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Huawei pourra contribuer au réseau 5G britannique, avec certaines restrictions

De son côté, le Canada s'interroge toujours sur l'opportunité de confier les clés de son réseau au géant chinois.

Un ruban porte les mentions « Huawei » et « 5G ».

Le groupe Huawei s'est dit rassuré par la décision du gouvernement britannique.

Photo : Reuters / Jason Lee

Radio-Canada

Le gouvernement britannique va permettre à des équipementiers « à haut risque » de jouer un rôle limité dans la mise sur pied de ses réseaux 5G, mais ne compte en exclure aucun. Une décision qui déçoit Washington et qui aura aussi des échos au Canada.

Le ministère du Numérique a annoncé sa décision dans un communiqué qui ne mentionne pas clairement le groupe chinois Huawei, qui est toutefois concerné au premier chef. La note a été publiée après une réunion du Conseil de sécurité nationale du Royaume-Uni, composé de quelques ministres et de responsables de la sécurité, sous la présidence du premier ministre Boris Johnson.

Il n’y a aucune raison de nous priver des progrès technologiques et d’empêcher les consommateurs et les entreprises du Royaume-Uni d’avoir accès à cette technologie fantastique, si nous protégeons en même temps nos intérêts en matière de sécurité et nos partenariats avec les autres puissances.

Boris Johnson, premier ministre du Royaume-Uni

Huawei, déjà très présent dans les réseaux 4G du pays, s'est aussitôt dit rassuré par la confirmation du gouvernement britannique que nous pouvons continuer à travailler avec nos clients afin de poursuivre le déploiement de la 5G, dans un communiqué séparé.

Londres ne permettra pas à Huawei de prendre part à la mise en place du coeur du réseau, notamment les serveurs où transitent les données des utilisateurs, ni d'être présent dans des zones géographiques sensibles comme les sites nucléaires et les bases militaires.

Des équipementiers comme Huawei pourront néanmoins contribuer à l'implantation d'infrastructures non stratégiques, comme les antennes-relais, qui permettent la connexion des téléphones mobiles au réseau. Leur part de marché ne devra pas excéder 35 %.

La ministre du Numérique, Nicky Morgan, a expliqué que le gouvernement tient à avoir le meilleur réseau possible. Mais pas au détriment de notre sécurité nationale, a-t-elle insisté.

La ministre sort du 10, Downing Street.

Nicky Morgan, ministre du Numérique du Royaume-Uni

Photo : Reuters / Peter Nicholls

Les États-Unis de Donald Trump accusent Huawei d'espionnage pour le compte de Pékin, ce que dément vigoureusement l'entreprise, et ils ont déjà bloqué l'implication du géant chinois dans leurs réseaux.

Washington souhaite voir ses alliés faire la même chose, ce qui veut dire que Londres était sous forte pression pour exclure Huawei de ses plans pour la 5G. Le Royaume-Uni risque maintenant de subir le courroux de son allié, alors qu'il espérait voir leurs liens économiques se resserrer une fois le Brexit consommé.

Un responsable américain a d'ailleurs vite exprimé sous couvert d'anonymat la déception de son gouvernement.

Il n'y a pas d'option sûre avec des équipementiers qui ne sont pas fiables [quand on leur permet de] contrôler n'importe quelle partie d'un réseau 5G.

Un responsable américain

Il a toutefois ajouté que les Américains sont impatients de travailler avec le Royaume-Uni sur la voie qui aboutira à l'exclusion des composantes des fournisseurs qui n'ont pas été approuvés par les États-Unis.

Nous continuons d'exhorter tous les pays à évaluer soigneusement les impacts économiques et de sécurité nationale à long terme de l'accès des fournisseurs non fiables à l'importante infrastructure 5G, a poursuivi le responsable américain.

Le républicain Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants, a estimé un peu plus tôt que le choix que Londres a fait constitue une défaite majeure pour les États-Unis. À quel point la compagnie Huawei doit grossir et combien de pays doivent faire affaire avec elle pour que le gouvernement des États-Unis réalise qu'il est en train de perdre l'Internet au bénéfice de la Chine? s'est-il demandé sur Twitter.

Huawei, chef de file

La 5G, un ensemble de protocoles et méthodes de transmission de l'information qui promet un débit de 10 à 20 fois supérieur à la 4G, s'impose pour répondre à la demande toujours grandissante pour plus de bande passante. Son adoption, qui devrait prendre son essor l'an prochain au plus tard, implique cependant la mise sur pied d’infrastructures importantes, dont de nouvelles antennes, qui doivent être plus nombreuses qu'avec la 4G.

Il s'agit aussi d'une nouvelle étape dans les pratiques de communication. Là où la première génération permettait de passer des appels, la 2G d'y ajouter du texte, la 3G d'envoyer des images et la 4G de développer l'Internet mobile et la vidéo, la 5G doit servir à connecter tout ce qui ne l'est pas encore.

Des participants dans une exposition technologique de Las Vegas.

Une colonne fait la promotion des appareils 5G au kiosque de la compagnie Intel dans une exposition technologique, à Las Vegas, en 2018.

Photo : Associated Press / John Locher

Toutefois, cette technologie comporte un certain nombre de failles connues, auxquelles les équipementiers et les gouvernements tentent de remédier. Ces lacunes permettraient notamment à des pirates de pister de potentielles victimes, de leur envoyer de fausses alertes d’urgence ou de les déconnecter, selon un rapport des équipes de recherche en sécurité des universités Purdue et de l’Iowa, aux États-Unis, publié l'automne dernier.

Le géant Huawei s'est imposé comme le chef de file de la technologie 5G. Et comme il s'agit du plus grand fournisseur d’équipements de télécommunications de la planète, il est en mesure de proposer des prix que ses concurrents peinent à égaler.

De plus, s'il avait été complètement exclu, il aurait fallu retirer ses antennes-relais des infrastructures 4G existantes, ce qui aurait eu des conséquences sur les factures des abonnés. Le passage à la 5G en aurait aussi été retardé.

Les services de sécurité britanniques avaient quant à eux à plusieurs reprises assuré qu'il était possible de travailler avec l'équipementier chinois sans compromettre la sécurité.

Reste que ses liens présumés avec le gouvernement chinois suscitent une importante méfiance.

Ottawa ignorera-t-il aussi l'avis de Washington?

Outre le Royaume-Uni et les États-Unis, plusieurs pays, comme l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, ont déjà indiqué qu'ils comptaient limiter ou interdire complètement la participation de Huawei à l'installation de leurs réseaux pour des raisons de sécurité nationale.

Le Canada étudie aussi cette éventualité, d'autant plus que Washington réclame de ses alliés qu'ils ne fassent pas du tout affaire avec Huawei.

Le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie et la Nouvelle-Zélande forment le groupe Five Eyes, et partagent à ce titre des renseignements de sécurité.

Justin Trudeau, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, ainsi que celui de l’Innovation, des Sciences et de l'Industrie, Navdeep Bains, ont parlé d’une même voix mardi. Ils ont expliqué que la décision du gouvernement britannique sera examinée et qu’Ottawa travaille en collaboration avec ses alliés.

Il faut trouver la bonne réponse, c’est pour ça qu’on travaille avec nos alliés, on travaille avec nos experts en sécurité pour suivre les recommandations qu’ils vont faire.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Nous examinons les preuves scientifiques et technologiques, a indiqué Bill Blair.

Notre position reste la même, a lancé de son côté le ministre de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie : s’engager avec nos alliés à travailler avec des experts dans ce domaine, à collaborer très étroitement avec le ministre de la Sécurité publique, M. Blair, et avec d'autres agences de sécurité nationale pour nous assurer que toute décision que nous prenons est prise dans le meilleur intérêt des Canadiens.

Le ministre Blair, responsable du dossier Huawei, avait mentionné dans le passé avoir des préoccupations de sécurité nationale, mais aussi géopolitiques.

La détention de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, et la demande d’extradition vers les États-Unis qui la concerne viennent compliquer un peu plus l'affaire pour Ottawa.

Avec les informations de Agence France-Presse, et BBC

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