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La résolution de Sault-Sainte-Marie, 30 ans plus tard

Un drapeau flotte au vent devant un édifice gouvernemental à multiples étages.

Le drapeau franco-ontarien flotte aujourd'hui en permanence devant l'hôtel de ville de Sault-Sainte-Marie, un signe de la réconciliation.

Photo : Radio-Canada

Jean-Loup Doudard

Le 29 janvier 1990, le conseil municipal de Sault-Sainte-Marie adoptait une résolution déclarant la ville « unilingue anglaise », s’aliénant ainsi une bonne partie de sa population francophone historique. Trente ans plus tard, les tensions sont retombées, mais la blessure cicatrise toujours.

Devant une salle comble, le maire Joe Fratesi proclame l’anglais comme seule langue officielle de la ville, en réponse à une pétition signée par plusieurs dizaines de milliers de citoyens ainsi que par la SAPERL, l’Association pour la préservation de l’anglais à Sault-Sainte-Marie.

Joe Fratesi répond aux questions des journalistes.

Le maire Joe Fratesi reçoit la pétition et procède à un vote sur la résolution le jour même; une procédure très inhabituelle.

Photo : Radio-Canada / Archives

Cette résolution est adoptée dans la foulée de la Loi sur les services en français de 1986, selon laquelle les services gouvernementaux provinciaux devaient être disponibles dans les deux langues officielles dans certaines régions, dont le district d’Algoma où se trouve Sault-Sainte-Marie.

La municipalité voulait s’assurer de ne pas avoir à payer pour des services en français, malgré le fait qu’aucune loi ne l’obligeait à les offrir.

Les relations entre francophones et anglophones étaient déjà tendues depuis plusieurs années à Sault-Sainte-Marie, mais cet incident envenime encore plus les rapports entre résidents.

Une liasse de papiers remplis de signatures est attachée avec une cordelette.

Plus de 20 000 personnes ont signé cette pétition en appui de la résolution.

Photo : Radio-Canada / Archives

On avait peur parce qu’on savait qu’il y avait des commentaires du genre “retourne au Québec”, se rappelle Renée Delarosbil. On voulait moins parler la langue.

Jim Hilsinger se souvient encore du jour où la résolution a été déclarée. Je revenais de Sudbury en voiture, j’ai entendu ça à la radio. Je ne comprenais pas d’où ça venait, ça semblait venir de nulle part!

Jim Hilsinger parle à une employée se tenant debout derrière une réception d'hôtel.

La réputation de Sault-Sainte-Marie est entachée à cause de cette résolution, croit Jim Hilsinger.

Photo : Radio-Canada

Le propriétaire anglophone de la célèbre auberge Water Tower Inn à Sault-Sainte-Marie s’insurge alors publiquement contre cette résolution, qu’il juge profondément injuste.

Je suis farouchement canadien et le Canada est un pays bilingue. Gouverner, ce n’est pas juste une question d’argent, c’est une question de valeurs aussi.

Jim Hilsinger, propriétaire de l'auberge Water Tower Inn

Les conseils scolaires anglophones cessent alors de louer des salles de conférence chez lui. Une conférence internationale sur le tourisme hivernal qui devait avoir lieu dans quelques semaines est annulée lorsque la délégation québécoise se désiste.

C’était vraiment décourageant, dit Jim Hilsinger. Nous avions beaucoup travaillé pour amener cette conférence chez nous.

Même les conseils scolaires francophones évitent de tenir leur réunion annuelle dans la ville de l’acier en raison de cette résolution.

Excuses officielles en 2010

En 1994, un tribunal ontarien a invalidé la résolution d’unilinguisme, mais le conseil municipal ne la supprime pas pour autant de ses procès-verbaux. Il se contente d’y ajouter un amendement soulignant la décision du tribunal.

Vingt ans après la résolution, le maire John Rowswell offre ses excuses à la communauté francophone de Sault-Sainte-Marie et du Canada au complet sur les ondes de Radio-Canada.

Mais selon le résident de longue date Jean-Paul Dubreuil, ces excuses n’ont pas eu l’effet escompté.

Il l’a fait en anglais sur un réseau francophone, alors il y a des francophones qui ne l’ont pas compris et les anglais, ils l’ont jamais entendu!

Jean-Paul Dubreuil, résident de Sault-Sainte-Marie

Malgré tout, il croit que les relations entre la Ville et les francophones se sont considérablement améliorées en 30 ans. La résolution est chose du passé et il faut maintenant passer à autre chose, dit-il.

On se sent beaucoup plus confortable. On va n’importe où, on parle notre langue et personne nous revire de bord.

Vers une réconciliation francophone

Aujourd’hui, le drapeau franco-ontarien flotte devant l’hôtel de ville de Sault-Sainte-Marie. C’est le maire actuel, Christian Provenzano, qui s’est fait un point d’honneur de le hisser en 2015, peu après son élection.

Ce que la ville a fait il y a 30 ans, c’est évident que c’était une erreur.

Christian Provenzano, maire de Sault-Sainte-Marie

La communauté francophone est une partie incroyablement importante de notre communauté dans son ensemble, dit-il.

Mais pour Jean-Paul Dubreuil, ce geste symbolique ne suffit pas. Il aimerait voir des excuses officielles lors d’une réunion du conseil municipal.

Le maire Provenzano juge pourtant cela inutile.

Je ne veux pas diminuer les excuses du maire Rowswell. Il l’a fait au nom de la ville, et c’était de belles et sincères excuses. Les excuses ont déjà été faites.

Renée Delarosbil, elle, est déjà satisfaite. Elle est heureuse de pouvoir vivre et travailler en français. Elle œuvre comme intervenante au Centre Victoria pour femmes, qui vient en aide aux femmes francophones victimes de violence conjugale.

Une jeune femme aux cheveux longs qui arbore un large sourire

Renée Delarosbil se rappelle de ce fatidique soir du 29 janvier 1990.

Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Je me sens beaucoup moins intimidée ou menacée de parler ma langue, de travailler dans ma langue et de revendiquer pour les femmes avec qui je travaille présentement.

Avec les informations de Sophie Houle-Drapeau

Le documentaire « La résolution » est diffusé en rediffusion le dimanche 26 janvier à 22 h 55 à ICI Radio-Canada Télé. Il est également disponible sur ICI TOU.TV.

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