•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le zéro déchet, une responsabilité de plus pour les femmes?

Le Point, 6 septembre 1995

Audrey Neveu

Alors que le mouvement zéro déchet prend de plus en plus d’ampleur, les femmes sont nombreuses à en prendre la responsabilité, surtout à la maison. Pour certaines, le zéro déchet est une charge mentale qui s’ajoute à leurs tâches quotidiennes, mais elles croient toutes que les hommes prennent de plus en plus leur place.

À la naissance de son premier enfant, la Calgarienne Ghita Jones a décidé de redoubler d’efforts pour réduire sa production de déchets. Il n’était pas question d’acheter de nouveaux jouets et vêtements, alors que sa famille et ses amis en avaient déjà des tonnes.

Je suis plus hardcore, on dirait, depuis que j’ai des enfants, avoue Ghita Jones dans un éclat de rire.

Ghita Jones donne une entrevue dans son salon entourée de plantes

Ghita Jones avoue avoir pris en charge le zéro déchet chez elle, bien que son conjoint soit extrêmement impliqué lui aussi.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Chez elle, le zéro déchet rime notamment avec compost, cosmétiques faits maison, aliments en vrac et couches lavables.

Son mari, Philippe Jeanneau, est très impliqué et conscientisé, affirme-t-elle. Toutefois, c’est elle qui prend davantage la responsabilité du zéro déchet sous leur toit, encore plus durant son congé de maternité.

Oui, c’est moi, juste parce que je suis à la maison la plupart du temps, puisque mon mari travaille cinq jours par semaine, affirme Ghita Jones .

Ghita Jones verse du beurre de karité dans un bain-marie sur sa cuisinière pour le faire fondre.

Pour diminuner la quantité de déchets qu'elle produit, Ghita Jones produit elle-même ses cosmétiques, comme de la crème à main.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Gérante du magasin zéro déchet The Apothecary, à Calgary, elle observe que ce sont principalement des femmes qui portent la responsabilité du zéro déchet dans leur maison.

Ce sont les femmes qui voient les déchets que leur famille crée, en faisant l’épicerie, en changeant les couches, en achetant les vêtements. Ce sont elles qui voient ce qu’elles consomment.

Ghita Jones, gérante d'un magasin zéro déchet

Les femmes font plus de tâches ménagères

Cela ne surprend pas la sociologue de l’environnement et chargée de cours à l'Université du Québec à Montréal Denise Proulx.

Étant donné que ce sont les femmes qui ont été traditionnellement et qui sont toujours traditionnellement au coeur de cette organisation-là, c'est normal que ce soit elles qui s'occupent [ plus du zéro déchet ] et qui le fassent plus que les hommes, affirme la professeure.

Denise Proulx ajoute que cela ne veut pas dire que les hommes ne font rien et qu’ils n’y sont pas intéressés. Lorsqu'il est question de zéro déchet à la maison, le marketing cible souvent délibérément les femmes.

Le magasin Without Co. est très lumineux et rempli de comptoirs en bois remplis de bouteilles de vitre et de grands contenants de remplissage.

Le magasin zéro déchet Without Co. vise spécifiquement les jeunes femmes souhaitant dépenser pour des produits zéro déchet de luxe et durables.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

C’est sur ce constat que repose en partie le modèle d’affaires de Michelle Fentiman, propriétaire de la boutique zéro déchet Without Co. de Calgary. Plus de 90 % de ses clients sont des femmes.

La plupart des produits que je vends sont des produits de nettoyage et d'hygiène personnelle et ce sont les femmes qui les achètent majoritairement.

Michelle Fentiman, propriétaire de la boutique zéro déchet Without Co.

Elle avoue cibler délibérément les femmes, parce qu’elle comprend plus intuitivement leurs besoins de consommation.

Nous offrons des produits qui permettent de réduire les déchets produits spécifiquement par des femmes, ajoute-t-elle, donnant en exemple les lingettes démaquillantes réutilisables, les cosmétiques remplissables et les produits menstruels lavables.

Michelle Fentiman avoue qu'il serait plus facile d'attirer des hommes dans son magasin si elle offrait plus de produits spécifiques pour eux, comme des produits pour la barbe... et un rasoir d'une autre couleur que le rose!

Un rasoir rose est déposé sur une boîte en papier.

La boutique Without Co. offre principalement des produits zéro déchet qui visent des femmes, mais voudrait agrandir son offre de produits aux hommes.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Les hommes, impliqués eux aussi

Ce ne sont évidemment pas que les femmes qui font des efforts pour réduire leur production de déchet à la maison. Bien des hommes le font aussi, comme l’entrepreneur calgarien Stéphane Théorêt.

Sylvie-Anne Roy et Stéphane Théorêt donnent une entrevue à leur table de cuisine.

Pour Sylvie-Anne Roy et Stéphane Théorêt le zéro déchet à la maison est un « projet commun », dans lequel ils sont investis tout autant l'un que l'autre.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Même s’il a toujours eu une conscience environnementale développée, il avoue qu’il a commencé à se soucier davantage des déchets produits dans sa maison lorsqu’il a commencé à y travailler à temps plein.

De vivre avec tous ces déchets, ça a alimenté mon appétit encore plus [ pour réduire ma production de déchets ].

Stéphane Théorêt, entrepreneur

Il a fait de sa conscientisation son nouveau métier, puisqu’il enseigne maintenant des cours sur le zéro déchet à l’école francophone d’Airdrie, au nord de Calgary. Cette prise de conscience a aussi eu un impact sur sa dynamique familiale par rapport au zéro déchet.

Même si les deux on est conscientisés, c’est dur de dire que je suis plus impliquée que Stéphane, parce que dans le fond, ce n'est pas vrai, affirme sa conjointe Sylvie-Anne Roy. Il est plus impliqué que moi, autant à l'extérieur qu'à l'intérieur de la maison.

Une charge sur les épaules

Peu importe qui est l'instigateur d'un changement dans une famille, celui-ci a tendance à en prendre davantage sur ses épaules, que ce soit pour le zéro déchet, l’épargne ou les habitudes d’alimentation plus saines.

Pour apaiser la tension que ça crée dans les familles, la personne qui veut faire des changements au niveau de la consommation dans la famille dit qu'elle va s'en occuper. Elle se met à vouloir faire à manger, l'épicerie, elle va courir les friperies, illustre la sociologue de l’environnement Denise Proulx.

Un évier de cuisine parsemé d'objets de nettoyage en bois ou en tissu simple.

Beaucoup d'entreprises offrent des objets réutilisables pour diminuer la quantité de déchets domestiques.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Elle ajoute que les hommes agissent eux aussi pour protéger l’environnement, mais différemment. Ils ont davantage tendance à acheter des voitures hybrides ou électriques et à proposer des solutions pour réduire la production de déchets sur leur lieu de travail. Bref, ils agissent davantage dans la sphère publique que privée, dit-elle.

Protéger l’environnement, un instinct maternel?

Ghita Jones et Sylvie-Anne Roy affirment que leur désir de protéger l’environnement découle de leur désir de protéger leurs enfants, une sorte d’instinct maternel.

On est nées, on materne. On materne nos enfants. On materne tout ce qu'on touche, qu'on s'occupe. On materne la terre. C'est comme ça que je me sens. Je veux faire attention, affirme Sylvie-Anne Roy.

Ce message résonne aussi chez les hommes, comme Stéphane Théorêt.

Le zéro déchet, je ne le fais pas pour moi. J'ai quatre enfants et trois petits-enfants. Je le fais pour eux. Je ne veux pas leur laisser un héritage de déchets.

Stéphane Théorêt, entrepreneur

Je veux faire ma part des choses avant de quitter ce monde et de montrer aux jeunes qu'il est temps qu'on fasse attention et qu'on le fasse bien, affirme-t-il.

Denise Proulx croit que la conscience environnementale n’est pas genrée. Avec la socialisation et l’éducation, les différences de comportement s’estompent entre les jeunes hommes et les jeunes femmes, dit-elle. Les jeunes d’aujourd’hui à la conscience développée veulent agir dans toutes les sphères de leur vie, tant publique que privée. Pour eux, toute solution est bonne pour lutter contre les changements climatiques.

Les jeunes sont beaucoup dans le mode solution. Ils disent, ‘’ne nous dites plus que ça va mal, on le sait. Trouvez-nous des solutions et aidez-nous à les mettre en oeuvre, affirme Denise Proulx.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Alberta

Environnement