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Maladie débilitante chronique : 2100 cerfs sauvages tués, aucun spécimen atteint

Les efforts pour lutter contre la maladie débilitante chronique (MDC) du cervidé ont fait diminuer environ de moitié la densité de cerfs dans certaines zones des Laurentides et de l’Outaouais.

Un chevreuil au regard franc sous la pluie.

Diminuer la densité de cerfs dans une zone donnée est la meilleure façon de prévenir la propagation de la maladie débilitante chronique du cervidé (archives).

Photo : Hooké

Des quelque 2100 chevreuils abattus depuis 2018 dans les environs d'un élevage des Laurentides où la MDC a d'abord été détectée, aucun n'était porteur de la maladie, selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Si l'abattage d'autant de cerfs sauvages semble draconien, il représente le seul outil pour dépister et contrôler la MDC.

Le MFFPa assoupli ses modalités de chasse pour la saison 2019 dans une zone de surveillance rehaussée (ZRS) couvrant 400 km2 autour de l’élevage des Laurentides dans la foulée de l’éclosion.

L'objectif : récolter le plus de cerfs possible pour analyser des échantillons, car la seule façon de dépister la maladie est d'analyser des tissus du cerveau ou des ganglions lymphatiques d'un cerf.

Carte géographique de la région frontalière entre l'Outaouais et les Laurentides.

La zone de surveillance rehaussée couvre une superficie de 400 km carrés (archives).

Photo : Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Lors de la dernière saison de chasse — entre septembre et novembre —, 1358 cerfs de Virginie ont été chassés dans la ZRS, mais aucun n'était porteur de la maladie. Même constat pour les 750 bêtes abattues par des agents au service gouvernement en 2018.

Cela dit, ces résultats ne signifient pas que la maladie n’est pas présente dans la nature.

Si elle est présente, c’est seulement quelques individus qui peuvent être porteurs, ce qui rend encore plus difficile sa détection, a expliqué le biologiste responsable de la gestion de la grande faune pour les Laurentides et Lanaudière au MFFP, Yannick Bilodeau.

Yannick Bilodeau pose pour la caméra à bord d'un hélicoptère.

Yannick Bilodeau est le biologiste responsable de la gestion de la grande faune dans les Laurentides et Lanaudière pour le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Photo : Gracieuseté de Yannick Bilodeau

Les pratiques appliquées au Québec, qui se basent sur le succès qu’a eu l’État de New York avec des mesures similaires, sont un exemple à suivre, selon Bryan Richards, biologiste au Centre de la santé de la faune [USGS National Wildlife Health Center, NDLR].

D'un point de vue scientifique, le plus d’échantillons vous me donnez, plus je suis à l'aise avec les résultats de cet échantillonnage, a noté M. Richards.

Avoir plus d’échantillons, c’est toujours mieux d’un point de vue épidémiologique.

Bryan Richards, biologiste au Centre de la santé de la faune

Réduire la densité de population

La MDC est très contagieuse et assurément fatale pour n’importe quel animal infecté, en plus de s’attaquer à toutes les espèces de cervidés.

Le seul recours des autorités pour limiter sa propagation d'un animal à l'autre est donc de diminuer la densité de la population dans une région où la maladie a été détectée.

Un chevreuil dans la neige.

La MDC est très contagieuse et peut rester longtemps dans l'environnement (archives).

Photo : Daniel Brassard

On a atteint les objectifs souhaités. On voulait amener les densités de cerfs à un cerf au kilomètre carré, ce qui a été réalisé, a noté M. Bilodeau.

On a diminué à peu près de moitié la population présente [dans la ZRS].

Yannick Bilodeau, biologiste responsable de la gestion de la grande faune pour les Laurentides et Lanaudière, ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs

Puisque la MDC peut rester longtemps dans l’environnement, le plus tôt vous la trouvez et plus vous en faites une gestion intensive, meilleures seront vos chances d’éliminer la maladie, a souligné quant à lui M. Richards, qui recense également tous les foyers de MDC en Amérique du Nord.

Une carte de l'Amérique du Nord avec des points et des régions de différentes couleurs pour illustrer la propagation de la maladie débilitante chronique du cervidé.

Sur cette carte mise à jour en décembre 2019, les points jaunes représentent les élevages touchés par la maladie débilitante chronique du cervidé où les animaux ont été tués; les points rouges représentent les élevages touchés où des animaux sont toujours présents; les zones grises représentent les secteurs où la maladie a été détectée dans les populations sauvages et les zones les plus foncées représentent les secteurs où la maladie a été détectée dans les populations sauvages avant 2000.

Photo : U.S. Geological Survey - National Wildlife Health Center

Le cerf, c’est un animal qui est très résilient. Donc, si on lui donne une chance et quelques hivers moins difficiles, sa population va se rétablir assez rapidement, a tenu à préciser le biologiste.

Même s’il le MFFP a analysé un nombre considérable de cerfs de Virginie la saison dernière, la surveillance va demeurer accrue dans la ZRS.

On va maintenir l’échantillonnage dans ces secteurs-là dans les prochaines années parce que l’animal peut présenter des symptômes de 17 à 36 mois après son infection, a fait valoir M. Bilodeau, ajoutant qu'il faudra aussi veiller à maintenir une faible densité de population dans les années à venir.

Les modalités de chasse pour la saison prochaine seront dictées par les impacts de l’hiver sur la population locale de cervidés.

Un chevreuil marchant sur la neige se retourne pour regarder l'objectif de la caméra.

L'hiver est un facteur qui peut avoir un impact important sur les populations de cerfs de Virginie (archives).

Photo : Radio-Canada

Des chasseurs de la région s'inquiètent toutefois des répercussions de cette chasse intensive pour enrayer la maladie. C'est quand même beaucoup de chevreuils, souligne Pierre Montreuil, chasseur depuis plus de 45 ans.

Les chasseurs, encore une fois, on va payer le prix puis on va devoir faire un sacrifice pour que les populations remontent, explique-t-il. Si on abat tous les chevreuils, on sait que ça va prendre un certain temps avant que la population puisse se rétablir.

La mort, le seul remède

Depuis les premiers cas documentés de MDC dans les années 1960, les scientifiques ont été incapables de développer des traitements médicaux contre la maladie.

Ce qui empêche de troquer les balles et les flèches pour des seringues de vaccin, c’est que la maladie est causée par des protéines, appelées prions, qui sont mal formées.

Vue sur deux chevreuils de côté. Ils regardent dans la direction opposée. Ils sont debout sur de la neige. On voit des branches dans l'arrière-plan.

Il est difficile de développer un vaccin contre la MDC, et peu de progrès a été réalisé en ce sens depuis les années 1960 (archives).

Photo : Dave Gilson

Nous avons tous des prions. Le problème, c’est de développer un vaccin qui s’attaque uniquement à la version déformée de la protéine, et non à sa forme normale, a expliqué Debbie McKenzie, professeure associée de biologie à l’Université de l’Alberta qui se spécialise dans l’étude de la MDC.

Vous vous retrouvez donc avec quelque chose comme une maladie auto-immune si vous développez un vaccin qui s’attaque à vos propres protéines normales.

Debbie McKenzie, professeure associée de biologie à l’Université de l’Alberta

L’élevage est toujours contaminé

Si la maladie ne semble pas s’être faufilée dans la nature selon les données disponibles pour le moment, l’élevage où tout a commencé, lui, demeure une zone hautement dangereuse.

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a indiqué dans un courriel en décembre que les quatre terrains où les onze cervidés trouvés positifs à la MDC avaient séjourné sont hautement contaminés. Qui plus est, aucun échéancier pour les travaux n’a été établi.

Image des affiches à l'entrée de la ferme d’élevage de cerfs rouges de Grenville-sur-la-Rouge.

La ferme d’élevage de cerfs rouges de Grenville-sur-la-Rouge où les premiers cas ont été recensés en 2018 (archives).

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Le maire de Grenville-sur-la-Rouge, Tom Arnold, est particulièrement contrarié par la situation. Il considère que les autorités ont fait la bonne chose en abattant les bêtes, mais espère que les travaux seront effectués bientôt.

En attendant, la municipalité a choisi de changer son règlement pour restreindre l'élevage [de cerfs] pour protéger son territoire.

Tom Arnold en entrevue. Derrière lui, une lampe trône sur le manteau d'une cheminée.

Tom Arnold espère que les résultats seront toujours aussi concluants pour la prochaine saison de chasse.

Photo : Radio-Canada

L’ACIA a expliqué que le sol peut être décontaminé par l’enlèvement d’une couche de surface aux endroits stratégiques pour être ensuite enfouie sur place ou à un site autorisé.

Il s’agit d’une pratique répandue, mais qui peut poser des risques de propagation, croit le biologiste américain Bryan Richards, car de la terre contaminée peut facilement se retrouver par mégarde dans l'environnement lorsqu'on la déplace. Une toute petite quantité de prions peut donner la MDC à un cerf, a-t-il prévenu.

L’ACIA a également précisé que l’élevage de cervidés à cet endroit ne sera plus jamais permis.

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