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Le Manitoba compte moins de prisonniers, mais ses prisons sont toujours surpeuplées

Un homme tient les barreaux d'une cellule de prison.

Le nombre de détenus dans les prisons manitobaines a baissé de près de 13 % en 2018-2019, une première depuis 1990-1991.

Photo : Shutterstock

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le nombre de détenus dans les prisons manitobaines a baissé de près de 13 % en 2018-2019, la plus forte diminution en près de 30 ans, mais cette diminution n’endigue pas les problèmes de surpopulation carcérale auxquels font face les centres de détentions provinciaux.

Le Manitoba comptait 295 prisonniers de moins que l’année précédente en 2018-2019, selon les dernières statistiques de la province. C’est la plus forte diminution en un an depuis 1990-1991, année la plus ancienne pour laquelle des statistiques sont disponibles sur le site du ministère provincial de la Justice.

Après une augmentation quasiment constante depuis le début des années 2000, le nombre de détenus dans les prisons manitobaines s’est stabilisé à partir de 2012-2013.

Cette tendance est « une bonne nouvelle », selon Sharon Perrault, la directrice générale par intérim de la John Howard Society du Manitoba, un organisme qui offre divers services aux détenus et les aide à se réinsérer dans la société une fois qu'ils ont purgé leur peine.

Pas de corrélation avec le taux de criminalité

À première vue, ces statistiques peuvent sembler étranges, alors même que la criminalité a augmenté ces dernières années, notamment à Winnipeg.

« Souvent, le nombre de personnes emprisonnées ne va pas de pair avec le taux de criminalité », note toutefois le professeur en justice criminelle Michael Weinrath, de l’Université de Winnipeg. « En général, on pense que, plus il y a de crimes, plus il y a de prisonniers, et vice versa. »

Il est malgré tout difficile d’expliquer cette diminution du nombre de prisonniers. « Un nombre de facteurs peuvent influencer le nombre total de prisonniers. Le Manitoba a mis en place un nombre d’initiatives destinées à réduire le nombre de prisonniers, tout en assurant la sécurité publique », dit le gouvernement dans une déclaration écrite.

Influence limitée de la justice réparatrice

« Une des explications possibles, c’est que de plus en plus de cas sont redirigés vers de la justice réparatrice », avance Sharon Perrault. « D’autres sont aussi mis en liberté conditionnelle et d’autres, encore, ont des aménagements de peine qui peuvent influencer le nombre de détenus. »

« Au lieu d’avoir des gens incarcérés durant de longues périodes de temps ou de manière continuelle, je pense que les tribunaux et le gouvernement cherchent des solutions alternatives. »

— Une citation de  Sharon Perrault, directrice générale par intérim de la John Howard Society du Manitoba

Michael Weinrath, lui, insiste sur le fait que la justice réparatrice a, en fait, des effets limités, selon une recherche qu’il a menée.

« On s’est rendu compte que ce type de justice était surtout utilisé pour des personnes qui faisaient face à la justice pour la première fois pour des petits crimes. La police, aussi, est réticente à l’utiliser », explique-t-il.

« Pour comprendre la baisse du nombre de prisonniers, il faut regarder l’activité des autres agents du service judiciaire. La prison arrive à la fin. Avant cela, il y a la police et les tribunaux. »

— Une citation de  Michael Weinrath, professeur en justice criminelle à l’Université de Winnipeg

Des prisons toujours surpeuplées

Malgré la baisse du nombre de détenus, les prisons provinciales restent tout de même surpeuplées. Sur les sept prisons gérées par la province, seul le centre correctionnel de Milner Ridge n’était pas plein, selon les données du ministère de la Justice au 27 janvier.

« Il y a toujours un problème assez important de surpopulation dans les prisons provinciales, note Michael Weinrath. Cela ne favorise pas de bonnes conditions [de vie] pour les prisonniers, [de travail] pour les employés. »

Ce problème de surpopulation carcérale risque d’être accentué après la fermeture définitive de la prison de Dauphin à la fin du mois de mai. Celle-ci accueille 67 détenus à l’heure actuelle, qui devront être répartis dans les autres centres correctionnels de la province.

Vendredi dernier, le ministre provincial de la Justice, Cliff Cullen, avait annoncé la fermeture du centre correctionnel de Dauphin, datant de 103 ans. Il l’avait justifié en raison de sa vétusté et de la baisse globale du nombre de prisonniers dans les centres correctionnels manitobains.

Michael Weinrath pense pour sa part que des raisons financières ont aussi joué dans cette décision. « Une grande part des coûts d’une prison provient des employés. La seule vraie façon de réduire les coûts du service correctionnel, c’est de fermer une partie d’une prison, ou de fermer complètement une prison. »

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