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Chronique

Santé mentale : quand les témoignages des artistes libèrent la parole

Florence K sourit et ses cheveux sont blonds.

La chanteuse, musicienne et autrice Florence K

Photo : Facebook/Florence K

Fanny Bourel

Pénélope McQuade, Jonathan Roberge, Safia Nolin, Phil Roy, Florence K, Marilou, Mike Ward… Plusieurs personnalités publiques ont levé le voile sur leurs problèmes de santé mentale au cours des dernières années. Qu'elles aient parlé de dépression, d'anxiété ou de bipolarité, leurs témoignages ont généré un tsunami de confidences. Des prises de parole essentielles pour faire évoluer les consciences et surtout inciter les gens en détresse à se faire aider, disent des spécialistes.

La chanteuse et pianiste Florence K est l’une des premières vedettes à s’être ouvertes sur leur santé mentale. En 2015, elle a surpris tout le monde en sortant le livre Buena Vida, où elle raconte la dépression majeure qu’elle a traversée quatre ans plus tôt et révèle être bipolaire. 

À l’époque, elle craignait d’être jugée et de voir sa carrière en souffrir, mais elle n’a pas laissé ces peurs l’arrêter. 

Je n’ai jamais regretté d’avoir parlé de ma santé mentale, indique-t-elle.

Je me suis dit : "Si ma situation peut aider d’autres personnes, si mon vécu peut résonner dans le cœur de quelqu’un d’autre, il faut que je le fasse.”

Une citation de :Florence K, chanteuse et musicienne

Ce souci d’être utile à autrui a également motivé l’humoriste Jonathan Roberge à aborder ses problèmes de dépression, d’anxiété et d’attaques de panique à plusieurs reprises, notamment l'an dernier au micro de Bianca Gervais dans une vidéo réalisée par La Clef et Télé-Québec.

« Depuis que j’avais eu une dépression, il y a une dizaine d’années, chaque fois qu’une personne de mon entourage ne feelait pas, c’est moi qu’elle appelait, même à deux heures du matin », raconte-t-il. 

« En 2014, j’ai donc décidé d’en parler dans une chronique sur le site d’Urbania pour aider les autres, car on a besoin de communiquer à ce sujet. Je ne m’attendais pas à ce que mon texte soit aussi lu et partagé. »

Un tsunami de réactions

Très rapidement après la publication de leurs confidences, Florence K et Jonathan Roberge ont reçu un flot de témoignages du public dont l’ampleur les a surpris.

Beaucoup de personnes m’ont écrit pour me dire qu’elles n’allaient pas bien alors que je suis juste un gars qui fait des jokes, explique l’humoriste à qui, aujourd’hui encore, des gens viennent se confier au quotidien. 

Demain, si je publie un nouveau statut parlant de santé mentale sur Facebook, je vais recevoir entre 50 et 100 longs messages de gens.

Idem pour Florence K, à qui des milliers de gens ont écrit sur les réseaux sociaux.

Du monde m’a arrêtée dans la rue pour pleurer dans mes bras, des gens m’ont montré leurs cicatrices d’automutilation.

Une citation de :Florence K

Être en contact avec autant de détresse humaine aurait pu fragiliser ces deux artistes, qui contrairement à des psychologues, n’avaient pas la formation ni la préparation pour écouter des personnes en souffrance.

Cela m’aurait mis une pression supplémentaire pour aller mieux [si j’avais encore été dépressif à ce moment-là], reconnaît Jonathan Roberge.

Je ne savais pas comment gérer cela. Des gens me demandaient même quel médicament prendre pour traiter leur trouble de santé mentale, se souvient Florence K, qui était encore vulnérable à cette époque.

Heureusement pour elle, la musicienne était suivie par un thérapeute qui l’a aidée à évacuer ses émotions.

Des relais efficaces de sensibilisation

La grande visibilité dont jouissent les vedettes, dans les médias et sur les réseaux sociaux, donne un large écho à leur parole, leur permettant de relayer efficacement des messages de sensibilisation et d’éducation au sujet de la santé mentale.

Cela fonctionne. Des gens nous appellent en nous disant qu’ils ont entendu le témoignage de telle célébrité.

Une citation de :James Zhang, responsable clinique de Suicide Action Montréal.

Depuis, l’organisme a fait appel à des personnalités, comme Véronique Bannon, Rafaëlle Roy et PO Beaudoin, qui ont elles-mêmes eu des idées noires, pour inviter les gens à contacter la ligne téléphonique d’intervention 1-866-APPELLE.

Beaucoup de personnes s’identifient aux vedettes, surtout les jeunes, constate Julie Leclerc, psychologue et experte en santé mentale œuvrant pour la Journée Bell Cause pour la cause, qui se déroule mercredi pour la 10e année consécutive.

Cette identification peut pousser des personnes en souffrance à franchir le pas et à aller chercher de l’aide alors que l’univers de la santé mentale, et celui de la psychiatrie, continue d’effrayer certains et certaines.

Perçues comme des individus à qui tout réussir et à qui la vie sourit, les célébrités contribuent aussi à démystifier et à normaliser des problèmes de santé mentale qui font toujours l’objet de préjugés alors qu’ils peuvent toucher tout le monde. C’est encore associé à des mots comme “fou”, “faible”, “paresseux” ou “c’est juste dans ta tête”, regrette Florence K.

Le besoin de raconter

Cependant, les sorties publiques des personnalités ne servent pas seulement à lever le tabou entourant la santé mentale et à informer.

Florence K s’est rendu compte de l’énorme besoin qu’ont les gens de raconter leur histoire, la grande majorité des messages qu’elle a reçus étaient des témoignages personnels. On n'en a tellement pas parlé, pendant longtemps, que maintenant la parole se libère, dit celle qui compare ce phénomène au mouvement #MoiAussi.

Lors de mon premier salon du livre, j’ai pleuré tellement les gens me racontaient l’histoire de leur proche qui s’était suicidé, par exemple.

Les témoignages des célébrités brisent le silence, mais aussi l’isolement de ceux et celles qui vont mal, leur permettant ainsi de réaliser que d’autres ont traversé les mêmes difficultés.

Quand tu souffres, tu as l’impression d’être seul au monde.

Une citation de :Florence K

Ces prises de parole émanant de vedettes perçues comme étant accomplies viennent également valider le vécu et le ressenti des victimes de problèmes de santé mentale. Quand j’étais dépressif, j’avais écouté un témoignage qui m’avait donné un bon coup de boost, se remémore Jonathan Roberge.

Faire renaître l’espoir 

En se mettant à nu, les vedettes montrent aussi que la maladie mentale n’est pas une fatalité et qu’il est possible de retrouver le bonheur.

L’espoir n’existe plus quand tu es en pleine dépression, la tristesse et la honte prennent toute la place, précise Florence K.

Pour James Zhang, de Suicide Action Montréal, il est essentiel d’expliquer qu’il existe des moyens de s’en sortir et d’inciter les gens à demander de l’aide, notamment en appelant les lignes d’intervention. 

Il est important d’apporter de la lumière et des solutions, et ne pas uniquement évoquer les moments sombres, dit-il.

Un effet sur la société, mais aussi sur les artistes

En prenant la parole, Jonathan Roberge et Florence K ont eu un effet insoupçonné sur les autres et qui leur a permis d'explorer un autre terrain que ceux de la comédie ou de la musique. 

Tous les artistes veulent laisser une marque dans leur domaine avec leur travail. Mais si, au final, ma carrière aura servi à faire progresser des causes, j’en serai content.

Une citation de :Jonathan Roberge, humoriste et comédien

Si Florence K est heureuse d’avoir contribué à nourrir une conversation sur la santé mentale dont le Québec avait bien besoin, elle aimerait désormais attirer l’attention de la société sur le manque de moyens alloués à la santé mentale.

Dans le public, les listes d’attente sont interminables, et ce n’est pas tout le monde qui peut payer 120 $ de l’heure pour voir un psychologue dans le privé, déplore-t-elle. 

Pour que son expérience personnelle bénéficie davantage aux personnes souffrant de maladie mentale, l’artiste a même repris des études pour devenir elle-même psychiatre et ainsi, avoir un effet encore plus fort sur cette cause qui lui tient tant à cœur.

Finalement, si la sortie de Buena Vida a été utile à bien des personnes, son livre aura aussi changé le cours de la vie de Florence K.

Besoin d'aide pour vous ou un proche?

Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553).

Ce service est disponible partout au Québec, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

Des outils sont aussi proposés aux Québécois sur le site commentparlerdusuicide.com (Nouvelle fenêtre)

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