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L'Italie suspendue à l'élection régionale en Émilie-Romagne

Une électrice glisse un bulletin de vote dans l'urne.

Une électrice dans un bureau de vote lors des élections régionales d'Émilie-Romagne, à Ravenne, en Italie, le 26 janvier 2020.

Photo : Reuters / Flavio Lo Scalzo

Agence France-Presse

L'Italie a les yeux braqués dimanche sur l'Émilie-Romagne, riche région du nord dont l'élection régionale a valeur de test national, la fragile coalition au pouvoir redoutant qu'une victoire de l'extrême droite dans ce bastion de gauche n'entraîne une chute du gouvernement.

Les représentants de la majorité formée par le Parti démocrate (PD, gauche) et les 5 Étoiles (M5S, anti-establishment) ont eu beau marteler que ce scrutin n'aurait aucune incidence sur le gouvernement, le chef de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini a prévenu : si son parti l'emporte en Émilie-Romagne, il exigera dès lundi des législatives anticipées. Fort des sondages montrant la Ligue en tête des intentions de vote à 30 %, et premier parti d'Italie, le souverainiste espère qu'un retour des Italiens aux urnes sera synonyme pour lui de reconquête du pouvoir.

La gauche est aussi menacée dans une autre région, la Calabre (sud), qu'elle détient, mais où la candidate de centre droit (Forza Italia), soutenue par l'extrême droite, est favorite aux élections de dimanche.

Région prospère du centre-nord de la péninsule, baignée par l'Adriatique, l'Émilie-Romagne a longtemps été un bastion inexpugnable de la gauche, dont les valeurs prévalent toujours dans les villes, même si la droite a fait de sérieuses incursions dans les villages et les campagnes. Ces dernières années, les couleurs politiques marquées pour telle ou telle région ont eu tendance à s'estomper, notamment avec l'arrivée du Mouvement 5 Étoiles, les cartes ont été rebattues et c'est intéressant, car on ne sait plus à l'avance à quel résultat s'attendre, a déclaré à l'AFP Andrea Setti, 34 ans, employé de banque qui a voté dimanche à Bologne.

Les derniers sondages publiés avant le silence médiatique imposé par la loi ont montré que la droite, menée par la Ligue, était au coude-à-coude avec le Parti démocrate en Émilie-Romagne.

Quelque 3,5 millions d'électeurs sont appelés à voter dimanche jusqu'à 23 h heure locale pour élire leur exécutif régional. Une des clés du scrutin sera la participation. À la mi-journée, elle était de 23,67 %, soit plus du double de celle enregistrée au même moment lors des régionales de 2014 (10,88 %).

Soutenue par l'ancien chef du gouvernement Silvio Berlusconi, la candidate d'extrême droite Lucia Borgonzoni, 43 ans, a été éclipsée par Matteo Salvini, qui a sillonné la région, inondant les médias sociaux d'images le montrant en train de déguster les spécialités locales que sont le jambon de Parme et le parmesan. Le leader d'extrême droite a mis la gauche en colère samedi en rompant le silence préélectoral par un tweet sur l'avis d'expulsion qu'il ira remettre au gouvernement en cas de victoire.

Dans le camp adverse, le président de la région sortant et candidat de gauche Stefano Bonaccini lui a opposé pendant sa campagne la bonne gestion et les résultats économiques de la région qui affiche un taux de chômage de 5,9 % (contre 9,7 % au plan national) et une croissance de 2,2 % en 2018. L'élu de gauche pourrait aussi profiter de la dynamique anti-salvinienne créée par les Sardines, mouvement de jeunesse né dans la région il y a deux mois et rapidement devenu un symbole national de la protestation contre l'extrême droite.

Certains analystes affirment toutefois que nombre d'entreprises familiales et artisanales locales sont mécontentes et se sentent comme les laissées-pour-compte de la mondialisation. D'autres expliquent que la gauche traditionnelle a abandonné ceux qu'elle cherchait autrefois à défendre pour satisfaire d'autres intérêts.

Pour la première fois, la Ligue a triomphé en Émilie-Romagne aux élections européennes de mai, devenant le premier parti régional avec près de 34 % des voix, dépassant les 31 % du PD.

Le principal facteur de stabilité de la majorité au pouvoir en Italie, affaiblie par les divisions, est la crainte commune d'un retour prématuré aux urnes qui pourrait permettre à Matteo Salvini de revenir en lice. Le gouvernement s'accrochera au pouvoir à court terme, a déclaré Agnese Ortolani, analyste à l'Economist Intelligence Unit. Mais une victoire de la Ligue accroîtrait les tensions au sein de la majorité, le PD reprochant alors probablement au M5S d'avoir refusé de présenter un candidat unique, divisant ainsi le vote anti-Salvini.

Les experts estiment qu'un tel résultat pourrait provoquer l'effondrement du M5S, rongé par les luttes internes et dont une quinzaine de parlementaires ont fait défection ces dernières semaines. Le chef du M5S, Luigi Di Maio, a démissionné mercredi pour tenter d'éviter une crise, mais les observateurs estiment que cela pourrait ne pas être suffisant.

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