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La présidente de la Fédération des femmes du Québec admet avoir été « maladroite »

Gabrielle Bouchard répond aux questions de Christian Latreille sur le plateau de RDI.

Gabrielle Bouchard, la présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), s'est excusée de ses déclarations « maladroites » sur Twitter.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Stéphane Bordeleau

Au cœur d’une nouvelle controverse, cette fois pour avoir suggéré d’interdire les relations de couple hétérosexuelles en raison de leur violence, la présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) admet qu’elle est allée trop loin.

Lors d’une entrevue accordée sur les ondes d’ICI RDI, Gabrielle Bouchard, qui n’en est pas à sa première controverse sur les réseaux sociaux, a reconnu qu’elle avait été extrêmement maladroite et a présenté des excuses pour cette publication qu’elle voulait sarcastique.

Non, je ne crois pas qu’on doit abolir les relations hétérosexuelles et je crois que j’ai été extrêmement maladroite dans la façon dont j’ai fait mon tweet ce matin.

Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec

Mme Bouchard a provoqué un tollé mardi matin en écrivant sur son compte Twitter : Les relations de couple hétérosexuelles sont vraiment violentes. En plus, la grande majorité sont des relations basées sur la religion. Il est peut-être temps d'avoir une conversation sur leur interdiction et abolition.

J'ai votre attention?

Ce message incendiaire publié en son nom personnel était suivi d’un autre message qui révélait cette fois ses vraies intentions.

J'ai votre attention? Les féminicides [sont] un enjeu à prendre au sérieux. Ce n'est pas un "drame familial". Les "bons gars" tuent aussi. La déshumanisation des femmes autochtones et des femmes dans l'industrie du sexe tue. Les femmes au Leclerc [l’établissement de détention] sont traitées de façon inhumaine.

Ces déclarations ont aussitôt soulevé une vague de protestations autant pour les propos tenus que pour la façon dont Mme Bouchard les a utilisés pour attirer l’attention des lecteurs. Un comportement jugé par plusieurs indigne des fonctions qu'elle occupe à la tête de la FFQ.

Ce n’est pas dans les valeurs de la FFQ. Ce n’était pas un tweet de la FFQ d’ailleurs.

Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec

Je n’aurais pas dû faire ça. Ce n’est pas fair. Ce n’est pas bien pour nos membres, ce n’est pas bien pour les femmes qui luttent contre la violence envers les femmes, a-t-elle poursuivi.

La FFQ prend ses distances

Interpellée par cette controverse impliquant sa présidente, la Fédération des femmes du Québec a déclaré qu'elle ne partageait pas le point de vue exprimé par Gabrielle Bouchard sur son compte personnel. Ces propos ont suscité à juste titre beaucoup de réactions, a reconnu la FFQ.

La Fédération des femmes du Québec, son conseil d’administration, son équipe et ses membres n’endossent pas ces propos qui ont été émis en son propre nom et non au nom de l’organisation, a pris soin de préciser l'organisme sur son compte Twitter.

Stratégie de communication

Interrogée sur son habitude de lancer des commentaires provocateurs sur Twitter pour susciter le débat et attirer l’attention, Gabrielle Bouchard a expliqué que son intention cette fois était de souligner les dissonances sociales entre certains groupes de femmes et les actions qu’on prend avec elles et certains autres groupes avec lesquels on ne prend pas les mêmes types d’actions.

La semaine passée, une jeune femme a été assassinée aux mains d’un homme qui était en libération conditionnelle et on a considéré que cette femme-là, parce qu’elle était dans l’industrie du sexe, c’était correct de la mettre en danger, a-t-elle ajouté, évoquant le cas de Marylène Levesque, une travailleuse du sexe assassinée dans une chambre d'hôtel de Sainte-Foy la semaine dernière.

Dans le tweet, ce que j’essayais de faire et que j’ai fait de façon très maladroite, c’était de dire que lorsqu’on parle de violence envers les femmes, on doit être capable d’avoir des solutions qui sont pareilles pour l’ensemble des situations.

Ce n’est pas la première fois que les propos de Mme Bouchard sur les réseaux sociaux suscitent la controverse.

Depuis son accession à la présidence de la Fédération des femmes du Québec, en novembre 2017, elle a souvent fait parler d’elle, notamment pour avoir suggéré en juin 2019 qu'on devrait discuter de la vasectomie obligatoire à 18 ans.

Ou encore le 24 janvier dernier, toujours sur Twitter : Une de mes grandes peurs avec le concept de légalisation du travail du sexe... c'est que les policiers et politiciens risquent de se partir des agences... comme pour le pot.

Le 12 novembre dernier, Mme Bouchard avait de nouveau enflammé le commentariat des médias québécois en écrivant sur Facebook, à l’occasion de la campagne Mon coton ouaté, mon choix en appui aux choix vestimentaires de la députée Catherine Dorion à l’Assemblée nationale : Le coton ouaté, c'est cute... mais le voile, c'est vraiment "badass". Mardi prochain, portez le voile.

Un commentaire considéré par plusieurs comme une prise de position de la FFQ en faveur du port du voile islamique et sur lequel Mme Bouchard avait aussi dû s'expliquer.

Consciente du fait que sa stratégie de communication attire davantage l’attention sur la controverse qu’elle provoque plutôt que sur les enjeux qu’elle défend, Gabrielle Bouchard a ajouté qu’elle n’a pas l’intention de quitter les réseaux sociaux, mais que la prochaine fois, elle va tourner [ses] pouces plusieurs fois avant de tweeter.

Des échos jusqu'à Québec

Cette nouvelle controverse impliquant la présidente de la FFQ a eu des échos jusqu'à Québec, où les prises de position de l'organisme et les points de vue exprimés par sa présidente remettent en question son rôle de défenseure des droits collectifs dans la société québécoise.

Mardi, le ministre du Travail, Jean Boulet, a demandé aux fonctionnaires de son ministère de vérifier si la Fédération des femmes du Québec répondait toujours aux critères exigés par le gouvernement pour l'obtention de l'aide financière publique de 120 000 $ qu'elle reçoit de l'État.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a toutefois mis fin à cette démarche dès mercredi. Il n’est pas question, parce qu’on n’aime pas une déclaration, de réviser le financement, a-t-il déclaré en point de presse.

La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a désapprouvé publiquement les propos de la présidente de la FFQ en rappelant que la prise de parole publique pour défendre les intérêts des femmes est un privilège qui s'accompagne de responsabilités.

Gabrielle Bouchard n'a pas trouvé davantage d'alliés dans les rangs de l'opposition où le chef intérimaire du Parti libéral, Pierre Arcand, affirme constater une volonté de la FFQ de se mettre à l'écart, voire de se marginaliser.

Les dernières choses que j’ai vues de cette fédération-là [vont] la marginaliser passablement. Je crois qu’actuellement c’est un organisme qui m’apparaît être plutôt marginal, a expliqué Pierre Arcand.

Dans les rangs de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois a déclaré que le message publié par Mme Bouchard méritait des explications et qu'il ne le comprenait pas.

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