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Affaire Gallese : l'expérience des commissaires aux libérations conditionnelles remise en question

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Eustachio Gallese à la sortie de la centrale de police Victoria, à Québec.

Eustachio Gallese à la sortie de la centrale de police Victoria, à Québec.

Photo : Radio-Canada

D’anciens commissaires remettent en question le processus de nomination de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC). Ils croient que le gouvernement a laissé partir un trop grand nombre de commissaires expérimentés il y a trois ans.

La Commission des libérations conditionnelles du Canada est composée d’une soixantaine de membres à temps plein et d’une dizaine de membres à temps partiel. De ce nombre, au moins 50 ont commencé leur mandat en 2017 ou après.

Dave Blackburn, un ancien commissaire, fait partie des membres de la Commission ayant exprimé des préoccupations en 2017 concernant le nouveau mode de nomination des commissaires.

Cette année-là, dit-il, le gouvernement de Justin Trudeau avait modifié le processus de renouvellement des commissaires. Les membres déjà nommés à la Commission devaient alors passer par le même processus de nomination que les nouveaux candidats.

Deux hommes de face, dans un collage, qui ne sont pas dans la même pièce. Celui de droite a une barbe et des lunettes et celui de gauche ne porte pas de lunettes ni de barbe. Ils sont en complet.

Deux anciens commissaires de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, Jean-Claude Boyer (à gauche) et Dave Blackburn (à droite)

Photo : Radio-Canada

Les changements ont fait en sorte que le lien d'emploi de la majorité des commissaires d’expérience n'a pas été renouvelé, explique M. Blackburn, un ancien candidat conservateur et directeur du Département de travail social à l’Université du Québec en Outaouais.

Ces critiques surviennent au moment où le ministre fédéral de la Sécurité publique a annoncé qu’il y aura une enquête afin de comprendre pourquoi un meurtrier en semi-liberté a été en mesure de rencontrer une jeune femme pour des services sexuels.

Jeudi dernier, cet homme, Eustachio Gallese, a été accusé du meurtre au deuxième degré de Marylène Levesque, 22 ans, une employée d’un salon de massage érotique de Québec.

Les deux membres de la Commission des libérations conditionnelles du Canada qui ont accepté la prolongation de la semi-liberté de l’accusé en septembre dernier ont tous les deux été nommés en juillet 2018.

Jeune femme aux cheveux roses et aux yeux bleus.

Marylène Levesque a été retrouvée morte dans une chambre d'hôtel le 22 janvier.

Photo : Facebook/Marylène Levesque

Un autre ancien commissaire, Jean-Claude Boyer, estime lui aussi que le nombre de commissaires peu expérimentés est préoccupant.

À mon époque, on s’organisait surtout pour mettre un nouveau commissaire avec un commissaire plus expérimenté, affirme-t-il. M. Boyer croit toutefois qu'avec le nouveau processus de nomination, il est devenu plus difficile de faire ce genre de jumelage.

En 2018, beaucoup de commissaires que je connais travaillaient 6 à 7 jours par semaine.

Jean-Claude Boyer, ancien commissaire aux libérations conditionnelles

Un avocat spécialisé dans le droit carcéral confirme lui aussi avoir remarqué beaucoup de mouvement à la Commission au cours des dernières années.

Pierre Tabah indique toutefois que ça ne veut pas nécessairement dire que la Commission fait face à un manque de commissaires expérimentés.

En entrevue avec Isabelle Richer sur les ondes d'ICI RDI, il a cependant ajouté qu’il est vrai qu’il y a beaucoup de nouveauté.

Le fait d’avoir 14 nouveaux commissaires au Québec seulement, c’est étonnant, mais en même temps, quand on arrive devant eux, ils rendent des décisions, nuance Me Tabah.

Une enquête sur le processus de nomination

Le député conservateur et vice-président du Comité permanent de la sécurité publique et nationale, Pierre Paul-Hus, souhaite que le gouvernement se penche sur le processus de nomination des commissaires aux libérations conditionnelles.

En entrevue à l’émission Première heure, avec Claude Bernatchez, il a affirmé que le drame qui a mené à la mort de Marylène Levesque est devenu hautement politique.

Il croit que le nouveau processus de nomination mis en place par les libéraux vers 2017 laisse place à trop de nominations politiques.

C’est devenu sur une base plus partisane, dit-il. Éthiquement, ça devait être des gens qui ont des connaissances qui ont été nommés par les libéraux, mais ce qui a été reproché aussi, c’est qu’il n'y a pas eu de transfert de connaissances.

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Le député conservateur Pierre Paul-Hus déplore le versement d'une compensation de 10 M$ à Omar Khadr.

Le député a encore une fois interrogé le ministre de la Sécurité publique Bill Blair mardi lors de la période de questions à la Chambre des communes.

Pierre Paul-Hus lui a demandé pourquoi les libéraux n'ont fait aucun suivi lorsque d'anciens commissaires ont remis en question le nouveau processus de nomination à la commission en 2017.

Le ministre Blair a répondu que les commissaires qui sont nommés reçoivent au moins une formation de cinq semaines et que le processus sert à sélectionner des membres selon le mérite.

Il y a du mentorat, du coaching continu, a-t-il ajouté, personne ne peut prendre de décision avant de compléter cette formation.

Les Canadiens sont préoccupés et moi aussi, ce pour quoi j’ai demandé une enquête complète sur les raisons de la semi-liberté de l’accusé.

Bill Blair
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Croquis de salle d'audience d'Eustachio Gallese, de profil.

Entrevue avec l'avocat en droit carcéral Pierre Tabah

Photo : Radio-Canada

Eustachio Gallese a été reconnu coupable en 2006 du meurtre violent de sa conjointe dans un logement de Sainte-Foy.

Il avait obtenu une peine d'emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans.

Jusqu’à maintenant, il s’est toujours vu refuser ses demandes de libération conditionnelle totale, mais il était en semi-liberté depuis mars 2019.

Vers la fin des années 1990, il avait aussi été reconnu coupable de voies de fait sur une autre femme que celle tuée en 2004.

Mercredi soir, il s’est rendu au poste de police de Québec pour confesser un crime. Les policiers ont ensuite retrouvé le corps de Marylène Levesque dans une chambre d’hôtel de Sainte-Foy.

Avec les informations de Pascal Poinlane

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