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Analyse

Et si c'était Bernie Sanders?

Bernie Sanders.

Bernie Sanders lors d'un rassemblement électoral au New Hampshire en septembre 2019.

Photo : The Associated Press / Cheryl Senter

Pendant que le Sénat américain conduit un procès contre le président Trump, dont on connaît déjà l’issue, les démocrates préparent les primaires qui doivent mener à la sélection de leur candidat en vue de la présidentielle du 3 novembre 2020. Et, contre toute attente, Bernie Sanders apparaît comme un candidat sérieux à l’investiture démocrate.

En juin 2016, dans un texte publié sur ce site, je faisais une courte liste de ce qui allait probablement rester de Bernie Sanders après une campagne féroce livrée à Hillary Clinton, qui venait d’être choisie candidate des démocrates pour faire face à Donald Trump. Il semblait évident, selon les commentateurs politiques et les sondages, qu’Hillary Clinton allait remporter l’élection. Et l’heure était à l’analyse de l’effet Sanders sur le Parti démocrate.

J’avais dégagé trois grands thèmes du programme de Bernie Sanders qui allaient, selon moi, s’inscrire dorénavant dans l’ADN du Parti démocrate : l’importance de réduire les inégalités, l’engagement essentiel à investir en éducation et une réforme du financement électoral afin de sortir les puissants lobbyistes du Congrès.

Force est de constater que, quatre ans plus tard, ces enjeux sont encore plus criants et que ces engagements ont percolé au sein du Parti démocrate. Mais Bernie Sanders va encore plus loin cette année, et sa candidature fait de plus en plus peur à l’establishment du Parti démocrate et à certains médias, MSNBC, CNN ou le New York Times, qui tendent à favoriser Elizabeth Warren, Amy Klobuchar ou Joe Biden.

Doubler les dépenses

Bernie Sanders propose une réforme majeure du fonctionnement de l’économie américaine, de la fiscalité et de l’engagement de l’État dans la société.

Il propose de doubler les dépenses de l’État au cours de la prochaine décennie. C’est plus important que le New Deal du président Franklin Roosevelt ou que ce qu’a pu proposer n’importe quel candidat démocrate à la présidentielle, selon une analyse faite pour CNN par Larry Summers, l’ancien conseiller économique en chef de la Maison-Blanche pour Barack Obama et secrétaire au Trésor sous Bill Clinton.

La croissance des dépenses de Bernie Sanders, affirme Larry Summers, représente environ 2,5 fois le volume du New Deal et l’impact fiscal estimé des propositions de campagne de George McGovern, candidat démocrate à la présidentielle en 1972. C’est six fois plus important que n’importe quel démembrement [des dépenses publiques de l’État] de Ronald Reagan, poursuit Larry Summers. Nous sommes ici dans quelque chose qui ressemble à une nouvelle ère de propositions radicales.

Les propositions du candidat Sanders n’ont pas été chiffrées dans leur ensemble. Mais, selon différentes sources consultées par CNN, un programme d’assurance maladie universel coûterait 30 000 milliards de dollars américains sur 10 ans. Le « Green New Deal » de Bernie Sanders, l’annulation de toutes les dettes étudiantes, un programme de garantie d’emplois du gouvernement fédéral pourraient mener à 60 000 milliards de dollars de nouvelles dépenses au total sur une décennie.

Selon les projections du Bureau du budget du Congrès américain, le gouvernement fédéral va dépenser 52 000 milliards au cours des 10 prochaines années, 58 000 milliards en incluant les intérêts à payer sur la dette.

MSNBC a établi une comparaison des coûts estimés des propositions des deux candidats les plus à gauche dans cette primaire, Elizabeth Warren et Bernie Sanders. La chaîne américaine d’information continue présente ces chiffres en affirmant que Bernie Sanders affiche des propositions résolument plus progressistes que son opposante.

Maintenant, deux observations : la première, c’est qu'il s'agit de données partielles. On imagine bien que les candidats vont proposer des investissements, mais aussi des réductions de dépenses pour certaines activités du gouvernement.

De plus, une société plus éduquée et en meilleure santé peut générer une activité économique plus forte et des revenus supplémentaires pour l’État. Il faudra évaluer l’ensemble du programme des différents candidats.

La seconde observation : il est important de ne pas se laisser impressionner par les chiffres. Si l’endettement américain suscite des préoccupations normales, il faut se rappeler que la confiance des marchés financiers mondiaux est très élevée envers les États-Unis.

Le gouvernement emprunte à très faibles coûts et sa note de crédit est presque parfaite. Les obligations américaines restent un investissement de refuge et le dollar américain demeure aussi la devise de référence mondiale.

Un déficit annuel qui dépasse les 1000 milliards

Selon le Bureau du budget du Congrès, le déficit du gouvernement dépassera les 1000 milliards de dollars américains cette année, du jamais-vu depuis 2012 lorsque les États-Unis se remettaient encore de la crise financière et de la grande récession de 2008-2009.

Le Bureau du budget s'attend à ce que cela devienne la norme, puisque le déficit devrait continuer à dépasser les 1000 milliards au cours des 10 prochaines années, avec une moyenne de 1300 milliards par année. Le déficit représente 4,6 % du PIB américain et passera d’ici 2030 à 5,4 % du PIB. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le déficit moyen annuel est de 1,5 % du PIB.

La dette du gouvernement dépasse aujourd’hui les 23 000 milliards de dollars américains et sera de 36 000 milliards dans 10 ans, selon les prévisions. C’est relativement élevé par rapport au PIB, à 113 % de l’économie pour 2030.

Maintenant, que faut-il donc comprendre de ces chiffres astronomiques? D’un côté, nous avons une administration, celle de Donald Trump, qui multiplie les dépenses et baisse les impôts, ce qui génère des déficits importants. De l’autre, nous avons des candidats, Elizabeth Warren et surtout Bernie Sanders, qui veulent investir massivement en santé, en éducation et dans la réduction des gaz à effet de serre, ce qui va générer des déficits majeurs également.

Une conclusion large s’impose : à droite comme à gauche, il semble assez manifeste aux États-Unis qu’on assume pleinement l’endettement de l’État. Et si les Américains se trouvent devant un choix entre Donald Trump et Bernie Sanders le 3 novembre prochain, l’assainissement des finances publiques ne fera pas partie des enjeux névralgiques.

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