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  • Aux sources de l’aliénation des provinces de l’Ouest canadien

    Les silos à grain situés à Barrhead en Alberta sont un des symboles de l'identité des Canadiens vivant dans les provinces de l'Ouest.

    L'aliénation politique est un phénomène qui se manifeste depuis plusieurs décennies dans les provinces de l'Ouest du Canada.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le résultat des dernières élections fédérales a fait réapparaître un sentiment d’aliénation dans les provinces de l’Ouest du Canada. On constate en regardant des reportages de Radio-Canada que ce sentiment n’est pas récent.

    Un sentiment déjà présent en 1970…

    On sent une aliénation du gouvernement central. Pas l’aliénation comme au Québec, mais plutôt une aliénation envers l’Est du Canada.

    David Elton, professeur de sciences politiques, Lethbridge, Alberta, 1970

    En 1970, la journaliste Denise Bombardier se rend dans la province de l’Alberta. Elle en rapporte une entrevue avec deux politicologues de l’Université de Lethbridge. Ceux-ci expliquent le sentiment d’aliénation des provinces de l’Ouest face à l’Est du Canada.

    Cette entrevue avec les professeurs David Elton et Martin Hoyt est diffusée à l’émission Format 60 le 30 juin 1970. Les commentaires du professeur Elton sont particulièrement pertinents, car ce dernier a été président du Canada West Foundation de 1980 à 1997. Cette fondation a beaucoup étudié les racines de l’aliénation des provinces de l’Ouest dans la politique canadienne.

    … et qui date de bien avant cela

    L’Ontario, pour nous, ce sont les méchants. Ils détiennent le pouvoir et ils nous maltraitent.

    Barbara Lotenski, citoyenne de Barrhead en Alberta, 1991

    David Elton souligne que le sentiment d’aliénation existait déjà au début des années 1960.

    Un reportage du journaliste Pierre Craig présenté au Point du 27 février 1991 démontre que le sentiment d’aliénation dans les provinces de l’Ouest, particulièrement en Alberta, est encore plus ancien.

    Devenue une province dès 1905, l’Alberta n’obtient pourtant le contrôle de ses ressources naturelles du gouvernement fédéral qu’en 1930. Dans les années 1930, les frictions entre le gouvernement d'Ottawa et celui du premier ministre albertain William Aberhart sont très fortes. Elles amènent certains des partisans d'Aberhart à réclamer la sécession de la province avec le Canada.

    Par ailleurs, les provinces de l’Ouest se sentent quelque peu méprisées par les élites du reste du Canada. En Ontario et au Québec, certaines personnes affirment que ceux qui peuplent ces provinces, qui proviennent en bonne partie d’Europe centrale, sont mal dégrossis et ignorants. On les affuble d’un surnom : les « rednecks », les « cous rouges », parfois encore utilisé de nos jours.

    Pour faire son reportage, Pierre Craig discute avec plusieurs Albertains de divers horizons. Au bout de quelques minutes se dégagent des éléments qui expliquent le sentiment d’aliénation. L’Ontario et le Québec décident d’à peu près tout en matière de politique nationale. Le bilinguisme officiel, le multiculturalisme, et même l’adoption du système métrique, sont des irritants auxquels s’opposent plusieurs personnes interrogées.

    La raison? Elles voient dans ces politiques la main d’un « French Power » excessif à Ottawa, personnifié par le premier ministre fédéral Pierre Elliott Trudeau. Beaucoup de colère est par ailleurs exprimée contre la politique nationale de l’énergie mise de l’avant par le gouvernement Trudeau à partir de 1980. Cette dernière aurait empêché l’exploitation des ressources naturelles — particulièrement le pétrole — et aurait plongé l’Alberta dans une profonde récession.

    Émergence de partis politiques séparatistes

    Le sentiment d’aliénation favorise, dès les années 1970, la volonté chez certains citoyens des provinces de l’Ouest de se séparer du Canada. En 1974 est créée à Calgary l’Association de l’Alberta indépendante. Puis, en 1980, le Western Canada Concept (WCC) est fondé à Vancouver. Si ce parti séparatiste est né sur la côte du Pacifique, c’est en Alberta qu’il attire le plus d’adhérents. Le 17 février 1982, le WCC réussit à faire élire un candidat, Gordon Kesler, à l’Assemblée législative de l’Alberta.

    Reportage, 12 avril 1982

    La montée du séparatisme représentée par l’élection de Gordon Kesler et la popularité anticipée du WCC lors des élections provinciales de Saskatchewan font d’ailleurs l’objet d’un reportage du journaliste Réal D’Amours le 12 avril  1982.

    En 1987, Preston Manning fonde le Parti réformiste. Bien que le programme de ce nouveau parti ne soit pas fondamentalement de philosophie séparatiste, il attire beaucoup d’Albertains qui désirent couper les ponts avec le Canada.

    La fondation du Parti réformiste est directement liée à une décision du gouvernement fédéral annoncée le 31 octobre 1986. Ce jour-là, le gouvernement du premier ministre Brian Mulroney confirme qu’un important contrat d’entretien des avions F-18 de l’armée canadienne serait confié à la compagnie Canadair de Montréal. Or la compagnie Bristol Aerospace, située à Winnipeg au Manitoba, avait soumis une offre d’entretien qui était plus basse que celle de Canadair.

    Selon ses calculs, c'est elle qui aurait dû obtenir le contrat. La nouvelle qu'une firme montréalaise rafle ce dernier enrage le premier ministre du Manitoba Howard Pawley.

    La journaliste Louise Beaudoin présente un reportage au Montréal ce soir du 31 octobre 1986. On y voit le premier ministre Howard Pawley, d’habitude de caractère calme, pouvant à peine contenir sa colère. Il affirme que jamais il ne pourra plus faire confiance au premier ministre Brian Mulroney.

    Cette colère s’étend à la population du Manitoba ainsi qu’à celle de la Saskatchewan, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. Aux élections fédérales de 1993, 1997 et 2000, le Parti réformiste et son successeur, l’Alliance canadienne, obtiennent respectivement 52, 60 et 66 sièges au Parlement fédéral. Il remporte par ailleurs la majorité des sièges en Alberta et en Colombie-Britannique.

    À la mi-novembre 2019, un sondage Abacus affirmait que 75 % des Albertains croyaient être injustement traités par le reste du pays.

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