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Le crystal meth, un enjeu de santé publique au Nouveau-Brunswick

« Moncton, c'est comme une meth city. »

Miguel Thibeault est sobre depuis quatre mois.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Marielle Guimond

Son sourire est contagieux, généreux. Son visage porte les marques d’une autre vie, d’un passé qu’il assume, mais qui lui colle à la peau.

J'ai commencé à consommer à 14 ans. J'ai commencé avec le pot et ç'a vite escaladé, confie Miguel Thibeault sans pudeur ni amertume entre deux gorgées de café.

À 15-16 ans, c'étaient le speed, l'ecstasy, la cocaïne, l'alcool... Et de petit peu à petit peu, j'en suis venu au point que j'en faisais tellement, j'ai dû me mettre à la vendre pour pouvoir me fournir [en drogues]. La vente m'a mené dans les gangs de rue, à être armé, à me promener dans des quartiers louches la nuit, à me battre tout le temps.

Sa descente aux enfers aura été rapide et violente. Elle aura duré près de 9 ans. Miguel a déménagé une quinzaine de fois.

Il a aussi été sans-abri à Moncton. Lors de cette période de sa vie, il consommait de la méthamphétamine en cristaux (crystal meth en anglais).

C'est une drogue de pauvre. Elle est accessible. À chaque deux coins de rue, tu vas trouver quelqu'un qui vend du meth. Et si tu ne trouves pas quelqu'un qui en vend, tu vas trouver quelqu'un qui connaît quelqu'un qui en vend.

90 % des gens que tu vas rencontrer de la rue consomment du crystal meth. Moncton, c'est comme une meth city.

Miguel Thibeault

Un seul centre de désintoxication à Moncton

L’augmentation de la consommation de méthamphétamine en cristaux a de quoi donner le vertige aux municipalités et autorités, quelque peu désemparées, mais également aux réseaux de santé.

Moncton ne compte qu'un seul centre de désintoxication et les lits sont toujours occupés, explique Annie Claveau, gestionnaire de programme pour les services de traitement de dépendance et de santé mentale dans le Réseau de santé Horizon.

Le problème est réel. [...] Dans la dernière année, dans tous nos programmes, on remarque une augmentation de 20 % des consommateurs de crystal meth.

Annie Claveau, gestionnaire au réseau de santé Horizon.
Une femme en gros plan.

Annie Claveau est gestionnaire de programme pour les services de traitement de dépendance et de santé mentale dans le Réseau de santé Horizon.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Mais ces chiffres ne pourraient être que la pointe de l'iceberg, puisque ce ne sont pas tous les toxicomanes qui s'y font soigner.

D’après la gestionnaire d’Horizon, l'accès aux traitements de désintoxication ne pose pas problème à l’heure actuelle.

Si pour l’instant les réseaux de santé gardent la tête hors de l’eau, pendant combien de temps tiendront-ils?

Il n’existe pas de recension du nombre réel de consommateurs de méthamphétamine au Nouveau-Brunswick. Difficile donc de mesurer les besoins, mais la popularité de la drogue parle d’elle-même.

Il faut être patient. Ce ne sont pas tous les centres qui ont des disponibilités. Il faut continuer d'appeler.

Miguel Thibeault

Miguel avoue s’être montré très insistant pour obtenir des soins au centre de dépendance de Moncton. Après bien des appels, il a été admis. Son acharnement, dit-il, lui aura servi.

Soigner les symptômes avant tout

La prise en charge de ce type de toxicomanes n'est pas chose facile pour les intervenants, soulève l’intervenante Annie Claveau.

La complexité des symptômes de la consommation de méthamphétamine en crystaux est en cause. Hallucinations, palpitations, délires, confusion... la drogue provoque des symptômes psychotiques.

Les effets sont tellement aigus que les individus se retrouvent souvent dans un état de crise , explique-t-elle. Pour le crystal meth, il n'y a pas de traitement médicamenteux ou spécifique de créé. Alors, qu'est-ce qui se passe? On essaye du mieux qu'on peut de traiter les symptômes.

Des seringues utilisées.

La méthamphétamine cristallisée à Moncton.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Stigmatisation sociale

La province opte pour une approche combinant les traitements de dépendance et ceux en santé mentale, aussi bien dans le Réseau de santé Vitalité que dans le Réseau de santé Horizon.

On a une collaboration avec nos partenaires en psychiatrie, en santé mentale et en toxicomanie pour traiter l'ensemble des besoins de cette population, explique Gino Mallais, gestionnaire aux Services de traitement des dépendances au Réseau de santé Vitalité.

Un homme devant ordinateur.

Gino Mallais est gestionnaire aux services de traitement des dépendances chez Vitalité.

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Quant au ministère de la Santé, il reconnaît être préoccupé par l’enjeu de santé publique et par la nécessité d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Il existe différentes modalités de traitements qui démontrent des résultats positifs, mais la stigmatisation sociale et individuelle continue d'être un obstacle pour certaines personnes à chercher et à recevoir les services de traitement nécessaires pour se rétablir, déclare le ministère par courriel.

Un campement de sans-abri.

Dans cet abri de fortune, quatre itinérants passent la nuit.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

70 % de chance de rechute

Miguel ne consomme plus, mais son cheminement vers la sobriété a été plus que laborieux.

J'ai fait quinze detox, quatre rehab, six psychiatries pour des tentatives de suicide et dépressions majeures.

Miguel tient son café refroidi à deux mains, comme s’il lui procurait une forme d'assurance pour l’aider à dépoussiérer les pires moments de sa vie.

Il raconte avoir séjourné dans la plupart des centres de désintoxication du nord de la province, et même dans des centres en Ontario et au Québec.

Pourquoi autant de fois? La réponse est simple. Les probabilités de rechute sont majeures.

Pour la méthamphétamine en cristaux, on les évalue à plus de 70 %.

Malgré ses nombreuses rechutes, Miguel vit tout de même dans la ville du vice.

Il ne fréquente pas certains quartiers de Moncton pour éviter de croiser des connaissances qu'il préfère ne plus côtoyer. Je ne peux pas marcher sur la St. George. Je ne peux pas sortir dans les bars downtown. Je ne bois même plus.

Son entourage a aussi changé. Certaines personnes, même s'ils sont mes chums, je ne peux pas avoir de contact avec eux. Je ne peux pas être avec eux.

À 28 ans, Miguel fait le choix de se battre. Il s’est trouvé un emploi et un logement.

Tous les jours, il se concentre à se construire une nouvelle vie, une brique à la fois, tout en espérant qu’elle lui apporte ce qu’il désire le plus : Je veux avoir une famille. Je veux avoir des enfants. Je veux me marier. Il n'y a rien de ça qui sera possible tant que je vais vivre dans ce monde-là.

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Nouveau-Brunswick

Santé publique