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Pete Buttigieg, l’étoile montante démocrate

Une semaine avant le début des primaires, les yeux se tournent vers ce jeune candidat de 38 ans qui pourrait bien brouiller les cartes de la course à l'investiture démocrate.

Un politicien serre la main de ses partisans.

Pete Buttigieg salue ses partisans au terme d'un rassemblement à Des Moines, en Iowa.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Le hall d’entrée du musée historique de l’Iowa à Des Moines a été décoré spécialement pour l’occasion. De larges drapeaux américains y ont été disposés ainsi que des lettres géantes accrochées à la balustrade qui forment les mots « boot », « edge », « edge ». Les bottes et les bords n’ont rien à voir avec l’événement si ce n’est que leur sonorité est une bonne indication de la façon dont il faut prononcer le patronyme de l’hôte du jour Pete Buttigieg.

Il y a quelques mois encore, le jeune homme de 38 ans était virtuellement inconnu. Mais aujourd’hui, 700 personnes ont fait la queue en pleine tempête de neige pour venir entendre celui que tous ici appellent affectueusement « Mayor Pete », maire Pete.

Il n’a été que maire d’une ville de 100 000 habitants en Indiana et pourtant, il aspire aujourd’hui à la présidence des États-Unis. Et il figure parmi les favoris de la course à l’investiture démocrate, rivalisant avec l’ancien vice-président Joe Biden et les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren, tous septuagénaires.

Alors qu’il monte sur scène pour son rassemblement, le squelette d’un mammouth trône bien en évidence en arrière-plan dans le hall du musée... Un peu comme une métaphore des vieux mammouths du Parti démocrate qu’il entend déloger.

Pete Buttigieg prononce un discours. Le squelette d'un mammouth se trouve derrière lui.

Pete Buttigieg, plus jeune candidat à l'investiture démocrate, entend déloger les vieux mammouths du parti.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Pete Buttigieg, il est vrai, représente un vent de renouveau. Homosexuel déclaré, il est aussi marié à un enseignant, Chasten, qui l’accompagne partout dans sa campagne. Il est aussi un fervent chrétien et ne manque pas une occasion de parler de sa foi, martelant, avec un sourire satisfait, que le Parti républicain n’a pas le monopole de la religion. C’est aussi un ancien membre du corps de réserve des marines, vétéran de l’Afghanistan.

Ses partisans le présentent comme un surdoué. Ils en veulent pour preuve son parcours universitaire sans faille, ses diplômes d’Harvard et d’Oxford, sa maîtrise du piano classique et d’une foule d’autres instruments de musique, et son côté polyglotte. Car le trentenaire parle huit langues, dont l’espagnol, l’italien, l’arabe, le français, le dari, le maltais et même le norvégien qu’il a appris pour pouvoir lire les œuvres de l’écrivain Erlend Loe dans leur version originale.

Portrait du candidat à l'investiture démocrate Pete Buttigieg

Ses rassemblements commencent invariablement de la même façon. Il invite les gens dans la salle à imaginer le jour où le soleil se lèvera sur une Amérique dont Trump n’est plus le président. Les cris de joie et les applaudissements éclatent dans la foule, mais aussitôt l’étoile montante du Parti démocrate lève la main pour modérer l’enthousiasme : Ce jour-là n’est pas le but; ce ne sera que le début. Et il entreprend alors de décliner son programme qui commence toujours par replacer les États-Unis au premier rang de la lutte contre les changements climatiques.

Il enchaîne en parlant de santé; précisant qu’il est en faveur d’une assurance maladie publique universelle pour tous ceux qui la désirent. Pas question, donc, de se mettre à dos les compagnies d’assurances privées ni les Américains allergiques à une hausse de taxes.

Car Pete Buttigieg est un modéré, un pragmatique, plus qu’un idéologue, même s’il affiche des positions résolument progressistes sur des questions comme l’avortement, le mariage gai et le contrôle des armes. Il répète ainsi à chacun de ses rassemblements trouver anormal que des enfants à l’école apprennent à se protéger contre un tireur fou avant même d’apprendre à lire et à écrire.

Mais surtout, il se présente comme l’anti-Trump, et promet de redonner sa dignité à la fonction présidentielle.

Le but n’est pas de glorifier l’occupant de la Maison-Blanche, mais de rassembler les Américains et de les inspirer à accomplir de grandes choses ensemble.

Pete Buttigieg

La plupart des Américains l’ont découvert lors des débats télévisés, frappés par son assurance malgré son jeune âge, son éloquence et son sens de la formule. Mais les résidents de South Bend en Indiana, eux, le connaissent depuis longtemps.

Élu maire à 29 ans de cette ville de 100 000 habitants, il a été réélu pour un deuxième mandat avec 80 % des suffrages exprimés quatre ans plus tard. Et même s’il n’est plus, depuis janvier, le premier magistrat de cette ville, beaucoup l’appellent encore affectueusement Mayor Pete.

Celui qui l’a remplacé au poste de maire lui accorde tout le crédit de la revitalisation d’une ville industrielle devenue moribonde après la fermeture dans les années 1960 de l’usine du constructeur automobile Studebaker. C’est lui qui a aidé à créer l’étincelle qui a fait en sorte que les gens ont recommencé à y croire après des années de déclin, dit James Mueller. Il mentionne le réaménagement des berges de la rivière Saint-Joseph, les rues du centre-ville redessinées, les nouvelles entreprises qui s’y sont installées et l'ancienne usine Studebaker transformée en pépinière de jeunes entreprises technologiques.

Une femme sourit devant le logo de la campagne de Pete Buttigieg.

Beth Ferlic, une amie d'enfance de Pete Buttigieg, s'implique comme bénévole dans sa campagne.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Une transformation complète aux yeux de Beth Ferlic. Native de South Bend, elle n’a presque pas reconnu sa ville lorsqu’elle est venue s’y réinstaller après une absence d’une dizaine d’années.

Elle en attribue aussi tout le crédit à Mayor Pete : Il a redonné espoir aux gens d’ici, dit-elle, même si elle avoue n’être pas du tout objective. Car Pete Buttigieg est un ami d’enfance. Compagnon de classe de son frère, tous jouent encore de la musique ensemble, pour des concerts bénéfices, chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Assise à une table d’un nouveau bar branché du centre-ville de South Bend, Beth nous montre les photos du dernier concert. Elles montrent un Pete Buttigieg souriant, assis derrière son piano, guitare en main ou encore en train de jouer un morceau de Bob Dylan à l’harmonica.

C’est quelqu’un de bien, de profondément humain, qui s’intéresse vraiment aux gens. Son message inclusif est ce dont notre pays a vraiment besoin actuellement.

Beth Ferlic, amie d'enfance de Pete Buttigieg

Une conviction qui l’a poussée à s’investir pour soutenir la candidature de Pete Buttigieg à l’investiture démocrate. L’ancien maire a établi son quartier général de campagne nationale dans le centre-ville de South Bend.

Les murs sont ornés de fanions « Pete 2020 », d’articles publicitaires et de portraits du candidat peints par des fans. C’est là que Beth s’installe aux côtés d’autres bénévoles pour appeler des électeurs des premiers États à voter pour vanter les mérites de Mayor Pete.

Des bénévoles sont assis à une table.

Bénévoles au quartier général de campagne de Pete Buttigieg, établi dans sa ville, à South Bend en Indiana.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Mais tous à South Bend ne partagent pas son enthousiasme. Il suffit de se rendre dans le sud-est de la ville pour s’en rendre compte. Le vent de renouveau qui a soufflé sur le centre-ville semble avoir oublié ce quartier. Les rues n’y sont que des alignements de taudis, des maisons délabrées aux vitres cassées; parfois même incendiées.

Wayne Hubbard y déambule en montrant du doigt les habitations qui ont toutes un cruel besoin de rénovation. Le maire Pete s’est occupé du centre-ville; il a pris soin des gens qui ont de l’argent et qui votent, lâche-t-il avec amertume. Les autres, il les a laissés pourrir.

Comme presque tous les habitants du quartier, Wayne est noir. Il œuvre au sein d’une ONG qui essaie d’aider les gens à rénover leur maison et il est en colère contre le maire dont le projet « 1000 maisons en 1000 jours » s’est traduit, selon lui, par la destruction de nombreuses habitations et par la mise à l’amende de nombreux propriétaires incapables de payer les rénovations demandées.

Deux hommes posent devant une rangée de maisons.

Selon Wayne Hubbard (à gauche), un résident du quartier sud-est de South Bend, Pete Buttigieg n'a développé que le centre de la ville et a négligé les quartiers où vivent les minorités visibles.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Un point de vue largement partagé au sein de la communauté noire de la ville. À tel point qu'Oliver Davis, un ancien élu municipal, qui a pourtant travaillé aux côtés de Mayor Pete pendant des années, ne votera pas pour lui.

Trapu, affichant une barbe grisonnante et portant un nœud papillon, l’homme critique surtout l’ancien maire pour sa gestion de la police municipale, beaucoup trop blanche à ses yeux, pour une ville qui compte 40 % de minorités visibles.

Selon Oliver Davis, le licenciement de l’ancien chef de police noir, remplacé par un blanc, est mal passé au sein de la communauté. Mais plus largement, l’ancien conseiller municipal reproche surtout à Pete Buttigieg son manque d’expérience.

Un homme qui porte un noeud papillon pose devant une voiture de police qui apparaît en arrière-plan.

Oliver Davis, ancien conseiller municipal de South Bend, appuiera Joe Biden dans la course à l'investiture démocrate.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

C’est quelqu’un de bien, mais en cette période de crise que traverse l’Amérique, nous avons besoin d’un homme qui a déjà été testé, qui connaît le boulot. Comme l’écrasante majorité des Noirs du pays, Oliver Davis soutient l’ancien vice-président Joe Biden. Lui, on le connaît; avec lui, on sait ce qu’on obtient.

Lors de son rassemblement au musée historique de l’Iowa, Pete Buttigieg parle d’inclusion; vante son programme de lutte contre le racisme et la pauvreté. Un discours qu’il prononce devant un auditoire presque exclusivement blanc.

Les quelques noirs de la salle se révèlent rapidement être des militants du groupe Black Lives Matter qui chahutent un peu avant d’être escortés vers la sortie par des policiers et des agents de sécurité.

Conscient de sa difficulté à connecter avec les minorités ethniques, le candidat a mis sur pied un ambitieux plan de lutte contre les inégalités. Un plan baptisé du nom de Frederick Douglass, l’un des premiers esclaves émancipés.

Oliver Davis lui reconnaît un certain mérite et de la bonne volonté, mais cela reste, selon lui, trop peu trop tard. Et s'il n’écarte pas la possibilité de voter un jour pour Mayor Pete, ce ne sera pas pour cette fois-ci.

Pete Buttigieg prononce un discours lors d'un rassemblement.

À quelques semaines des caucus de l'Iowa, le candidat à l'investiture démocrate Pete Buttigieg multiplie les rassemblements dans cet État, comme ici à Newton.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Sans pouvoir compter sur le vote noir et celui des communautés latino-américaines, Pete Buttigieg a très peu de chances d’être choisi pour mener le Parti démocrate à la présidence. Du moins cette fois-ci. Alors qu’il salue ses partisans, serre les mains et multiplie les égoportraits, il en est très conscient.

Mais l’homme, précoce, fait sans doute aussi un pari à long terme.

Il est charismatique, ambitieux, talentueux, mais ce qui le distingue surtout des autres candidats, c’est qu’à 38 ans, il a tout son temps.

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