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Procès Trump : la défense attaque les Biden, mais ignore John Bolton

Jay Sekulow, tenant un stylo, s'adresse aux sénateurs.

Jay Sekulow a assuré la transition entre les différents segments des plaidoiries, présentant les avocats qui allaient les donner.

Photo : Reuters / Handout .

Sophie-Hélène Lebeuf
Mis à jour le 

Les avocats du président Trump ont amorcé leur deuxième journée de plaidoiries d'ouverture, lundi, en évacuant presque complètement les révélations explosives du New York Times concernant l'ex-conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche John Bolton. Ils ont cependant lancé une longue attaque contre l'ex-vice-président démocrate Joe Biden et son fils.

Il a fallu attendre la dernière heure des plaidoiries pour entendre brièvement la défense commenter l'article du quotidien new-yorkais, selon lequel M. Bolton affirme, dans l'ébauche d'un livre à paraître, que le président Trump a bien instrumentalisé l'aide militaire à l'Ukraine dans le but d'obtenir des enquêtes, notamment sur Joe Biden.

Si n’importe quel président avait fait ce que le Times a rapporté sur le contenu du manuscrit de Bolton, cela ne constituerait pas un délit passible de destitution, a argué le constitutionnaliste Alan Dershowitz.

Selon le New York Times, John Bolton révèle que le président Trump lui aurait dit en août qu'il maintiendrait le gel de l'aide militaire jusqu'à ce que l'Ukraine enquête sur ses rivaux politiques.

Laissez-moi le répéter : il n’y a rien dans les révélations de Bolton, même si elles étaient vraies, qui seraient suffisamment graves pour constituer un abus de pouvoir ou un délit passible de destitution.

Alan Dershowitz

Tout au long des sept heures de plaidoiries précédentes, l'équipe de défense avait soigneusement éludé la question. Tout au plus y avait-il eu une allusion voilée dans les premières minutes, lorsque l'avocat personnel du président, Jay Sekulow, a dit vouloir se concentrer sur les faits.

Nous ne nous occupons pas de spéculations, d'allégations qui ne sont pas du tout fondées sur des normes de preuve, a-t-il martelé.

Plus encore, il a soutenu qu'aucun témoin n'avait rapporté que le président Trump avait exigé une contrepartie de la part des autorités ukrainiennes.

Pas un seul témoin n'est venu affirmer lors d'un témoignage que le président avait lui-même dit qu'il y avait un lien entre quelque enquête que ce soit et l'assistance à la sécurité, une rencontre [avec le président ukrainien] ou quoi que ce soit d'autre.

Jay Sekulow, avocat personnel du président

Pendant l'enquête en destitution, les républicains minimisaient les témoignages, sous prétexte qu'ils n'avaient pas été des témoins directs des faits reprochés au président.

Selon des sources du Washington Post, le président Trump et ses alliés entendent miner la crédibilité de John Bolton tout en se préparant à contrer une éventuelle décision du Sénat de le convoquer.

M. Bolton a quitté son poste à la mi-septembre, en mauvais termes avec le président.

John Bolton ajuste ses lunettes.

Le président Trump a dit avoir congédié John Bolton, qui a pour sa part déclaré avoir démissionné.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Tout au long de la journée, la défense a en outre rejeté les chefs d'accusation retenus par la Chambre des représentants, contestant que le président ait abusé de son pouvoir ou entravé le travail du Congrès.

Pourtant, en fin de journée, Alan Dershowitz a plaidé que même s’il l'avait fait, ce n'était pas passible de destitution. À l'époque du procès Clinton, il avait pourtant affirmé qu'un abus de pouvoir pourrait être considéré comme un motif de destitution, estimant qu'il n'était pas nécessaire qu'un président ait commis un crime pour être destitué.

Des munitions pour les démocrates

Les démocrates plaident depuis des semaines que l'administration Trump a sciemment bloqué les témoignages des hauts responsables qui pourraient confirmer leurs accusations quant au gel d'une aide militaire de 391 millions promise à l'Ukraine.

Invoquant l'interdiction de la Maison-Blanche, John Bolton avait refusé de comparaître devant la Chambre. Pendant l'enquête en destitution menée par des comités de la Chambre, l'automne dernier, la Maison-Blanche a refusé toute collaboration, fermant la porte à toutes les injonctions de production de documents et bloquant les témoignages de hauts responsables qui avaient été convoqués.

Profitant d'une rare pause, celui qui agit comme procureur en chef du procès, le démocrate Adam Schiff, est revenu à la charge.

Je peux comprendre les raisons pour lesquelles – et je pense que nous les connaissions déjà – le président et ses alliés ont voulu supprimer le témoignage de John Bolton, a-t-il déclaré.

Ils avaient de toute évidence ce manuscrit. Ils comprenaient ce que John Bolton avait à dire et ils avaient une peur mortelle que le peuple américain le découvre.

Adam Schiff, responsable en chef de la mise en accusation

Datée du 30 décembre, une lettre de l'avocat de John Bolton adressée au bureau du président, et obtenue par le New York Times, indique que l'ébauche du livre avait alors été envoyée à la Maison-Blanche. Il s'agit d'un processus habituel auquel doivent se plier d'anciens hauts responsables pour s'assurer qu'ils respectent le privilège de l'exécutif.

Le procès des Biden

Joe et Hunter Biden, souriants.

Joe et Hunter Biden étaient dans la mire des avocats du président Trump.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Si les avocats du président ont préféré éluder la question de John Bolton, ils ont toutefois parlé, longuement et de façon détaillée, des Biden.

Nous aurions préféré ne pas en parler, mais les responsables de la mise en accusation de la Chambre ont placé cette question au cœur du débat, alors nous devons l'aborder, a lancé d'emblée Pam Bondi.

La question était toutefois prévisible, puisque Donald Trump avait spécifiquement demandé au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d'enquêter sur les Biden lors de leur appel du 25 juillet.

Affirmant que la préoccupation du président Trump était liée à la corruption, Mme Bondi a argué que sa requête était justifiée par le conflit d'intérêts, ou à tout le moins une apparence de conflit d'intérêts, dans lequel se trouvait l'ex-vice-président démocrate. Elle a soulevé le fait qu'en 2015 Joe Biden, alors responsable de l’administration Obama dans le dossier ukrainien, avait plaidé pour le limogeage du procureur général d'Ukraine, Viktor Chokine, au moment où son fils Hunter avait des intérêts financiers en Ukraine.

De 2014 à 2019, ce dernier a siégé au conseil d'administration de la société gazière ukrainienne Burisma, dont le propriétaire a un temps fait l'objet d'une enquête pour corruption lancée par les autorités ukrainiennes.

Les appels de Joe Biden s'inscrivaient toutefois dans un effort coordonné avec l'Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et des militants ukrainiens luttant contre la corruption pour écarter ce procureur, lui-même accusé d'être lié à la corruption.

Hunter Biden, a insisté Mme Bondi, a été recruté malgré sa méconnaissance de l'Ukraine et du secteur gazier et a pu engranger des millions.

Gros plan sur un courriel concernant le recrutement de Hunter Biden au conseil d'administration de la société Burisma, où des mots sont surlignés en jaune.

Les avocats du président ont exhibé plusieurs documents concernant les Biden et Burisma, consacrant à ce dossier une part importante de leur présentation.

Photo : Associated Press

L'équipe de campagne de Joe Biden a répliqué dans une déclaration envoyée aux médias, selon le Washington Post.Ici, sur la planète Terre, la théorie du complot que Bondi a répétée a été réfutée de manière concluante, a-t-elle martelé, citant plusieurs médias, dont le Post, l'Associated Press et le Wall Street Journal.

Le rôle de Giuliani minimisé, mais justifié

Rudy Giuliani, l'un des avocats personnels de Donald Trump

Rudy Giuliani, l'un des avocats personnels de Donald Trump

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Les avocats du président ont également minimisé le rôle de l'avocat personnel du président, Rudy Giuliani, en Ukraine, qualifiant de joueur mineur celui que plusieurs témoins des comités d'enquête de la Chambre ont au contraire présenté comme le chef d'orchestre de la campagne menée auprès de responsables ukrainiens.

Rejetant les accusations démocrates, ils ont nié que M. Giuliani ait eu des motivations politiques lorsqu'il a mené sa campagne en Ukraine au nom de son client. Cela n'avait rien à voir avec l'élection de 2020, a assuré Jane Raskin, accusant les démocrates de se servir de Rudy Giuliani comme distraction colorée pour faire oublier les lacunes dans [leur] dossier.

Mais dans ce procès, en ce moment, M. Giuliani n'est qu'un acteur mineur – [il est] cet objet brillant mis de l'avant pour vous distraire.

Jane Raskin

Kenneth Starr, dont l’enquête avait mené à la mise en accusation puis au procès en destitution de l'ex-président démocrate Bill Clinton, en 1999, a pour sa part étonnamment déploré une ère de mise en accusation.

Comment en sommes-nous arrivés là, a demandé celui qu'avaient pourtant accusé les démocrates de l'époque de mener une croisade politique.

À l'instar de la guerre, la mise en accusation est un enfer. Ou, du moins, la mise en accusation d'un président est un enfer. [...] Elle divise le pays comme rien d'autre.

Kenneth Starr

Commentant l'accusation d'entrave au travail du Congrès, il a en outre soutenu que le refus de la Maison-Blanche de collaborer à l'enquête était justifié parce qu'il ne faisait que défendre les prérogatives légales et constitutionnelles de la présidence. À l'époque du procès Clinton, il avait pourtant argué le contraire.

Leurs plaidoiries se concluront mardi. Les sénateurs auront ensuite l'occasion de poser aux deux parties des questions écrites, qui seront lues par le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, qui préside le procès. Cette étape du procès durera 16 h réparties sur deux jours.

La journée de vendredi sera consacrée au débat sur la pertinence de convoquer des témoins et enjoindre à la Maison-Blanche de produire des documents.

Si moins de 51 sénateurs votent pour une telle résolution, le Sénat pourrait ensuite se prononcer sur la destitution du président.

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