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Les avocats d'ex-pensionnaires de l'asile de Penetanguishene concluent leurs arguments

Un édifice en brique dans les années 1970.

L'institut Oak Ridge de Penetanguishene dans les années 1970 (archives)

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Dans ses arguments de clôture lundi, l'avocat d'anciens pensionnaires de l'asile Oak Ridge de Penetanguishene rappelle que ses clients y ont bien été torturés au sens de la loi fédérale et des conventions internationales. Une vingtaine d'entre eux réclament des indemnités pour les traitements qu'ils ont subis au cours de leur internement, de 1965 à 1983.

Dans ce procès civil, les avocats doivent démontrer que les thérapies auxquels ces patients ont été soumis étaient des actes de torture et non des traitements expérimentaux en vogue à l'époque. Leur poursuite vise deux anciens psychiatres de l'établissement, les Drs Gary Maier et Elliott Barker, et la province, l'ancien propriétaire de l'asile.

D'entrée de jeu, l'avocat des plaignants, Joel Rochon, affirme que les événements qui se sont passés sur une période de 20 ans à Oak Ridge resteront marqués à l'encre indélébile dans les annales de la psychiatrie en Ontario en raison des souffrances de [ses] clients aux mains de deux médecins de l'établissement.

Me Rochon rappelle que la province a également sa part de responsabilités, puisqu'elle était propriétaire de l'asile qui recevait des fonds publics pour incarcérer des Ontariens atteints de problèmes de santé mentale, comme la schizophrénie et les troubles de la personnalité.

Photo d'archives d'un homme en habit cravate.

Le Dr Gary Maier est l'un des deux anciens psychiatres de l'asile Oak Ridge poursuivis dans cette affaire (archives).

Photo : Radio-Canada

Il dit qu'il s'agit d'un établissement à sécurité maximale où les patients auraient dû être traités médicalement dans l'espoir d'être renvoyés dans la société. Or, ce n'est pas ce qui leur est arrivé, précise-t-il.

Les traitements controversés que l'avocat dénonce dans ses conclusions concernaient notamment à l'époque les traitements à l'alcool, les injections de drogues comme le LSD, l'enfermement prolongé de pensionnaires dans une capsule et les privations de sommeil et parfois même les jeûnes forcés.

On voit un long corridor dans l'une des ailes psychiatriques de l'Institut psychiatrique de Penetanguishene au début des années 1990.

Une aile de l'Institut psychiatrique de Penetanguishene dans les années 1990

Photo : Radio-Canada / archives

Me Rochon parle de conduite barbare digne du Moyen Âge ou de l'Europe préindustrielle, mais certainement pas de traitements de l'époque contemporaine financés à même les fonds publics.

L'humiliation, l'avilissement, le dénuement et la peur étaient utilisés comme des outils pour casser la personnalité de ces patients et laver leur cerveau.

Joel Rochon, avocat des plaignants

Les psychopathes et les schizophrènes représentaient la majorité des criminels aliénés de l'établissement à l'époque. Ils avaient été déclarés inaptes à subir un procès pour le crime au sujet duquel ils avaient été arrêtés. On parle de jeunes hommes vulnérables qu'on a déshumanisés durant leur séjour, poursuit-il.

On voit R. D., l'un des plaignants, sortir du tribunal.

R. D., qui tient à garder l'anonymat, est l'un des nombreux plaignants dans cette poursuite civile.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Me Rochon ajoute que personne ne pouvait ignorer ce qui se passait à Oak Ridge, puisque les procureurs de la Couronne avaient accès à des informations fondamentales sur le dossier des pensionnaires.

Me Rochon cite les experts qui sont venus témoigner durant 45 jours l'été dernier à la barre du procès. Il relève également des passages d'une littérature scientifique abondante sur les dangers de tels traitements psychiatriques. Ce sont des preuves irréfutables que les traitements des Drs Barker et Maier étaient des actes de torture, dit-il.

Un trou dans un mur.

Les parois de la « capsule » possédaient des trous dans lesquels étaient insérées des pailles pour permettre aux détenus de se nourrir en liquides seulement.

Photo : Radio-Canada

Il rappelle que certains des traitements qui étaient administrés à Oak Ridge étaient les mêmes que ceux qui étaient utilisés par la CIA aux États-Unis ou dans la Chine communiste de Mao. Il ne s'agissait en aucun cas de traitements thérapeutiques, ces méthodes n'avaient aucun mérite scientifique, poursuit-il.

Me Rochon précise que les drogues à Oak Ridge, comme le LSD et les amphétamines, étaient puissantes et administrées à fortes doses aux pensionnaires. Ces drogues nocives avaient pour but de provoquer de l'anxiété, des hallucinations sonores et visuelles, voire le délire, explique-t-il.

Ces thérapies arbitraires étaient excessives, cruelles et injustifiées, et ne servaient qu'à punir les pensionnaires pour leurs comportements turbulents.

Joel Rochon, avocat des plaignants

L'avocat souligne que ces drogues créaient une dépendance chez des pensionnaires et qu'elles pouvaient même les conduire à avoir des idées suicidaires ou des envies meurtrières, parce qu'elles provoquaient des états de psychose ou de paranoïa.

Des pieds dans une douche.

Des pensionnaires d'Oak Ridge étaient déshabillés et confinés à plusieurs dans la « capsule » durant des jours.

Photo : Radio-Canada

Il ajoute que les patients étaient sans défense, d'autant qu'on ne leur avait pas expliqué la nature de leurs traitements. Ces deux psychiatres ont trahi leur confiance de façon éhontée, conclut-il.

Des expériences psychédéliques de grande envergure sonneront le glas des traitements controversés de l'asile à la fin des années 1970. Le Dr Maier sera renvoyé de l'établissement en 1978.

Si le juge estime qu'il y a bien eu actes de torture, comme le prétendent les avocats des ex-pensionnaires, alors la seconde partie du procès portera sur le montant des indemnités à verser. Pour l'heure, la poursuite civile s'élève à quelque 25 millions de dollars.

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Toronto

Santé mentale