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L’avocate qui veut diriger les verts pour diversifier le parti et sa base

Une femme sourit à la caméra.

L'avocate Annamie Paul souhaite incarner un vent de renouveau pour le Parti vert.

Photo : Radio-Canada / Vedran Lesic

Annamie Paul propose d’élargir la portée du Parti vert du Canada (PVC) en inspirant une base électorale plus jeune et plus diversifiée. La candidate défaite aux élections fédérales demeure toutefois pratiquement inconnue du grand public.

L’avocate de formation confirme à Radio-Canada son intention de briguer la chefferie des verts : Notre parti doit refléter le visage du Canada. Je veux attirer plus de jeunes, plus de régions, plus de personnes aux niveaux socioéconomiques [différents].

Néophyte en politique, Mme Paul a fait carrière à l’étranger, notamment à la Cour pénale internationale, avant de revenir à Toronto où elle a grandi. Elle est titulaire d'une maîtrise en affaires publiques de l’Université de Princeton et parle quatre langues, dont le français.

Une femme parle avec un homme dans le quartier gai de Toronto.

La candidate verte Annamie Paul en campagne dans Toronto-Centre en octobre.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Elle avait tenté sa chance dans Toronto-Centre contre le ministre Bill Morneau, quelques mois à peine après avoir adhéré au parti comme porte-parole en matière d'affaires internationales. Terminant bonne quatrième, la candidate de 47 ans avait tout de même réussi à tripler les appuis du PVC dans le château fort libéral.

Les verts sont loin d’avoir obtenu les résultats escomptés au terme d’une campagne où l’environnement était pourtant un incontournable. Ils n’ont simplement pas réussi à s’approprier d’autres enjeux aux yeux des électeurs, estime Mme Paul.

Le défi, et mon travail en tant que chef, seraient de communiquer aux Canadiens que nous sommes capables d’exécuter nos idées, dit-elle.

Comment on fait ça? En attirant les meilleurs talents à l’interne et en ouvrant notre parti à tous, à l’aide d’une campagne qui reflète cette diversité, explique celle qui veut faire des percées au Québec et en Ontario.

45 ans après une première candidate noire

Annamie Paul pourrait devenir la deuxième femme noire de l’histoire à participer à la course à la direction d'un parti politique fédéral canadien.

Elle suit les traces de la militante Rosemary Brown (Nouvelle fenêtre), qui s’est lancée en 1975 dans la course à la direction du Nouveau Parti démocratique avec son slogan Brown is beautiful. La pionnière, qui était la première femme de l'histoire canadienne à briguer la direction d'un parti fédéral, avait terminé deuxième tout juste derrière Ed Broadbent.

Photo d'archives : Ed Broadbent fixe le vide et Rosemary Brown le regarde.

Les candidats à la direction du NPD Ed Broadbent et Rosemary Brown lors d'un débat, le 7 mai 1975.

Photo : La Presse canadienne / RYAN REMIORZ

Une autre femme noire de Toronto, la Dre Leslyn Lewis, tente de briguer la chefferie du Parti conservateur du Canada, mais se bute aux règles resserrées de la formation politique, précise son directeur de campagne. En 2006, Hedy Fry avait annoncé son intention d’être candidate pour ensuite appuyer Bob Rae.

Base homogène

Mme Paul a l’aura d’une étoile montante au sein du PVC, estime la présidente de l’organisme Operation Black Vote, Velma Morgan. Elle incarne une nouvelle identité et amènerait un dynamisme nouveau aux verts. En campagne fédérale, elle a recruté plein de nouveaux visages.

Si Annamie Paul devient chef des verts, une foule de Canadiens issus des minorités visibles qui n’ont jamais prêté attention au parti tendront l’oreille pour la première fois, selon Velma Morgan.

Pour l’ex-candidate verte, Oriana Ngabirano, le parti a intérêt à devenir représentatif de la population s’il espère rejoindre plus d’électeurs : La base du parti est très homogène, très blanche, d'un certain âge et, surtout, concentrée dans l’Ouest.

Un groupe de personnes applaudit.

Rassemblement des verts dans le quartier général d'Elizabeth May au centre des congrès de Victoria

Photo : Radio-Canada / Chris Corday

Défaite en octobre par l’actuelle ministre Mona Fortier dans Ottawa-Vanier, Mme Ngabirano dit avoir été marquée par le manque de diversité dans le PVC.

Elle cite en exemple une réunion stratégique au cours de laquelle ses choix vestimentaires pour un récent débat auraient été critiqués.

J’ai porté un collier avec des coquillages de l’Afrique de l’Ouest. Un conseiller sénior du parti m’a dit : "T’as pas besoin de mettre ces choses-là, on voit déjà que tu viens d’Afrique", dit-elle. Mon identité gênait cette personne.

Vers un parti plus bilingue

Le Parti vert a encore du travail à faire pour devenir un parti bilingue, concède Annamie Paul. Depuis le départ d'Elizabeth May, c’est une unilingue anglophone, Jo-Ann Roberts, qui assure l’intérim. Aucun de ses députés ne parle couramment français.

Annamie Paul, qui a vécu et étudié en Belgique, parle un français clair et direct, bien que parfois hésitant. Son niveau est toutefois nettement meilleur que celui d'Elizabeth May, dont la qualité du français a été critiquée au cours de la dernière campagne.

Elle est en réunion avec un homme.

Annamie Paul dit s'entourer d'une équipe bilingue pour le lancement de sa campagne.

Photo : Radio-Canada / Vedran Lesic

Je vais continuer de travailler vers le but d’un bilinguisme parfait, dit celle qui parle également l’espagnol et le catalan. Elle promet d'améliorer les communications du Parti vert, qui contiennent parfois des fautes de français.

La Torontoise se dit pleinement consciente du travail à faire pour séduire le Québec, où le chef bloquiste Yves-François Blanchet a contribué à mettre un frein aux ambitions du PVC en répétant que son parti était plus vert que les verts.

La crise climatique nécessite que tous soient impliqués. Le Bloc se concentre sur le Québec. Nous avons une vision nationale et devons mieux communiquer nos messages aux Québécois.

Plus de sérieux

Pour le politologue de l'Université McGill Daniel Béland, le prochain chef des verts devra démontrer plus de sérieux au chapitre de la plateforme du parti.

En campagne, Elizabeth May avait surpris avec des positions parfois alambiquées, notamment sur les dossiers de l’avortement et des pipelines.

La plateforme était faible. Il y avait un manque de cohérence et des problèmes très simples au niveau fiscal, explique Daniel Béland, qui croit aussi que le chef devra mieux différencier le parti sur l’échiquier politique, notamment vis-à-vis du NPD.

Mme May regarde vers le haut, la bouche ouverte, visiblement déçue.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, le soir des élections

Photo : Reuters / Kevin Light

Mme Paul répond qu’elle priorisera des politiques audacieuses et axées sur la justice sociale, comme la décriminalisation de toutes les drogues pour mieux lutter contre la crise des opioïdes.

Elle compte officialiser sa campagne une fois que les règles de la course à la chefferie seront annoncées, le 3 février prochain.

La formation choisira son chef en octobre à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard.

Le chef du Parti vert du Québec Alex Tyrrell, l’ex-candidate verte dans Mirabel Julie Tremblay-Cloutier et l’ancien libéral David Merner figurent aussi sur la liste des candidats intéressés.

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