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France : 22 ans de réclusion pour un ex-recruteur djihadiste

Un combattant djihadiste dans un extrait d'une vidéo datant de 2014.

Un combattant djihadiste dans un extrait d'une vidéo datant de 2014.

Photo : Reuters/FBI

Agence France-Presse

Un ex-recruteur djihadiste français, Mourad Farès, 35 ans, a été condamné vendredi soir à Paris à 22 ans de réclusion criminelle pour avoir incité des dizaines de jeunes à partir en Syrie et pour y avoir dirigé un groupe de combattants francophones.

La cour d'assises spéciale a assorti cette condamnation, conforme aux réquisitions de l'avocate générale, d'une période de sûreté des deux tiers.

Mourad Farès, qui avait fui la Syrie en été 2014, un an après son arrivée, est resté impassible dans le box à l'énoncé du verdict.

La représentante de l'accusation avait appelé à sanctionner son rôle déterminant dans l'embrigadement de nombreux jeunes, voire très jeunes, et fustigé chez l'accusé l'absence d'un réel repentir.

Vendredi, pour la première fois depuis son incarcération en France en septembre 2014, Mourad Farès avait exprimé ses regrets, mais il a une responsabilité plus importante que celle qu'il a accepté d'endosser, avait estimé la magistrate.

À l'audience, l'accusé s'était défendu d'être un recruteur de premier plan, reconnaissant avoir pu indirectement inciter à des départs via ses vidéos de propagande et avoir facilité de nombreux passages en Syrie, rejointe en juillet 2013 après un périple en voiture à travers l'Europe.

S'il a admis avoir fourni le contact d'un passeur à un groupe de dix habitants de Strasbourg entrés en Syrie mi-décembre 2013 - dont faisait partie Foued Mohamed-Aggad, l'un des futurs kamikazes dans l'attentat du Bataclan en novembre 2015 à Paris -, il a nié avoir eu une quelconque influence sur leur départ. Ce qu'ont aussi assuré d'anciens membres du groupe entendus comme témoins, après avoir pourtant accablé Mourad Farès à leur retour en France.

Pour cette dernière, Mourad Farès s'était radicalisé avant sa rencontre fin 2012 avec son mentor Oumar Diaby, un important recruteur aussi connu sous le nom d'Omar Omsen dont il s'est dit l'une des victimes.

L'accusé a développé une propagande élaborée dès la fin 2012, réalisant notamment une vidéo appelant au djihad et visionnée par 200 à 300 000 personnes.

Ils seraient partis sans lui

L'avocat de Mourad Farès, Paul Fortin, avait de son côté interrogé l'influence réelle de cette propagande sur des jeunes qui ont dit lors des débats qu'ils seraient partis sans lui. Je n'ai pas le sentiment qu'il faisait du bourrage de crâne, avait-il insisté.

Mourad Farès, qui réfute avoir combattu en Syrie, a pour l'avocate générale participé à des actions armées au sein de l'État islamique en Irak et au Levant (devenu État islamique en 2014), avant de quitter l'organisation terroriste pour intégrer la brigade d'Oumar Diaby, affiliée au Front al-Nosra l'ex-branche syrienne d'Al Qaida.

La cour d'assises a également reconnu Mourad Farès coupable d'avoir dirigé début 2014 cette brigade de jeunes combattants francophones, en l'absence d'Oumar Diaby, alors parti au Sénégal.

Au retour d'Oumar Diaby en Syrie en février-mars 2014, Mourad Farès avait quitté le groupe à la suite d'une dispute qui, a-t-il assuré, n'était pas une lutte de pouvoir, puis la Syrie quatre mois plus tard. Arrêté en Turquie, il avait été remis à la France en septembre 2014 et collaboré avec les autorités.

Dans ses derniers mots avant que la cour ne se retire pour délibérer, Mourad Farès avait assuré être passé à autre chose depuis un bon moment. Il n'est plus dangereux, avait également plaidé Me Fortin.

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