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De moins en moins de routes connectées sur la planète

Une tendance qui décourage l'utilisation des transports en commun.

Vue aérienne du centre-ville de Buenos Aires.

Vue aérienne du centre-ville de Buenos Aires, en Argentine, l'une des villes les mieux connectées de la planète.

Photo : iStock

Alain Labelle

La croissance urbaine récente mène de plus en plus à des réseaux routiers déconnectés et inadaptables, une tendance observée un peu partout dans le monde qui favorise l'étalement urbain.

Les chercheurs Christopher Barrington-Leigh, de l’Université McGill, et Adam Millard-Ball, de l’Université de la Californie à Santa Cruz, se sont intéressés à l'étalement urbain en fonction de la connectivité locale des réseaux routiers.

Une partie du réseau routier de la ville de Terrebonne.

Une partie du réseau routier de la ville de Terrebonne.

Photo : Université McGill/Christopher Barrington-Leigh

Habituellement, lorsqu’on pense à l’étalement urbain, on pense à la densité, à la taille d’une ville ou au temps nécessaire pour la traverser, explique Christopher Barrington-Leigh.

Nous avons réalisé que le réseau de rues est central à tous les autres facteurs.

Christopher Barrington-Leigh
Vue aérienne de la ville de Pflugerville, au Texas.

Vue aérienne de la ville de Pflugerville, au Texas.

Photo : iStock

Leurs travaux sont basés sur l’analyse des données accessibles sur OpenStreetMap et d’autres informations obtenues par satellite.

Nous voulions emprunter une approche systématique pour trouver des villes, qui ne sont peut-être pas très connues à l’échelle internationale, où l’étalement empire rapidement.

Christopher Barrington-Leigh

Le duo de chercheurs a ainsi créé une carte interactive mondiale (Nouvelle fenêtre) de l’étalement urbain en le mesurant en fonction de la connectivité locale des réseaux routiers.

Le résultat, fruit de sept années de travail, est pour le moins exhaustif.

Carte de la déconnectivité.

Carte de la déconnectivité.

Photo : Université McGill/

L’ensemble des segments de rue de la planète a été classé en plusieurs catégories incluant par exemple les culs de sac et les différents types d'intersections.

Il est également possible de consulter la carte et de constater les changement aux réseaux apportés dans différentes périodes de temps.

Les rues ne changent pas pendant des centaines d'années. Elles servent plus longtemps que les barrages et les centrales électriques.

Christopher Barrington-Leigh

Toutes les activités humaines et les choses qui les préoccupent [les humains] sont en fait contraintes au départ par le réseau routier, poursuit le chercheur.

La force du quadrillé

D’autres études ont montré que l'accessibilité accrue offerte par les réseaux routiers quadrillés facilite le recours à la marche, au vélo et aux transports en commun. Ce qui est tout le contraire pour les culs-de-sac qui ont tendance à encourager l'utilisation de véhicules motorisés personnels.

Ainsi, selon M. Barrington-Leigh, les urbanistes se doivent de tenir compte de la connectivité à l'échelle locale lorsqu'ils conçoivent et planifient de nouvelles rues afin de rehausser la durabilité des villes.

En Amérique du Nord, il suffit de quelques facteurs pour calculer la connectivité. Les lieux connectés ressemblent à des grilles et les lieux qui le sont moins sont caractérisés par des cul-de-sacs et intersections à 3 voies.

Les données recueillies permettent d’établir que le Canada est beaucoup mieux connecté que les États-Unis.

Si les deux pays ont connu un pic de déconnectivité dans les années 1990, la tendance observée dans les dernières décennies est plus favorable au Canada.

Les routes construites par le passé ne vont pas disparaître, mais les nouvelles sont plus connectées.

Christopher Barrington-Leigh

Le chercheur explique que le centre-ville de Montréal est très bien connecté, mais que les couronnes sud et nord de la ville montrent en général un indice de connectivité des routes plutôt faible.

Une partie du réseau routier de la ville de Sainte-Thérèse.

Une partie du réseau routier de la ville de Sainte-Thérèse.

Photo : Université McGill/Christopher Barrington-Leigh

Pour étendre leur étude à l’ensemble de la planète, les chercheurs ont dû utiliser d’autres facteurs de connectivité qui ont permis de considérer, par exemple, les centres médiévaux en Europe ou au Japon.

La carte montre que le sud-est de l'Asie compte maintenant certaines des villes les plus étendues de la planète, et cet étalement ne fait que s'aggraver.

En Amérique du Sud (Bolivie, Argentine et Pérou), les réseaux routiers quadrillés, héritage des empires coloniaux, favorisent quant à eux une vie urbaine efficace et dense. Mais la tendance change rapidement, et les nouveaux développements, souvent privés, sont beaucoup moins connectés que les anciens.

En Europe, des pays comme l'Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni ont réussi à maintenir un niveau moyen de connectivité des rues grâce aux voies piétonnières et cyclables. Cette réalité permet une bonne connectivité aux réseaux de transport non motorisés.

La ville de Tokyo au Japon,

La ville de Tokyo, au Japon, est l'un des exemples à suivre en matière de connectivité.

Photo : iStock / daboost

L'un des pays les plus connectés est le Japon. Le pays est et a toujours été bien connecté. L’Inde est l’un des pires pays au monde en termes de connectivité malgré son importante population.

Cette collaboration a également permis de constater une hausse des différentes formes de quartiers privés à l'échelle planétaire.

En outre, la carte permet de constater une hausse des différentes formes de quartiers privés partout sur la planète.

Miser sur des politiques favorables

Des interventions en matière de politiques sont nécessaires pour freiner l'étalement et veiller au développement durable des villes nouvelles et en croissance, explique Christopher Barrington-Leigh.

Les rues et les routes sont essentiellement la pierre angulaire permanente qui façonne les autres dimensions de la forme urbaine et l'utilisation des terrains.

Christopher Barrington-Leigh

Selon lui, les responsables des politiques devraient s'inspirer de villes comme Tokyo et Buenos Aires pour limiter l'étalement urbain.

Une chose est certaine, selon le chercheur, les choix actuels à l'échelle mondiale qui restreignent la connectivité pourraient être un obstacle à la résilience, et faire en sorte que l'utilisation de l'énergie, les émissions de CO2 et les effets sur la santé ainsi que d'autres aspects de nos modes de vie perdurent pendant un siècle, voire au-delà.

Le détail de ces travaux est publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Nouvelle fenêtre)(en anglais).

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