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Pourquoi je quitte les réseaux sociaux pendant un mois

L'animateur Matthieu Dugal devant les icônes de Facebook, Linkedin, Twitter et Instagram.

Matthieu Dugal a décidé de «tirer la plug» des réseaux sociaux et documenter son expérience pendant un mois.

Photo : Ariane Pelletier / Radio-Canada

Matthieu Dugal

Je me déconnecte. Point.

Je ne suis pas un enfant des réseaux sociaux, mais qu’importe : dans certaines religions, on baptise aussi à l’âge adulte. Je suis sur ces plateformes depuis bientôt 13 ans, soit une grande partie de ma vie professionnelle.

Facebook depuis 2007. Twitter depuis 2009. Instagram depuis 2012. LinkedIn depuis 2015. Comme le veut cette citation célèbre de l'auteur Douglas Coupland, mon cerveau pré-Internet me manque.

Matthieu Dugal, animateur de l'émission Moteur de recherche et bibitte hyperconnectée, tentera l'expérience du... minimalisme numérique. Pendant un mois, en février, il se coupera de tous ses réseaux sociaux. Comment vivra-t-il ce sevrage? Suivez-le dans ses réflexions sur Radio-Canada Techno.

Treize années de grand bonheur à découvrir et à expérimenter cette nouvelle forme de communication en embrassant pas mal toutes ces innovations avec beaucoup d’enthousiasme.

Treize années, ça donne, au pif, des dizaines de milliers de publications; beaucoup de nouvelles amitiés; des discussions riches; du partage; du niaisage; quelques prises de bec; et, surtout, beaucoup de plaisir.

J’adore les réseaux sociaux; je m’y suis tout de suite trouvé très à l’aise. J’ai toujours aussi été un boulimique d’information, de lecture, de partage... Ceci explique cela.

Si je fais le compte de mes quatre plateformes de prédilection – Facebook, Twitter, Instagram et LinkedIn –, je compte 50 000 abonnés. Presque un micro-influenceur.

Ces réseaux sociaux m’ont tellement donné. Même l’amour. Car mon couple est (oui, c’est tellement banal, j’en conviens) un couple Facebook. Ma blonde et moi avons commencé, comme tant d’autres, à fraterniser à petits coups de J’aime bien placés.

Le vide

Mais pour la première fois, récemment, j’y ai ressenti comme un grand vide. Que se passe-t-il? Une crise de la quarantaine? Une montée de technophobie? Ma lancée à pleine vitesse sur l’autoroute de l’obsolescence programmée?

De plus en plus, je me regarde aller sur ces innombrables plateformes et je trouve qu’il y a quelque chose qui cloche en moi.

Je passe sur la dégradation générale du ton qu’on y trouve, tout en me demandant de quelle manière j’y participe. Comment se fait-il qu’une si belle invention soit devenue aussi addictive, et, selon de plus en plus d’études, à ce point toxique pour le vivre-ensemble, en plus d’être néfaste pour l’économie et la santé mentale – et, avouons-le carrément, pour les fondements de notre démocratie?

De plus en plus, je me pose cette question : si notre code de la route était balisé comme le sont actuellement nos réseaux sociaux, est-ce que ce seraient les chauffards qui en écriraient les lois?

Je me demande de plus en plus qui est maître de ma présence dans ce monde où l’on ne s’ennuie jamais. Mon cerveau raisonnable ou mon petit chien de Pavlov intérieur qui salive du bout des doigts à chaque notification? À chaque rafraîchissement d’écran?

À trois heures de temps-écran quotidien sur mon cellulaire, cela dit, on parle de plus de 1000 heures par année que je passe maintenant à « scroller down », à m’indigner, à m’obstiner.

Matthieu Dugal, animateur de l'émission Moteur de recherche

Mille heures, c’est le temps que j’aurais pu mettre à apprendre une nouvelle langue, non? Ou à lire davantage de journaux, de magazines, de livres? À faire davantage de sport?

L’an dernier, j’ai senti, pour la première fois, que je commençais à ne plus être aux commandes de ma consommation de réseaux sociaux. Pourtant, je les ai tous paramétrés; j’ai masqué tous les indésirables; j’ai essayé de faire taire ce petit « evil twin » qui se réveille encore souvent lorsque je suis en ligne. J’ai désactivé toutes mes notifications.

Je pensais m’être bien prémuni, mais je pense ne pas l’avoir fait assez. Les questions sans réponses restent dans mon esprit.

Quelle est l’origine de ce besoin quasi impulsif, que j’ai développé au cours des années, d’avoir à aller en ligne?

Quels sont les effets de cette consommation sur ma mémoire et sur la capacité de me concentrer, de porter mon attention sur quelque chose?

Quels sont les effets de ma présence en ligne sur ma vie privée?

Le minimalisme numérique

Au cours de la dernière année, deux livres m’ont beaucoup fait réfléchir à propos de ce qui se cache derrière ce besoin d’être toujours en ligne : Digital Minimalism, du chercheur en informatique Cal Newport, de l’Université Georgetown, et The Age of Surveillance Capitalism, de la professeure émérite de Harvard Shoshana Zuboff.

Je n’aime pas le mot « détox », parce que, fondamentalement, l’idée de réseau social n’est pas néfaste dans son essence.

Matthieu Dugal, animateur de l'émission Moteur de recherche

Mais dans son essai, où il nous invite à prendre une pause de ces plateformes pour nous rendre compte de leurs effets sur nos vies, Cal Newport plaide habilement qu’une meilleure hygiène en ligne est la clé pour développer une meilleure hygiène mentale et même, peut-être, une meilleure hygiène sociale.

De son côté, Shoshana Zuboff dresse un portrait aussi fouillé qu’inquiétant de la manière dont la technologie est en train de s’immiscer au plus creux de notre être. En résumé : nous ne devrions plus considérer, notamment, nos réseaux sociaux comme un simple espace ludique, médiatique et/ou politique, mais bien comme un appareil sophistiqué de surveillance destiné à monétiser l’ensemble de notre vie.

Selon Zuboff, nos appareils et leurs capteurs, loin de nous libérer, sont une manière de monétiser nos pensées et nos comportements afin de nous faire consommer de plus en plus. Et de nous surveiller sans notre consentement.

C’est dommage, parce que j’ai plein d’amis et amies en ligne, et cette déconnexion, c’est aussi quitter un paquet de relations enrichissantes.

À tout mon entourage : ma coupure des réseaux sociaux n’est en rien un jugement sur votre présence en ligne. J’essaie seulement de comprendre à quel prix se fait ce type de relations inédites dans l’histoire humaine.

Je me rends que compte que c’est aussi triste de réaliser que ce bonheur de passer du temps en ligne entre proches a maintenant été monétisé et que mon double numérique fait de plus en plus de moi une passoire pour ces empires numériques, alors que l’inverse est toujours aussi faux : ceux-ci me sont opaques.

Ils savent tout sur moi; il m’est impossible de savoir à qui, et dans quelles conditions, ils utilisent mes données. Est-ce vraiment cela qu’on appelle l’intelligence?

Au cours des quatre prochaines semaines, je tiendrai un journal de cette déconnexion, à la radio, à l’émission Moteur de recherche. Et oui, paradoxalement, aussi en ligne, par le truchement de textes écrits pour le site web de Radio-Canada Techno.

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