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Produire du vin malgré le réchauffement climatique

Un homme tient des raisins dans ses mains.

Pour diminuer les pertes associées aux changements climatiques, les régions viticoles devraient diversifier leurs cépages, selon une étude de l’UBC.

Photo : iStock

Julie Carpentier

Une équipe internationale de chercheurs s’est penchée sur les moyens pour les viticulteurs de réduire les pertes potentielles engendrées par le réchauffement climatique. Diversifier les cépages en fonction du climat projeté pourrait sauver les régions viticoles à travers le monde, croient les chercheurs.

Selon l'étude à laquelle l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) a collaboré, si rien n'est fait, 56 % des vignes des régions viticoles actuelles pourraient disparaître avec un réchauffement des températures de 2 degrés Celsius.

La perte serait de 85 % avec un réchauffement mondial de 4 degrés Celsius, ont estimé les chercheurs dans leur étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences.

Des raisins sur une vigne dans la vallée de l'Okanagan en Colombie-Britannique.

La vigne est particulièrement sensible aux variations de température.

Photo : Courtoisie Louise-Marie Lessard

Des cépages mieux adaptés

L’auteure principale de l’étude, Elizabeth Wolkovich, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), donne l’exemple de la Bourgogne, en France. Selon elle, les vignerons auraient intérêt à planter des variétés plus résistantes à la chaleur, comme la syrah et le grenache, pour remplacer la culture dominante du pinot noir.

Elle ajoute que les viticulteurs de la région de Bordeaux pourraient remplacer le cabernet sauvignon et le merlot par du mourvèdre.

En passant à différentes variétés, les vignerons pourraient réduire les pertes anticipées de 24 % advenant une hausse des températures de 2 degrés Celsius, et de 58 % dans le cas d’une hausse de 4 degrés Celsius, selon l’étude.

Ces changements ne se font pas sans douleur, mais ils peuvent faciliter la transition des vignerons vers un monde nouveau et plus chaud.

Elizabeth Wolkovich, de l'UBC
Un lever de soleil sur un vignoble français.

En passant à différentes variétés, les vignerons pourraient réduire les pertes anticipées.

Photo : iStock

Pour une plus grande diversité

Pour l’instant, il y a très peu de diversité dans les vignes cultivées sur la planète, explique Iñaki García de Cortázar-Atauri, un des chercheurs qui travaille à l’Institut national de recherche en agriculture, alimentation et environnement (INRAE) à Avignon, en France.

Même s’il existe 6000 variétés de vignes, un millier seulement est cultivé, et la moitié du vignoble mondial se concentre sur une dizaine de variétés, précise-t-il.

On n’est pas en train de dire qu’il faut tout arracher et tout replanter demain, précise M. Garcia De Cortazar-Atauri, mais on va devoir s’adapter au plus vite. Le réchauffement, il ne nous attend pas. Il rappelle que chaque année, de nouveaux records de chaleur sont enregistrés dans le monde.

L’évolution du climat a déjà un impact direct sur la culture, selon M. García de Cortázar-Atauri. Il mentionne par exemple les vendanges qui, par endroits, se tiennent 40 jours plus tôt qu’il y a 50 ans.

Iñaki García de Cortázar-Atauri souriant devant des oliviers et des arbustes verdoyants.

Iñaki García de Cortázar-Atauri, ingénieur de recherche à l’Institut national de recherche en agriculture, alimentation et environnement (INRAE), à Avignon, en France.

Photo : fournie par Iñaki García de Cortázar-Atauri

Se propulser en 2050 et en 2100

Les chercheurs se sont intéressés aux 11 cépages les plus populaires. Dans un premier temps, ils ont observé le cycle de croissance des cépages donnés. Puis, ils ont défini les conditions climatiques favorables à la maturation du raisin.

Au nord, on s’attend à ce que les cépages précoces soient avantagés. Par contre dans le sud, ce serait les cépages tardifs parce que ça permettra [à la maturation du raisin] d’échapper aux fortes chaleurs de l’été.

Iñaki García de Cortázar-Atauri, de l'INRAE

Les chercheurs estiment que les variétés à maturation tardive telles que la syrah, le grenache et le mourvèdre devraient être plus répandues dans les régions viticoles actuelles.

Des cépages à maturation précoce tels que le chasselas, le pinot noir et le chardonnay pourraient devenir plus communs au Canada, en Europe du Nord ou en Tasmanie.

Des rangées de vignes.

Le vignoble de Mission Hill, à Kelowna en Colombie Britannique.

Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro

Les limites de la diversité

La diversité a toutefois ses limites face aux effets des changements climatiques, dit Ignacio Morales-Castilla, de l’Université Alcala, en Espagne, coauteur de l’étude.

Il explique que la diversité aura un effet moins grand si les températures augmentent de plus de 2 degrés Celsius.

Les régions viticoles peuvent s'adapter à un niveau de réchauffement plus faible, mais à un réchauffement plus élevé, il est beaucoup plus difficile de sauver les régions.

Ignacio Morales-Castilla, de l'Université Alcala, en Espagne

C’est pourquoi M. García de Cortázar-Atauri préconise une combinaison d’approches pour s’adapter au réchauffement climatique. Il souligne que le choix des emplacements des plants dans les vignobles a aussi son importance.

Il est possible de profiter de la fraîcheur d’un versant nord, par exemple, dans un vignoble en région montagneuse.

Il n’y a pas de solution miracle, il faudra une combinaison de solutions.

Iñaki García de Cortázar-Atauri, de l'INRAE

Avec un climat « de plus en plus favorable à la viticulture », le Canada a beaucoup de cartes dans son jeu, croit M. García de Cortázar-Atauri.

Il rappelle toutefois qu’il faudra trouver des marchés pour pouvoir vendre ces produits et compter sur l’ouverture des consommateurs pour apprécier une plus grande diversité d’arômes. 

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