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Différence entre racisme et colorisme

Des hommes et des femmes d'origines diverses.

Le colorisme est une discrimination basée sur le degré de mélanine.

Photo : iStock / digitalskillet

Des membres des communautés culturelles, dont haïtienne, dénoncent le colorisme. Il s’agit d’une discrimination basée sur le teint de la peau. Plus la peau d’un individu est claire, plus ce dernier est valorisé. Contrairement au racisme, cette discrimination se manifeste entre les membres d’une même communauté.

La militante antiraciste, Anastasia Marcelin se dit touchée par le colorisme depuis son enfance. Originaire d’Haïti, la Montréalaise subissait des comparaisons par rapport à son teint plus foncé que celui de ses amies.

Inconsciemment marquée, dit-elle, elle confie avoir commencé à se dépigmenter la peau en utilisant des produits éclaircissants pendant quelques années.

Photo de Anastasia Marcelin.

Auparavant, Anastasia Marcelin se dépigmentait la peau avec des crèmes éclaircissantes. Maintenant, militante antiraciste, elle lutte contre la dépigmentation.

Photo : Anastasia Marcelin

Tout le monde me disait : "Oh! Toi t’es trop foncée. Toi, t’es noire". Mes amies qui étaient plus claires que moi se pensaient supérieures à moi. C’est de là que m’est venue l’idée de me dépigmenter la peau au fil du temps aussi [...] J’achetais le Fair and White. Ça me coûtait 500 dollars. Ça revient cher de se décolorer.

Anastasia Marcelin, militante antiraciste

Le colorisme est présent dans certaines communautés asiatiques selon Brintha Thirukumaran. Originaire du Sri Lanka, la résidente de Toronto dit l'avoir vécu dès sa jeunesse. Elle raconte que ses parents ne la laissaient pas jouer au soleil par crainte que sa peau brunisse.

Plus tu as la peau claire, plus tu as de chances de te marier, de trouver du travail, de réussir socialement, ils me disaient.

Brintha Thirukumaran

Des propos qu'elle entend encore de nos jours au sein de sa communauté.

De son côté, Kim Ninkuru, artiste multidisciplinaire originaire du Burundi, raconte que pour son anniversaire, elle a reçu une poupée à son effigie.

Image de la poupée tricotée à l'effigie de Kim Ninkuru.

Photo du cadeau d'anniversaire offert à Kim Ninkuru; une poupée à son effigie.

Photo : Kim Ninkuru

Toutefois, un proche l’a choquée en disant : cette poupée est vraiment noire… mais elle est quand même belle.

Pour Kim Ninkuru, il ne s’agit pas d’un compliment, car cette phrase relève du colorisme. Noire, mais quand même belle, c’est comme dire à une femme noire qu’elle est belle en dépit de sa carnation foncée, explique-t-elle.

Elle ajoute que c’est dévalorisant par rapport aux personnes qui ont un teint plus clair.

Origine du colorisme

Le professeur titulaire en Études des communications et des médias à l'Université d'Ottawa, Boulou Ebanda De B'Beri explique que le colorisme tire son origine du colonialisme religieux. Selon lui, c’est à partir de cette époque que l’excellence de la peau blanche ou encore de la peau claire commence à s’articuler.

On peut entrer dans une église catholique [...] et voir que tout ce qui est comme peinture ou représentation de la bonté est d’une couleur qui n’est pas généralement de la couleur de la personne qui regarde surtout dans le contexte africain et des Caraïbes

Boulou Ebanda De B'Beri, professeur titulaire à l'Université d'Ottawa

Vers une plus grande représentativité

Des victimes du colorisme, comme Anastasia ou Kim Ninkuru, pensent qu'il doit y avoir une meilleure représentativité des personnes aux différents teints dans tous les domaines. Cela nécessite plus d’opportunités pour les personnes des communautés asiatiques et afrodescendantes dont la peau est plus foncée que celles de leurs congénères.

Par exemple, pour Kim Ninkuru, artiste multidisciplinaire, le colorisme se voit aussi à travers les médias, notamment par rapport aux rôles qui sont le plus souvent octroyés aux femmes dont le teint est très foncé.

Une personne foncée de peau aura droit dans les films à des rôles comme femme de ménage […] prostituée […], mais les gens clairs vont avoir des rôles beaucoup plus complets […]. Ils vont avoir l’opportunité de faire d’autres rôles aussi.

Kim Ninkuru, artiste multidisciplinaire

Kim croit également que la société masculinise le corps des femmes plutôt noires.

Les femmes plus claires de peau sont considérées comme étant plus féminines, plus douces, dit-elle.

Pour Anastasia Marcelin, le fait de voir Michaëlle Jean gravir les échelons pour devenir gouverneure générale du Canada, lui a redonné confiance en tant que femme noire. Elle confie que voir Michaëlle Jean arborer ses cheveux naturels a aussi eu un impact sur elle. Pour elle, le colorisme n’est donc pas seulement une question de couleur de peau. Pour le combattre, il faut aussi une plus grande représentativité des textures de cheveux, et des traits physiques.

C’est important l’image dans les médias. [...] Quand j’ai vu les cheveux crépus de Michaëlle Jean, [...] une femme noire comme moi, ça a complètement changé ma vie.

Anastasia Marcelin

Toutefois, le professeur Boulou Ebanda De B'Beri constate de plus en plus une évolution dans la représentation de la beauté.

Quand on regarde les mannequins avec lesquels on présente les vêtements dans les boutiques, il y a quelques années [...] ils représentaient en fait une personnalité caucasienne. De plus en plus, ils sont devenus plus diversifiés, dit-il.

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