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Trump dévoile son plan de paix : Nétanyahou jubile, les Palestiniens enragent

Jérusalem restera « la capitale indivisible d'Israël », assure Donald Trump.

Les deux hommes sont sur un podium duquel Donald Trump s'adresse à la presse.

Benyamin Nétanyahou, qui était présent pour l'annonce, a salué le plan de paix que propose Donald Trump.

Photo : Getty Images / Alex Wong

Agence France-Presse

Donald Trump a dévoilé mardi son plan de paix pour le Proche-Orient, fondé sur une solution à « deux États », dans lequel il accorde à Israël nombre de concessions, parmi lesquelles la reconnaissance de Jérusalem comme « capitale indivisible » de l'État hébreu.

Depuis les salons de la Maison-Blanche, le président des États-Unis a vanté un projet « gagnant-gagnant » pour Israéliens et Palestiniens, mais multiplié les garanties inédites à son « ami » Benyamin Nétanyahou, debout tout sourire à ses côtés.

Si le premier ministre israélien a salué « une journée historique », le président palestinien Mahmoud Abbas, qui a refusé ces derniers mois les offres de dialogue du tempétueux président, a affirmé que le plan ne passerait pas.

Il est impossible pour n'importe quel enfant, arabe ou palestinien, d'accepter de ne pas avoir Jérusalem comme capitale d'un État palestinien, a-t-il lancé.

Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d'habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie, a aussi rejeté la proposition américaine.

Mais affichant son optimisme sur le devenir de ce projet « très détaillé », le locataire de la Maison-Blanche a estimé qu'il pouvait permettre de faire « un grand pas vers la paix ».

Parmi les nombreux points sensibles de ce plan figure la reconnaissance de l'annexion par Israël à son territoire des colonies qu'il a implantées en Cisjordanie occupée, en particulier dans la vallée du Jourdain.

Cette zone est « vitale » pour Israël, a martelé Benyamin Nétanyahou, tandis que l'ambassadeur des États-Unis David Friedman affirmait que l'État hébreu pouvait annexer ses colonies « sans attendre ».

Un futur État palestinien sur ces tracés serait nettement en deçà de ce à quoi aspirent les Palestiniens, à savoir la totalité des territoires occupés depuis 1967 par Israël.

Peu après l'allocution présidentielle, l'ONU a d'ailleurs souligné qu'elle s'en tenait aux frontières définies en 1967.

Les conditions

Le futur État palestinien ne verrait le jour que sous plusieurs « conditions », dont « le rejet clair du terrorisme », a souligné Donald Trump, qui a ensuite tweeté une carte des deux États envisagés, avec en particulier un tunnel reliant la Cisjordanie à la bande de Gaza.

Carte sur laquelle une zone colorée représente un « futur État de Palestine ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Donald Trump a publié la carte de ce à quoi pourrait ressembler un « futur État de Palestine » sur son compte Twitter.

Photo : Twitter/realDonaldTrump

Martelant sa conviction que les Palestiniens méritaient « une vie meilleure », Donald Trump leur a aussi lancé une mise en garde. Il a annoncé avoir envoyé une lettre à Mahmoud Abbas l'exhortant à saisir « une chance historique », et peut-être « la dernière », d'obtenir un État indépendant.

Je lui ai expliqué que le territoire prévu pour son nouvel État resterait ouvert et sans développement de colonies israéliennes pendant une période de quatre ans, a-t-il précisé.

Selon la Maison-Blanche, le projet propose un État palestinien « démilitarisé ». Jérusalem restera « la capitale indivisible d'Israël », a-t-il par ailleurs assuré, en proposant de créer une capitale de l'État palestinien cantonnée dans des faubourgs de Jérusalem-Est.

Pour Robert Malley, ancien conseiller de Barack Obama et président de l'International Crisis Group, le message adressé aux Palestiniens est clair et sans nuances : Vous avez perdu, il va falloir vous y habituer.

L'ex-homme d'affaires new-yorkais, qui se targue d'être un négociateur hors pair, avait confié au printemps 2017 à son gendre et conseiller Jared Kushner, novice en politique, l'épineuse tâche de concocter une proposition susceptible d'aboutir à l'accord ultime entre Israéliens et Palestiniens. L'objectif : réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué.

Jared Kushner marche derrière Donald Trump.

Donald Trump avait mandaté son gendre et conseiller Jared Kushner d'élaborer un plan de paix entre Israéliens et Palestiniens pour résoudre une fois pour toutes le conflit au Moyent-Orient.

Photo : Reuters / Denis Balibouse

Les principaux points du plan Trump

Les Palestiniens doivent reconnaître Israël comme « État juif », « rejeter le terrorisme sous toutes ses formes » et renforcer leurs institutions.

Les États-Unis proposent un État palestinien « d'un seul tenant ». Il serait « démilitarisé » : Israël resterait responsable de la sécurité et du contrôle de l'espace aérien à l'ouest de la vallée du Jourdain, tandis que le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, serait « désarmé ».

L'annexion par Israël à son territoire des colonies qu'il a implantées en Cisjordanie occupée serait reconnue; quelque 30 % de la Cisjordanie reviendrait ainsi officiellement au sein de l'État hébreu. Israël s'engagerait à geler le développement de toute colonie pendant quatre ans.

Jérusalem deviendrait officiellement « la capitale indivisible d'Israël ». Les Palestiniens, qui revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur État, obtiendraient quant à eux des faubourgs dans l'est de la Ville sainte, c'est-à-dire des localités comme Abou Dis, techniquement situées à Jérusalem, mais du côté oriental de la barrière de sécurité séparant Israël des territoires palestiniens.

Sur la question des lieux saints, le président américain a appelé au maintien du statu quo sur l'esplanade des Mosquées en maintenant le contrôle de ce lieu, où est notamment située la mosquée Al-Aqsa, par la Jordanie.

Le plan enterre le droit au retour des réfugiés palestiniens qui souhaitent revenir sur le sol israélien. Il est aussi accompagné d’un volet économique comprenant 50 milliards de dollars d'investissements internationaux sur dix ans.

Réactions à l'international

Plan rapproché des deux hommes, l'un derrière l'autre.

Le premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, derrière son président Mahmoud Abbas

Photo : Reuters / Mohamad Torokman

Le gouvernement britannique a estimé que le plan présenté par Donald Trump « pourrait constituer une avancée positive ».

De son côté, la Russie a appelé Israéliens et Palestiniens à « négocier directement ». L'Iran, de son côté, a estimé que ce « plan de paix de la honte » était « voué à l'échec ».

Le roi Salmane d'Arabie saoudite a affirmé son soutien « inébranlable » aux droits des Palestiniens lors d'un entretien téléphonique avec le président palestinien Mahmoud Abbas, a rapporté mercredi l'agence d'État saoudienne (SPA). Le roi soutient « leurs choix et ce qui représente leurs espoirs et aspirations », a indiqué la SPA.

Peu avant, le ministère saoudien des Affaires étrangères a lancé un appel à des pourparlers directs entre Israël et les Palestiniens. Tout désaccord avec le plan américain doit être résolu par la négociation « de manière à faire avancer le processus de paix afin de parvenir à un accord qui consacre les droits légitimes du peuple palestinien », a affirmé le ministère saoudien dans un communiqué.

Le premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, avait par avance appelé la communauté internationale à boycotter le projet, contraire selon lui au droit international.

Ce n'est pas un plan de paix pour le Moyen-Orient, a-t-il martelé, jugeant que l'initiative visait avant tout à protéger « Trump de la destitution » et « Nétanyahou de la prison ».

Nétanyahou enthousiasmé

Signe que le calendrier est délicat, à un mois de nouvelles élections en Israël où Benyamin Nétanyahou est aux prises avec une inculpation pour corruption, le locataire de la Maison-Blanche a aussi reçu lundi son principal opposant, Benny Gantz.

Mais c'est avec « Bibi » qu'il a choisi d'apparaître mardi devant les caméras, et le premier ministre israélien, qui se rendra dès mercredi à Moscou pour informer le président russe Vladimir Poutine des détails du plan, n'a pas dissimulé son enthousiasme.

Monsieur le Président, votre accord du siècle est la chance du siècle, a-t-il lancé depuis la Maison-Blanche.

Dimanche, Saëb Erekat, secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), avait indiqué à l'AFP qu'il se réservait le droit de se retirer des accords d'Oslo, qui encadrent leurs relations avec Israël.

Aux termes de l'accord intérimaire dit d'Oslo II de septembre 1995 entre l'OLP et Israël, la Cisjordanie avait été partagée en trois zones : A, sous contrôle civil et sécuritaire palestinien; B, sous contrôle civil palestinien et sécuritaire israélien; C, sous contrôle civil et sécuritaire israélien.

Or, le plan de Donald Trump va transformer l'occupation temporaire en occupation permanente, a dénoncé Saëb Erekat.

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