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Attentat à la grande mosquée : « C’était un mauvais rêve » -  Régis Labeaume

Régis Labeaume s'est confié à l'animateur du Téléjournal Québec, Bruno Savard.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Où étiez-vous le soir de l’attentat de la grande mosquée de Québec? À quoi pensiez-vous? Dans un rare entretien qui survient trois ans après le drame, le maire Régis Labeaume s’est confié sur la boîte à outils qu’il souhaitait ne jamais devoir ouvrir : celle de la gestion de crise lors d’une fusillade.

Le soir du 29 janvier 2017, c’est Marie-Josée Savard – aujourd’hui conseillère municipale – qui a fait parvenir l’information au maire de Québec.

Près de chez elle, plusieurs ambulances, des policiers. Que se passait-il?

C’est écrit qu’il y a quelque chose d’anormal, raconte M. Labeaume en entrevue avec l'animateur du Téléjournal Québec, Bruno Savard. Alors j’ai téléphoné à mon chef de cabinet, on est formé pour ce genre de crise.

Il explique qu’à ce moment, c’était silence radio sur les ondes, que le web n’avait pas encore publié ses premières lignes d’une longue série d’articles.

Extrait de l'entretien entre Régis Labeaume et Bruno Savard

J’ai appelé mon chauffeur; ce qu’on savait à ce moment, c’est qu’il y avait quelque chose de grave […] Je lui ai dit de prendre mon cahier de désastres dans la valise de la voiture.

C’est ça, la boîte à outils. Des étapes à franchir en cas de crise et des recommandations. C’est un gars qui est formé par l’ONU qui m’a formé, moi. Le genre de personnes qui arrive en premier quand il y a la tour à New York, le tremblement de terre à Haïti.

La cellule de crise a été déclenchée. Tout le monde devait se rendre aux bureaux de la Sécurité publique. Le premier ministre de l’époque, Philippe Couillard, se trouvait au Saguenay. Son ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, était également à l’extérieur de la région de Québec.

Tout ce que je savais, c’est qu’il y a[vait] eu une fusillade.

Régis Labeaume, maire de Québec

Je me suis rendu au centre de coordination. C’est là qu’on a tenté de comprendre l’ampleur des événements, poursuit-il.

Aujourd’hui, le monde entier sait que six fidèles sont morts ce soir-là à la grande mosquée de Québec, que huit personnes ont été blessées, quelques-unes gravement. Qu’il y a des survivants, des veuves et des orphelins.

Attendre le bon moment

Dans sa formation sur la gestion de crise, le maire a appris qu’il fallait faire la job, ne pas se tirer devant les caméras.

Finalement, c’est un peu avant 2 h du matin qu’ils ont rencontré la presse pour la première fois. J’ai dit au premier ministre, au ministre, qu’il nous faut un message rassembleur, mais en même temps, il ne fallait pas manquer d’informations.

Il y a même des membres de familles de victime qui étaient présents avec les journalistes, se souvient-il. Ils voulaient savoir si leur père, leur frère étaient vivants. Mais il y a un protocole, tu ne peux pas dire ces choses-là.

Régis Labeaume mentionne qu’il voulait être le plus centré sur les décisions possible, au cours de cette nuit d’insomnie, à se dire : Ça ne se peut pas, pas ici, pas à Québec.

Une cérémonie pour souligner le 2e anniversaire de l'attentat à la grande mosquée de Québec.

Près de 400 personnes se sont réunies à l'Université Laval en 2019 pour souligner le deuxième anniversaire de l'attentat à la grande mosquée de Québec.

Photo : CBC/Julia Page

La cohésion sociale

Après avoir longuement réfléchi aux familles des victimes, aux victimes, aux personnes qui ne survivront pas à l’attaque, Régis Lebeaume explique que ses pensées se sont tournées vers la cohésion sociale.

Comme maire, je pensais à la conséquence, je pensais à comment on fait pour sauvegarder la cohésion sociale.

M. Labeaume ajoute avoir rapidement pensé aux risques de vengeance. On appelle ça l’écho, dit-il. Y aurait-il d’autres attentats?

Lorsque je venais de penser aux conséquences humaines, à la souffrance, j’ai aussi pensé à la réputation de la ville. Ce soir, on va être sur CNN, tous les réseaux d’informations dans le monde, et pour les mauvaises raisons, ajoute-t-il.

C’est dans cet esprit de cohésion sociale qu’il a entamé la première journée après la tragédie.

Philippe Couillard et Régis Labeaume réconfortent Mohamed Labidi, en pleurs, lors d'une conférence de presse.

Mohamed Labidi, administrateur du Centre culturel islamique de Québec, entouré du premier ministre Philippe Couillard et du maire Régis Labeaume.

Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

J’ai pensé qu’il faut inviter tous les membres de l’Assemblée nationale, tous les élus, les députés du fédéral. Il faut se rassembler pour montrer qu’on est unis.

Avant ce rassemblement, les familles de victimes et les membres de la communauté musulmane ont fait l'objet d'une rencontre à l’hôtel de ville.

On pleurait, on pleurait, on s’embrassait, on ne se connaissait pas, mais on a pleuré.

Régis Labeaume, maire de Québec

Ils se sont tous rendus dans la salle de réception afin de rencontrer les élus, un peu avant midi.

Les images de cette conférence de presse ont fait le tour du monde. Et le soir du 30 janvier, les gens de Québec ont convergé vers la grande mosquée. Jamais je ne vais oublier ça, lance-t-il.

Il se souvient de l’élan de solidarité et d’un vaste sentiment que la population partageait, celui de dire que ce n’était pas ça, Québec.

Boufeldja Benabdallah entouré de Philippe Couillard et Régis Labeaume lors d'une conférence de presse

Boufeldja Benabdallah (au centre), membre fondateur du Centre culturel islamique de Québec (2017)

Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Régis Labeaume souligne que la cohésion sociale n’aurait pas été la même sans le travail de Mohamed Labidi et de Boufeldja Benabdallah du Centre culturel islamique de Québec.

Ils sont restés une semaine à la mairie, dit-il. Gérer cette situation, ce n’était pas évident. Nous, on avait à gérer, mais eux, c’était pire.

Trois ans plus tard, le Centre culturel islamique de Québec soulignera à son image le triste anniversaire. Une journée portes ouvertes à la grande mosquée et une soirée commémorative organisée par des citoyens à l’église Saint-Mathieu composent le programme de la journée.

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