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On ne peut destituer le président sans preuves, disent les avocats de Donald Trump

Le reportage de Jean-François Bélanger

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Agence France-Presse

Après le méticuleux réquisitoire des démocrates en faveur d'une destitution du président américain, les avocats de Donald Trump ont entamé samedi leurs plaidoiries, mettant en garde, tout en restant évasifs sur le fond, contre la tentation de remettre en cause le verdict des urnes.

Quand vous entendrez les faits [...], vous verrez que le président n'a absolument rien fait de mal, a lancé d'entrée Pat Cipollone, avocat de la Maison-Blanche, qui a pris la parole devant le Congrès lors d'une brève séance exceptionnellement organisée un samedi.

Toute personne honnête qui a regardé le procès au Sénat aujourd'hui a pu voir à quel point j'ai été traité de manière injuste.

Donald Trump, dans un tweet

L'ancien homme d'affaires de New York est accusé d'avoir utilisé le pouvoir de la présidence pour essayer de forcer l'Ukraine à enquêter sur l'un de ses adversaires potentiels, le démocrate Joe Biden, et ainsi le salir, selon les termes de l'accusation.

Dans un Sénat contrôlé par les républicains (53 sièges sur 100), l'acquittement du 45e président des États-Unis fait peu de doute. Mais à moins de 300 jours de l'élection présidentielle, les débats sont aussi une bataille pour l'opinion publique.

Face à des sénateurs impatients de quitter Washington pour la fin de semaine, en particulier les candidats démocrates Bernie Sanders et Elizabeth Warren, désireux de retrouver les estrades de campagne dans l'Iowa, les défenseurs du président ont été brefs: à peine deux heures.

Ancien animateur d'une émission de télé-réalité et avide téléspectateur, Donald Trump avait lui-même donné le ton la veille : le samedi est la Vallée de la mort en termes d'audience, a-t-il dit, pas la peine de perdre son temps dans de longues plaidoiries, mieux vaut garder des forces pour lundi..

Comme l'accusation, les avocats du milliardaire disposeront au total de 24 heures, étalées sur trois journées.

« Bande-annonce »

La présentation de samedi s'assimilait plutôt à une bande-annonce, selon les termes de la défense, avant le plat de résistance que constituera l'intervention du célèbre constitutionnaliste Alan Dershowitz, qui fut, entre autres, l'avocat d'O.J. Simpson et du financier Jeffrey Epstein.

Troisième président de l'histoire à subir un procès en destitution, Donald Trump est mis en accusation pour abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès.

Face aux sénateurs, Pat Cipollone a accusé les adversaires politiques du président de chercher à organiser la plus grande interférence dans les élections de l'histoire américaine.

Ils vous demandent de [destituer le président] sans la moindre preuve. […] Ils vous demandent de déchirer tous les bulletins de vote de ce pays, a-t-il asséné.

Nous ne pouvons accepter cela, a-t-il ajouté, promettant de mener à bien la deuxième partie de ce procès historique de façon efficace et rapide, pour que tous les Américains puissent se tourner vers le rendez-vous électoral du 3 novembre.

Laissez le peuple décider, c'est ce que les pères fondateurs voulaient, a-t-il conclu.

La Chambre des représentants, aux mains des démocrates, a mis le président en accusation le 18 décembre.

Preuve que Donald Trump peut compter sur un Grand Old Party au garde-à-vous, pas un seul républicain n'avait alors soutenu ce vote d'impeachment.

Samedi, les partisans du président sont montés en première ligne. Deux heures de vérité écrasent largement 20 heures de spéculations et de rumeurs, a tweeté l'élu républicain Jim Jordan en référence aux arguments développés par les démocrates depuis mercredi.

Mais dans une Amérique très divisée, rien n'indique que ces audiences fassent véritablement bouger les lignes, parmi les élus comme parmi les électeurs.

Il sera intéressant de voir, quand tout sera terminé, combien d'Américains auront regardé à la fois l'accusation et la défense, soulignait David Axelrod, ancien conseiller de Barack Obama.

Ou est-ce que ce sera comme l'essentiel de notre débat politique, avec des gens qui n'écoutent que les arguments qui les renforcent dans leurs convictions?

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