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L’épopée new-yorkaise du futur piano Steinway du Conservatoire de Rimouski

David Jalbert au piano et la directrice du conservatoire face à lui, souriante.

Tout un processus a été déployé pour sélectionner le parfait piano Steinway pour le Conservatoire de Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Éric Barrette

Laurence Gallant

Toute une délégation québécoise s’est déplacée à New York pour aller choisir le piano Steinway qui trônera sous peu au Conservatoire de musique de Rimouski. La noblesse et le caractère sacré de l’instrument prend d’ailleurs tout son sens en visitant la célèbre usine Steinway, où les artisans s’appliquent à fabriquer de véritables joyaux pour les virtuoses, mais aussi les mélomanes de partout dans le monde.

C’est une journée inoubliable, notamment pour Annie Vanasse, directrice du Conservatoire de musique de Rimouski. C’est un rêve qui devient réalité, lance-t-elle.

Dans la vieille usine située dans le Queens, à New York, qui conçoit des pianos depuis 1880, l’excellence et la qualité semblent l'emporter sur le coût de production. Le bâtiment abrite le futur instrument-roi du Conservatoire de Rimouski, un oiseau rare en région qui fera bien des envieux.

Des pianos Steinway en construction, à New York.

Des pianos Steinway, à New York

Photo : Radio-Canada / Éric Barrette

Cameron J. Underhill, le gérant de la salle de sélection chez Steinway, explique que l’usine a beaucoup d’histoire.

De nombreux pianistes célèbres sont venus à l’usine pour choisir des pianos. De nombreux pianos qui se retrouvent maintenant sur des scènes partout dans le monde ont été fabriqués ici même, à New York, illustre-t-il.

À entendre les spécialistes du piano et musiciens rassemblés dans cette vieille fabrique, la conception d’un piano Steinway est sans nul doute un travail d’orfèvre.

Chaque instrument issu de chez Steinway a été entièrement fabriqué à la main, affirment les porte-paroles de l’entreprise.

Fabriquer un instrument à cordes comme le piano, de ses mains, c’est une aventure extraordinaire. On crée du son, on crée quelque chose d’unique.

André Bolduc, représentant de Steinway
Ils se parlent dans une pièce au taux d'humidité contrôlé, où sont alignées des dizaines de ceintures de piano. tenues à la verticale.

Annie Vanasse et André Bolduc dans une grande pièce au taux d'humidité contrôlé, où reposent des dizaines de ceintures.

Photo : Radio-Canada / Nadia Ross

C’est des matériaux vivants, c’est des humains, des personnes qui visualisent la qualité du bois, la qualité des feutres, des cuirs, et qui assemblent tout ça pour en faire un grand instrument. Je pense que c’est ça qui caractérise beaucoup plus, dans notre temps moderne aujourd’hui, une grande tradition dans la fabrication du piano Steinway, affirme André Bolduc, représentant de la compagnie au Québec.

Une année complète est nécessaire à la conception d’un piano. La préparation des matières premières en elle-même demande également toute une recherche, en plus d’un mûrissement de plus d’un an, explique M. Bolduc.

L’érable, qui constitue la ceinture, soit le contour de l’instrument, et l’épinette, qui deviendra la table d’harmonie et les touches, sont finement sélectionnés.

Des artisans à l'oeuvre dans l'usine Steinway de New York.

Un futur piano passera une année complète dans l'usine avant de pouvoir être vendu.

Photo : Radio-Canada / Éric Barrette

C’est des bois très recherchés, très vieux, de 150, 200 ans d’âge au moins, qui ont grandi d’une façon très spécifique, très lente, toujours régulière. Le mûrissement de ce bois-là est très important, le temps de la coupe est très important, décrit le représentant.

Et l’étape de la ceinture en est toute une : les artisans ont 20 minutes top chrono pour procéder à une manipulation cruciale pour la qualité du son de l’instrument.

Pas moins de 16 couches d’érable collées et courbées dans une presse forment le squelette de l’instrument.

Des ouvriers dans l'usine Steinway.

Les artisans s'affairent à assembler les 16 couches d'érable qui formeront la ceinture d'un piano.

Photo : Radio-Canada / Éric Barrette

Marcel Lapointe, qui cumule plusieurs décennies d’expérience dans la facture, l’accord et l’entretien des pianos, affirme que c’est dans cette étape, qui s’effectue comme un ballet, que réside le plus grand secret de Steinway :

Chaque fois que je visite l’usine de Steinway et que je vois les ouvriers fabriquer la ceinture, j’ai toujours comme un grand frisson. J’ai l’impression que c’est là que ça se passe. Il y a une magie.

Marcel Lapointe, spécialiste

L'art de choisir

À l’aide de ses outils et de ses méthodes bien à lui, Marcel Lapointe a pour rôle d’ausculter les pianos et d’identifier ceux qui ont le plus de potentiel de se développer. Parce que oui, les pianos, qui ont chacun leur propre caractère, peuvent vieillir comme vieillissent les bons vins.

On essaie des pianos et on se rend compte que certains pianos sonnent mieux que d’autres, même après l’usure, après des dizaines et des dizaines d’années, et que d’autres vieillissent mal. On se rend compte qu’il y a des facteurs qui prédisposent le piano à bien vieillir, et moi, c’est ce que j’aime chercher dans un piano.

L'intérieur d'un des pianos prêts à être adoptés.

Reconnu pour sa sonorité raffinée, ce piano d'une valeur de 230 000 $ et d’une dimension de 2,75 m jouit d’une grande renommée auprès d’interprètes musicaux de par le monde.

Photo : Radio-Canada / Éric Barrette

La délégation québécoise présente à l’usine Steinway a ainsi cherché un instrument capable de tout faire, et doté d’une puissance qui lui permettra d’être accompagné par un orchestre, par exemple.

Un piano neuf, quand il va avoir joué une dizaine d’heures par jour pendant trois ou quatre mois, ce ne sera plus le même instrument. Il y a des choses qui vont se révéler, il va être moins vert, le mécanisme va être, je dirais, plus souple, explique Marcel Lapointe.

Les pianistes David Jalbert et Richard Raymond font partie des experts qui ont eu pour tâche d’élire le meilleur des instruments, celui qui fera le bonheur de tant d’étudiants, de professeurs et de spectateurs à Rimouski.

David Jalbert teste un piano, accompagné de Richard Raymond et de Marcel Lapointe.

David Jalbert teste un des pianos, accompagné de Richard Raymond et de Marcel Lapointe.

Photo : Radio-Canada

Pour les deux musiciens, c’est d’abord une question de feeling. Après en avoir essayé plusieurs et après quelques discussions, ils se sont entendus sur le piano à choisir.

Si on aime ou non un piano, si un piano nous parle au niveau de la sonorité, on le sent très très rapidement, explique Richard Raymond, qui enseigne au Conservatoire de Montréal et qui a d’ailleurs passé quatre ans à Rimouski comme étudiant en musique.

C’est presque physique, ajoute David Jalbert, qui a occupé les salles de répétition du conservatoire de Rimouski entre 9 ans et 18 ans.

Je suis ravi que le Conservatoire ait pris les moyens de [faire] ce grand pas vers l’avant, d’acheter ce beau piano.

David Jalbert, pianiste

L’effet Steinway

L’impact d’un tel piano sur l’apprentissage des jeunes, d’abord, est plus que mesurable, selon les pianistes.

C’est un investissement à long terme, un piano Steinway. C’est quelque chose qui vieillit bien, c’est un indispensable, je pense, pour les étudiants [...] pour travailler la richesse, les subtilités au niveau de la sonorité, estime Richard Raymond.

David Jalbert et Richard Raymond jouent sur des pianos dans une salle d'essais à New York.

Marcel Lapointe, David Jalbert et Richard Raymond testent des pianos.

Photo : Radio-Canada / Éric Barrette

Comment projeter le son, comment le contrôler, le modeler... Ça prend un instrument idéal pour pousser au plus loin notre potentiel en tant que pianiste. Pour les étudiants, c’est vraiment une ressource extraordinaire, affirme du même souffle David Jalbert.

L’acquisition de ce piano, d’une valeur de 230 000 $, promet en outre de profiter à toute une région, croit Étienne Lalonde, le directeur général de la Fondation du Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec.

Très rapidement, les gens ont compris le potentiel rassembleur d’un projet comme celui-là. J’ai été très impressionné de la rapidité à laquelle les gens se sont mobilisés, que ce soit la contribution de Desjardins ou celle de la Ville de Rimouski, franchement, on a un appui indéfectible et les gens sont très très très fiers.

Les gens sont fiers d’avoir un conservatoire à Rimouski, ça paraît, ils vont l’être d’autant plus avec un instrument comme celui-là.

Étienne Lalonde, dg de la Fondation du Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec

Le piano Steinway du Conservatoire de Rimouski arrivera plus tôt que ce qu’espéraient les instigateurs de cette grande acquisition. Si la météo le permet, il pourrait faire son entrée d’ici le début du mois de février, et après une période d’acclimatation de quelques semaines, résonner sous les doigts de futurs ou actuels pianistes chevronnés.

La façade en briques de l'usine.

L'usine de pianos Steinway à New York.

Photo : Radio-Canada / Éric Barrette

D'après les informations de Nadia Ross et d'Éric Barrette

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