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Des médecins réclament l’aide médicale à mourir dans une maison de soins palliatifs

Une personne tient la main d'un malade

Les maisons de soins palliatifs en Ontario ne sont pas tenues d'offrir l'aide médicale à mourir.

Photo : iStock / iStock

Quatre médecins de la région de North Bay en Ontario disent trouver « déraisonnable » le fait que la toute nouvelle maison de soins palliatifs de la région n’offre pas l’aide médicale à mourir. Ils estiment qu’il s’agit d’un service auquel tout Canadien a désormais droit, surtout dans des établissements financés par les fonds publics.

Dans une lettre qu’ils ont envoyée au conseil d’administration de la Maison Sérénité, les Drs Mike Leckie, Paul Preston, Renée Gauthier et John Seguin, qui sont tous prestataires de l’aide médicale à mourir, fondent leur réflexion sur la mesure restrictive de l’établissement de soins palliatifs.

Nous supposons qu’étant donné votre décision d’interdire l’aide médicale à mourir à [la Maison Sérénité], un patient qui éprouve déjà une douleur atroce devrait être transféré à l’extérieur pour la recevoir. Imaginez la souffrance autant physique que mentale de déplacer ce patient de son lit vers une civière d’ambulance, ensuite d’être transporté dans les rues pour se rendre à l’hôpital, et encore d’être mené vers un autre édifice, écrivent-ils.

La devanture d'un bâtiment.

La Maison Sérénité a été inaugurée officiellement le 11 janvier.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Ils s’insurgent ainsi contre la description, par la Maison Sérénité, de ses valeurs et de sa mission. Sur son site web, l’établissement dit fournir des soins palliatifs dans un cadre paisible pour les gens de tous âges [...] de manière opportune.  

Il n’y a rien de paisible et d’opportun lorsqu’on force un patient mourant à quitter un établissement pour avoir accès à une chose à laquelle tout Canadien a légalement droit, surtout si l’édifice en question est financé publiquement.

Dr Mike Leckie, signataire de la lettre adressée au conseil d’administration de la Maison Sérénité

Les signataires de la lettre soulignent qu’ils aimeraient voir la communauté être consultée à ce sujet, d’autant plus qu’ils croient que les gens soutiennent massivement l’option de l’aide médicale à mourir

La présidente du conseil d’administration de la Maison Sérénité, Vivian Papaiz, précise que l’établissement ne s’est jamais prononcé sur l’aide médicale à mourir jusqu’à ce mois-ci.

Nous attendions de voir ce qui passe au niveau législatif, au niveau de la communauté et nous avons pris notre décision parce que c’était une option qui était déjà amplement offerte dans la communauté, fait-elle savoir.  

En réponse à la lettre des médecins, la Maison Sérénité a créé mardi après-midi un formulaire sur son site web afin de permettre aux membres du public de lui faire part de leurs commentaires.

Mme Papaiz ajoute que la question de l'aide médicale à mourir sera abordée par le conseil d'administration lors de sa réunion de février.

Une approche différente pour les soins palliatifs

Sur son site web, la Maison Sérénité indique soutenir le point de vue conjoint de l’Association canadienne de soins palliatifs et de la Société canadienne des médecins de soins palliatifs. 

Ces deux pratiques [ les soins palliatifs et l’aide médicale à mourir ] sont fondamentalement différentes et l’aide médicale à mourir ne fait pas partie des soins palliatifs, peut-on y lire. 

La Maison McCulloch Hospice de Sudbury est du même avis. L’établissement n’offre pas non plus l’aide médicale à mourir.

La philosophie des soins palliatifs, c’est vraiment de permettre au processus de la mort de prendre son propre parcours. Notre rôle est de contrôler les symptômes qui se présentent durant ce parcours-là.

Normand Blanchard, gestionnaire des soins de soutien et de deuil à la Maison McCulloch Hospice
Maison McCulloch Hospice pour soins palliatifs

La Maison McCulloch Hospice de Sudbury n'offre pas non plus l'aide médicale à mourir.

Photo : CBC

Selon M. Blanchard, depuis la légalisation de l’aide médicale à mourir en 2016, seules six des bénéficiaires des services de la Maison McCulloch ont changé d’avis et demandé l’aide médicale à mourir. 

Les demandes nous démontrent que la plupart des individus ne sont pas bien informés sur les soins palliatifs comme tels. C’est important que les gens qui demandent un tel processus connaissent les choix qui sont offerts. Et parmi les six, il y a juste une personne qui a décidé de passer au processus. Les autres qui ont fait demande, après nos conversations, ont réalisé qu’ils n’étaient pas bien informés, note M. Blanchard. 

La question du financement public divise

Les établissements de soins palliatifs ontariens ne sont pas tenus d’offrir l’aide médicale à mourir.

Le directeur général de Hospice Palliative Care Ontario, Rick Firth, indique que le nombre d’établissements de soins palliatifs de la province qui offrent l’aide médicale à mourir est inférieur à cinq. Dans ces cas-là, la procédure est administrée soit par le personnel de l’établissement ou alors par une équipe externe qui se rend à l’établissement.

L’aide médicale à mourir est un service valide, il n’est simplement pas vu comme faisant partie du continuum des soins palliatifs. Nous ne cherchons pas à accélérer la mort ni à mettre un terme à la vie de manière intentionnelle.

Rick Firth, directeur général de Hospice Palliative Care Ontario
Un homme aux cheveux grisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le directeur général de Hospice Palliative Care Ontario, Rick Firth, indique que la mission première des établissements de soins palliatifs est de soulager la douleur des patients et d'atténuer leurs symptômes.

Photo : Twitter/@rick_hpco

En analysant l’argumentation des quatre médecins, M. Firth déplore leur insistance sur le mode de financement des établissements de soins palliatifs. 

Le gouvernement ne fournit pas la majeure partie du financement. Les services sociaux, de deuil et de soutien aux familles sont tous financés par des collectes de fonds. La grande question ici, c’est que vu que les maisons de soins palliatifs offrent des services aux personnes mourantes, elles sont vues comme devant offrir l’aide médicale à mourir. Mais ce sont deux choses différentes, souligne-t-il.

M. Firth croit que tout établissement de soins palliatifs devrait prendre la décision relative à l’offre de l’aide médicale à mourir qui lui convient selon le processus qu’elle a elle-même établi.

Le coût total de construction de la maison Sérénité a été de 7,4 millions dollars. La contribution du gouvernement de l'Ontario a été de 3,5 millions de dollars.

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