-t-il.

Finalement, tel que mentionné dans l’étude d’impact, le projet entrainerait la perte de près de 20 hectares, qui seraient toutefois compensés. L’entreprise dresse également dans son étude un ensemble de mesures d’atténuations. M. Laliberté se montre confiant par ce qui a été déposé. On dépose un peu plus tard, mais c’est plus complet, déclare-t-il. Je pense qu’on a bien fait notre boulot.

Le comité citoyen veut protéger l’esker dans « son intégrité »

Rodrigue Turgeon, portant un manteau noir, regarde vers la rivière sous un ciel nuageux et sombre.

Rodrigue Turgeon, co-fondateur du comité de protection de l’Esker

Photo : Radio-Canada / Emmanuelle Latraverse

Le co-porte-parole du Comité citoyen de protection de l’esker, Rodrigue Turgeon, dénonce les déclarations publiques des représentants de Sayona Québec à l’effet qu’il n’y aura pas d’impact sur l’esker. Le document (étude d’impact) est parsemé d’extraits ou justement la compagnie vient avouer que son projet aura un impact sur l’esker. Nous, ce qu’on dénonce, c’est le discours contraire tenu par le promoteur dans l’espace public (consultations publiques, rencontres publiques, etc.), mentionne-t-il.

Rodrigue Turgeon indique de la position du comité est la protection de l’esker dans son intégrité. Donc, à la fois la portion Nord où est situé le puits d’Amos et la portion sud, situé aux abords du projet minier.Pas question de sacrifier quoi ce soit de ce territoire-là qu’est l’esker Saint-Mathieu-Berry et surtout pas pour des expérimentations, ajoute-t-il.

Si la compagnie était sérieuse dans son discours, elle retirerait d’elle-même ses claims (titres miniers) qu’elle possède sur l’esker.

Rodrigue Turgeon, co-porte-parole du Comité citoyen de protection de l’esker

L’engagement de non-agrandissement de la fosse sur l’esker n’a pas de valeur, selon Rodrigue Turgeon. Juridiquement, elle détient le pouvoir d’aller entretenir et même le devoir d’entretenir ses activités minières sur l’esker. Un claim, si tu l’entretiens pas, tu les perds , déclare-t-il.

M. Turgeon indique que le comité entamera sou peu une série de consultations et consultera des experts avant de décider si le comité s’opposera dorénavant fermement au Projet Authier, ou non.

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