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Amiante : travailleurs à risque au Château Montebello

Le Château Montebello, en Outaouais.

Le Château Montebello, en Outaouais

Photo : Radio-Canada / Luc Tremblay

Des travaux au prestigieux Château Montebello, en Outaouais, ont mis en danger la santé de travailleurs exposés à de la poussière d’amiante, a appris Enquête. Des clients pourraient aussi avoir respiré cette substance cancérogène. La Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a tardé à intervenir, malgré les plaintes répétées de travailleurs.

« Les travailleurs ont tout de suite commencé à lever le drapeau rouge parce qu’il y avait certaines personnes qui avaient des masques et qui jouaient avec l’amiante, mais la personne cinq pieds à côté n'avait pas de protection », raconte le représentant syndical Marc Laframboise, qui parle au nom de plombiers qui ont travaillé sur le chantier de l’hôtel. 

Le Château Montebello a pourtant une grande notoriété. L’établissement a accueilli des invités comme les présidents américain et mexicain George W. Bush et Vicente Fox en 2007.

En 2018, toutes les chambres devaient être rénovées, des travaux évalués à plus de 15 millions de dollars. Ces travaux, considérés comme à « risques élevés » en raison de la présence d’amiante, ont été confiés à un entrepreneur général.

« Le Château Montebello avait fait ses devoirs, ils avaient fait produire un devis de désamiantage en prévision de leur projet de rénovation », indique Marc Laframboise.

Or, des travailleurs ont effectué des travaux de désamiantage en t-shirt, ont constaté des plombiers, qui ont rapporté la situation à leur représentant syndical.

Un ouvrier nettoie des résidus d’amiante en t-shirt au Château Montebello.

Un ouvrier nettoie des résidus d’amiante en t-shirt au Château Montebello

Photo : Association unie (Local 71)

« Il y avait des déchets d'amiante friable qui traînaient. C’était assez triste à voir et difficile à gérer comme situation », explique Marc Laframboise, qui était catastrophé par la situation.

Il y avait des morceaux d’amiante à découvert. Des planchers, en dehors de la zone scellée, étaient aussi couverts de poussière.

Au moins une trentaine de travailleurs ont pu respirer de l’amiante, croit-il.

L’entrepreneur devait pourtant prendre des mesures sévères de sécurité pour désamianter le bâtiment avant la rénovation.

Les travailleurs auraient dû, dès le départ, porter un habit étanche et un masque. L’endroit où se déroulaient les travaux aurait dû être complètement scellé, et une zone de décontamination devait être installée pour assurer que les travailleurs ne charrient pas de matières dangereuses à l’extérieur.

C’est ce qu’exige la loi au Québec.

Poussière d’amiante présente sur la tuyauterie et dans la zone décontaminée. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Poussière d’amiante présente sur la tuyauterie et dans la zone décontaminée

Photo : Association unie (Local 71)

« L'amiante est un cancérogène puissant, parce que ça ne prend pas nécessairement de grandes expositions pour commencer à avoir un risque de cancer », explique Geoffroy Denis, médecin à la Direction régionale de santé publique de Montréal. « Il faut mettre en place beaucoup de mécanismes de protection pour les travailleurs et la population qui est autour. »

« Il y a eu possibilité que les clients de l'hôtel aient été exposés. Je me rappelle d'avoir fait une visite de chantier, je marchais à l'extérieur, et je voyais que la majorité des fenêtres dans une des ailes en construction étaient ouvertes. Des poussières d'amiante ont pu quitter la zone contaminée », dit le représentant syndical Marc Laframboise. 

Au début des travaux, il n’y avait pas d’affiches qui prévenaient qu’un chantier de désamiantage était en cours, comme le prévoit la loi, ajoute M. Laframboise.

La situation du Château Montebello n’est pas unique : tous les édifices construits avant 1990 sont susceptibles de contenir de l'amiante. Les risques pour la santé surviennent quand l’amiante devient accessible et friable. Des fibres peuvent alors être respirées.

10 jours à attendre la CNESST

Il aura fallu 10 jours avant qu’une inspectrice de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail intervienne au Château Montebello. Marc Laframboise estime qu’une quinzaine de plaintes concernant l’amiante ont été déposées pendant cette période. 

« On parle d'une semaine et demie pendant laquelle les travailleurs lèvent le drapeau. On veut faire quelque chose, on veut intervenir, puis on sent qu'on n'a pas le support de la CNESST. »

Pourtant, le chantier posait plusieurs problèmes. Lorsque l’inspectrice suspend le chantier, elle écrit dans son rapport :

  • Des matériaux contenant de l'amiante [...] sont dans un état friable.

  • La poussière peut se retrouver sur plus d'un étage.

  • Les travailleurs sur les lieux ne sont pas protégés avec un appareil de protection respiratoire adéquat.

L’entrepreneur fautif, Marc Laverdure, a refusé les demandes d’entrevue de Radio-Canada. Dans un courriel, il affirme avoir bien fait son travail et soutient que les clients de l’hôtel n’ont pas pu être exposés à de la poussière d’amiante.

Interrogée sur ses interventions, la CNESST a refusé d’accorder une entrevue à Enquête. « Considérant que l’exposition à l’amiante est une tolérance zéro, la CNESST intervient avec promptitude et diligence », a indiqué l’organisme dans un courriel.

Cette réponse scandalise Marc Laframboise. « La CNESST [parle de] tolérance zéro, [mais] ce qu'on voit, c’est qu'il n’y a pas d'action-réaction. Ça prend vraiment beaucoup de pression pour faire fermer un chantier. [La CNESST] aurait pu monter un dossier solide avec le Château Montebello pour faire appliquer des sanctions pénales, mais il y a banalisation. C'est vraiment triste parce qu’à la fin de la journée, c'est les travailleurs de la construction qui y laissent leur santé. »

Pour un registre d'exposition à l'amiante

L’Association des victimes d’amiante du Québec (AVAQ) se dit fort préoccupée par la situation. En plus de tarder à intervenir, la CNESST ne fait pas de suivi des travailleurs potentiellement exposés. Ce sont eux qui devront faire la démonstration de leur exposition s’ils tombent malades.

« Quand on est exposé à l'amiante, on ne tombe pas malade le lendemain », dit Norman King de l’AVAQ, aussi épidémiologiste de carrière et chargé de cours à l’UQAM en santé et sécurité au travail. « Ça prend des fois jusqu’à 40 ans avant que la maladie se développe. » 

Pour lui, il est temps que Québec serre la vis à la CNESST. « Le gouvernement devrait obliger la commission à instaurer une nouvelle pratique de registre d'exposition à l'amiante lorsqu’un travailleur a été exposé sans protection. »

Le propriétaire du Château Montebello, le groupe chinois Evergrande et le gestionnaire de l’établissement Fairmont ont refusé les demandes d’entrevues d’Enquête.

Au téléphone, la spécialiste des relations publiques au Château Montebello Jennifer Wilson a indiqué que le gestionnaire ne répondrait qu’aux clients s’ils posaient des questions. « C’est un sujet qu’on n’a pas vraiment envie d’aborder. On ne veut pas en parler. Le moins on en parle, le mieux on se porte. De notre côté, tout est correct. »

Deux autres ailes du Château Montebello doivent être rénovées en 2020.

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Vous avez des informations à nous communiquer? Écrivez à la journaliste Julie Dufresne à julie.dufresne@radio-canada.ca  (Nouvelle fenêtre)

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