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De la musique pour préserver les souvenirs de l’holocauste

Une affiche en lambeau datant des années 1940.

L'affiche pour un concert donné par Régine Frankel, sa soeur et son frère pendant la deuxième guerre mondiale.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

Gavin Boutroy

La musique était au cœur d’un rassemblement dimanche au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg, pour le 75e anniversaire de la libération du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. De même, pour plusieurs des survivants de la persécution des juifs d'Europe, la musique a eu une grande place dans les moments difficiles.

C’est très important pour nous tous maintenant de se souvenir de ce qui s’est passé, lance Angeliki Bogiatji, Conceptrice de programmes d’interprétation pour Musée canadien des droits de la personne.

Le 27 janvier 1945, les soldats de l’armée soviétique libéraient le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau et ses prisonniers en Pologne. De mai 1940 à janvier 1944, plus de 1,1 million de personnes, principalement des gens d’origine juive, ont été exterminées au sein du camp.

Le musée a ainsi organisé plusieurs événements dimanche pour souligner les 75 ans de la libération du camp de concentration. Selon Mme Bogiatji, plus de 400 personnes y ont assisté.

Parmi les personnes qui se sont exprimées, Richard Lowy a partagé l'histoire de son père Leo, un survivant de l'holocauste, avec l’accompagnement d’une violoniste. Leo et sa sœur jumelle Miriam ont souffert des travaux de Josef Mengele, qui effectuait des expériences médicales sur des jumeaux à Auschwitz-Birkenau.

De plus, la chorale « Winnipeg Youth Chorus a interprété I Believe, un oratorio « pour l'humanité », composé par le Winnipégois Zane Zalis en 2009. Il a interviewé de nombreux survivants des camps de concentration lorsqu’il composait cette œuvre.

Sauvée par la musique

La Winnipegoise Régine Frankel souligne en cette journée de la commémoration la manière dont la musique l’a sauvée de la persécution des nazis.

Régine Rubinfeld Frankel de Belfort, une commune située à deux heures de Paris, avait 9 ans lorsque la guerre a éclaté. Elle a fui avec sa famille, qui a vécu dans la clandestinité pendant la guerre pour éviter les camps de concentration.

Une femme assise sur un canapé surplombé de peintures.

Régine Frankel est une grande amatrice d'art.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

Nous avez entendu que dans un village, à quelques kilomètres de l’endroit où nous étions cachés, la communauté voulait faire un concert pour faire une collecte pour envoyer de la nourriture aux prisonniers français, se souvient-elle.

Son père a parlé au maire du village, et a proposé que ses trois enfants, Régine, Rachel et Georges, de jeunes musiciens virtuoses, participent au concert. Ils étaient très heureux quand on leur a permis de faire une collecte d'argent. De cette façon, ils ont pu envoyer des vivres à leurs pères et à leurs fils captifs, poursuit la nonagénaire.

La famille a continué à vivre complètement isolée du monde, cachée dans une maison à proximité du village.

On savait que les nazis allaient venir, mais nous ne savions pas quand. Alors on était toujours sur le qui-vive, mais ce n'est pas assez.

Régine Frankel

Mme Frankel affirme que sa famille doit sa vie à cette participation musicale. [Un jour], nous avons vu arriver une voiture à toute vitesse. Il s'est arrêté devant notre maison. Un monsieur est sorti et a dit à mes parents : partez, les nazis viennent vous chercher! .

C'était le maire de ce petit village où nous avions fait ce concert. Si nous n'avions pas fait ce concert, je ne serais pas là aujourd'hui, dit-elle. Après avoir évité de justesse les forces nazies, le Trio Rubin (Rubinfeld raccourci pour paraître plus français) a continué ses prestations musicales.

Une photo noir et blanc de trois jeunes enfant tenant des instruments de musique.

De gauche à droite : Régine, Rachel et Georges, vers 1937.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

Nous avons fait un autre concert pendant que nous étions cachés, où les nazis sont venus au concert et nous avons dû faire notre numéro en regardant les nazis qui étaient juste devant nous, se souvient Régine Frankel, Ils étaient habillés avec leur manteau de cuir noir, c'était horrible à voir.

La famille aisée et amoureuse de culture a survécu, mais s’est retrouvée dépourvue de tout après la guerre. Mme Frankel se souvient très bien d’un épisode de cette époque. Il y avait une colonne de prisonniers allemands qui défilaient devant notre maison. Quand ils sont passés devant ils ont commencé à crier : de l'eau! de l'eau! .

Ma maman nous a pris et elle a pris un seau. Et elle a dit : on va leur donner de l'eau. Ces soldats nous auraient tués s'ils nous avaient trouvés. On ne pouvait pas être comme eux, pour nous la vie c'est très précieux et je suis très fière de ça, conclut Mme Frankel.

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