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Un mémoire de maîtrise « fucking » particulier

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une main tient un téléphone sur lequel on peut lire #fucking.

Alice Tremblay a monté un corpus de recherche composé de tweets.

Photo : iStock

Une étudiante en linguistique de l’Université du Québec à Chicoutimi a trouvé un moyen de s’amuser en faisant sa maîtrise. Curieuse par rapport à un phénomène très peu étudié, Alice Tremblay s’est penchée sur l’utilisation du mot « fucking » en français québécois.

C'est sûr que ce n’est pas commun, on ne s'attend pas à ce qu'un projet de recherche porte sur des jurons. Pourtant, ça se fait. Il y a des linguistes qui ont travaillé sur les sacres en français québécois, illustre-t-elle.

C’est en écoutant des épisodes d’une série télé que son directeur de recherche, Luc Baronian, et elle ont vu le potentiel du sujet. On se disait c'est particulier que ce mot-là ait un comportement aussi unique en fait, raconte Alice Tremblay. Elle fait valoir qu’aucun autre mot n’est utilisé de la même manière que « fucking » en français québécois.

Pour aller au bout de ses intuitions, la jeune femme a monté un corpus de recherche composé de tweets en français et en anglais contenant l’élément « fucking ». Elle a fait de la collecte automatisée sur Twitter en ciblant des Montréalais et a ensuite comparé les usages du mot dans les deux langues.

Alice Tremblay.

Alice Tremblay a étudié l'utilisation du mot « fucking » en français québécois.

Photo : Radio-Canada / Claude Desbiens

On retrouve le mot dans des structures syntaxiques comme "tu me fucking niaises" et là, on s'entend que ça veut dire "tu me niaises vraiment" ou quelque chose du genre. Donc, il a cette valeur adverbiale là. Par contre, on ne pourrait pas dire "tu me vraiment niaises". On se rend compte qu'il est dans des environnements syntaxiques qui lui sont propres et qu’il n’y a pas d'autres mots du français québécois qui font ça, explique Alice Tremblay.

En anglais, il arrive que « fucking » soit introduit à l’intérieur d’un autre mot. Par exemple, « irresponsible » (irresponsable en anglais) pourrait devenir « irre-fucking-sponsible ». Alice Tremblay a constaté que la même chose se produit parfois en français. C’était d’ailleurs un des enjeux de sa recherche.

La principale conclusion de cette recherche-là, c’est qu’on peut faire ça nous aussi. On a adopté cette pratique-là.

Alice Tremblay, diplômée, maîtrise en linguistique

On peut le mettre [le mot "fucking"] à l'intérieur de mots aussi. Par exemple, entre un préfixe puis la racine d'un mot comme dans "im-fucking-possible" ou "in-fucking-croyable". Puis on pourrait aussi le mettre à l'intérieur du mot, donc au lieu de "in-fucking-croyable", avoir "in-croy-fucking-yable". Là, il est vraiment en plein milieu du mot, pas entre le préfixe puis le mot, mais dans le mot, note la chercheuse, qui constate toutefois que ces usages sont moins fréquents que ceux où « fucking » est employé seul, du moins dans son corpus.

Un changement linguistique en cours?

Alice Tremblay reconnaît que tous les locuteurs du français québécois n’utilisent pas « fucking » dans leurs conversations quotidiennes. Ça reste un registre de langue populaire, précise-t-elle.

Ses observations attestent tout de même l’usage dans divers contextes, mais impossible pour le moment de savoir si cet emprunt se répandra à plus grande échelle. La linguiste explique que certains phénomènes sont générationnels et simplement à la mode pendant un certain temps.

Comment les usages de "fucking" vont se matérialiser dans la langue puis à quel point ça va prendre de l’expansion? Peut-être que ça va s’arrêter là. On ne sait pas. La langue, c’est en constant changement, conclut Alice Tremblay.

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