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Procès Trump : l'accusation exhorte les sénateurs à destituer un « dictateur »

Les responsables de la mise en accusation, dont Adam Schiff et Zoe Lofgren à l'avant-plan, marchent dans les couloirs du Capitole, sous l’œil des caméras.

Les responsables de la mise en accusation, dont Adam Schiff et Zoe Lofgren à l'avant-plan, ont dit aux sénateurs que ne pas agir menacerait la démocratie.

Photo : Associated Press / J. Scott Applewhite

Tentant de convaincre des républicains restés soudés au président Trump contre vents et marées, les démocrates agissant comme procureurs ont sorti l'artillerie lourde, vendredi : le laisser agir en toute impunité transformera la démocratie américaine pour les années à venir, ont-ils mis en garde.

Je vous implore de donner à l'Amérique un procès équitable. Elle le mérite : c'est sur ces mots que le responsable en chef de la mise en accusation, Adam Schiff, a mis un point final à trois jours de plaidoiries d'ouverture démocrates.

Étayant cette fois leur argumentation sur le chef d'accusation d'entrave au travail du Congrès, ils ont utilisé leurs mots les plus durs jusqu'ici. Adam Schiff, qui avait mené la majeure partie de l'enquête en destitution, a soutenu que Donald Trump représentait une menace imminente à la démocratie, appelant les élus à placer leurs principes et leur pays devant la partisanerie.

L'inaction du Sénat aurait un impact irrémédiable sur l'équilibre futur des pouvoirs entre le Congrès et la présidence, a prédit Jerry Nadler, président du Comité judiciaire de la Chambre des représentants.

Donald Trump est le premier et le seul président à proclamer qu'il n'a pas de comptes à rendre, a-t-il ajouté.

Il veut être tout-puissant. Il [croit qu'il n'a] pas à respecter le Congrès, a ajouté Jerry Nadler. Seule sa volonté compte, a-t-il tranché.

C'est un dictateur. C'est inacceptable, et c'est une autre raison pour laquelle il doit être destitué.

Jerry Nadler, responsable de la mise en accusation

S'il n'est pas destitué, s'il est autorisé à défier totalement, catégoriquement le Congrès, s'il est autorisé à dire que les injonctions du Congrès dans l'enquête en destitution sont absurdes, alors nous aurons perdu. La Chambre, le Sénat auront alors certainement perdu tout pouvoir leur permettant de demander des comptes à tout futur président, a poursuivi M. Nadler.

Le président a ordonné aux membres de son administration de ne fournir aux comités d'enquête de la Chambre des représentants aucun document lié au dossier ukrainien, ont rappelé les responsables démocrates. Six entités gouvernementales, dont la Maison-Blanche, le département d'État et le Pentagone, ont ainsi ignoré un total de 71 ordonnances de production d'éléments de preuve, ont-ils précisé.

Le graphique présenté par les démocrates montre les logos de la Maison-Blanche, du bureau du vice-président, du Bureau de la gestion et du budget de la Maison-Blanche ainsi que ceux des départements d'État, de la Défense et de l'Énergie.

Six entités gouvernementales ont défié plus de 70 ordonnances de production de documents.

Photo : Associated Press / Service de télévision du Sénat

Douze membres de l'administration Trump ont de plus refusé de venir témoigner devant les comités d'enquête de la Chambre, neuf d'entre eux allant jusqu'à défier des assignations à comparaître.

Le président républicain Richard Nixon, ultimement poussé à la démission dans la foulée du Watergate, a davantage collaboré avec ceux qui enquêtaient sur lui que ne l'a fait le 45e président américain, a rappelé Zoe Lofgren, qui avait travaillé sur la procédure de destitution menée en 1974.

Même le président Nixon, qui a notoirement tenté de défier une ordonnance de production d'éléments de preuve visant des enregistrements audio de ses conversations, a laissé ses collaborateurs de plus haut rang témoigner devant le Congrès.

Zoe Lofgren, représentante de la Californie membre de l'équipe de l'accusation

Trump accusé de faire le jeu de Moscou

Adam Schiff, la main levée, s'adressant aux sénateurs.

Adam Schiff, le président du Comité du renseignement à la Chambre des représentants, a mené la majeure partie de l'enquête en destitution.

Photo : Getty Images / Service de télévision du Sénat

Plus tôt dans la journée, les procureurs démocrates ont terminé la portion consacrée au premier chef d'accusation retenu et dont ils avaient traité la veille, soit l'abus de pouvoir, et ils ont accusé le président Trump de mettre en danger la sécurité nationale des États-Unis et d'aider la Russie à accroître son influence.

Adam Schiff lui a reproché de faire le jeu de la Russie en véhiculant sa propagande.

Il a fait jouer un extrait vidéo de la conférence de presse donnée par le président Trump aux côtés de son homologue russe, Vladimir Poutine, au sommet d'Helsinki de juillet 2018.

Le président républicain y disait ne pas savoir pourquoi Moscou serait à l'origine du piratage des serveurs démocrates commis pendant la présidentielle de 2016.

C'est un succès époustouflant des services de renseignements russes [...]. Quel que soit le profil [psychologique] que la Russie a dressé de notre président, il est certain qu'elle l'a bien cerné : flatterie et propagande.

Adam Schiff, responsable en chef de la mise en accusation

Pendant l'enquête en destitution, des témoins, notamment l'ex-conseillère sur la Russie et l'Ukraine au sein du Conseil de sécurité nationale (NSC) des États-Unis Fiona Hill, ont soutenu que c'est Moscou qui était à l'origine de la théorie selon laquelle l'Ukraine s'était ingérée dans la présidentielle américaine de 2016.

Les services de renseignement américains ont conclu que l'ingérence venait plutôt de la Russie.

Pour renforcer l'importance stratégique du soutien des États-Unis à l'Ukraine – tant pour l'Ukraine que pour la sécurité nationale américaine –, il a entre autres présenté un extrait d'une entrevue du défunt sénateur républicain John McCain – que les démocrates, à l'ère Trump, invoquent davantage que les républicains.

Adam Schiff a réitéré que le président Trump avait tenté d'extorquer aux dirigeants ukrainiens la tenue d'enquêtes favorables à sa réélection en utilisant comme levier une aide militaire dont ils avaient désespérément besoin dans sa lutte contre des séparatistes pro-russes.

Dans les capitales européennes, ce geste a soulevé des questions sur la confiance à avoir envers leur partenaire américain, a-t-il soutenu. C'est ainsi que les alliances se fanent et meurent, et que la Russie gagne, affirme M. Schiff.

Défense préventive

Illustration montrant Adam Schiff s'adressant aux sénateurs

Les leaders républicains du Sénat ont interdit d'autres caméras que celles du Sénat, dont les images sont inintéressantes, ce qui amène certains médias à publier les illustrations de dessinateurs judiciaires. Celle-ci montre le procureur en chef, Adam Schiff, pendant sa plaidoirie.

Photo : Associated Press / Dana Verkouteren

Adam Schiff a terminé les plaidoiries démocrates en réfutant les arguments qu'il anticipe de la part des avocats du président. Eux auront la chance d'avoir le dernier mot et de répondre à l'argumentaire mis de l'avant au cours des trois derniers jours par les représentants démocrates.

Critique du processus le plus injuste de l'histoire du monde, protection de l'identité du lanceur d'alerte à l'origine de la procédure de destitution, désir de lutter contre la corruption, refus de fournir les documents demandés afin de protéger les futurs présidents américains : M. Schiff a ainsi passé en revue une dizaine d'arguments possibles, y opposant des contre-arguments.

Il a également balayé du revers de la main un autre argument de Donald Trump, qui présente les dénégations du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, sur d'éventuelles pressions, comme des preuves.

Les Ukrainiens savent que s'ils reconnaissent avoir été victimes de l'extorsion du président des États-Unis, le président des États-Unis les fera payer.

Adam Schiff, responsable en chef de la mise en accusation

Le procureur en chef a notamment critiqué la position du constitutionnaliste Alan Dershowitz, un des avocats du président, qui entend plaider que l'abus de pouvoir n'est pas passible de destitution. Pourquoi croyait-il le contraire lors du procès en destitution du démocrate Bill Clinton, a-t-il demandé.

M. Schiff a également ironisé sur l'assurance donnée par le président qu'il n'a exigé aucune contrepartie au président ukrainien.

Selon le droit pénal, si l'accusé dit qu'il ne l'a pas fait, il ne peut pas l'avoir fait. Si l'accusé apprend qu'il s'est fait attraper et qu'il dit ne pas l'avoir fait, il ne peut pas l'avoir fait. Cette défense ne serait valide dans aucun tribunal du pays. Cela ne devrait pas l'être ici.

Adam Schiff, responsable en chef de la mise en accusation

La veille, son équipe avait déjà abordé de front une question délicate : les accusations portées par le président contre l'ex-vice-président démocrate et adversaire politique potentiel Joe Biden, au centre de l'affaire.

Bref plaidoyer samedi, jour de « vallée » télévisuelle « de la mort »

L'avocat personnel du président, Jay Sekulow, qui fait partie de son équipe de défense, a accusé les démocrates d'essayer de retirer le nom du président des bulletins de vote de l'élection de 2020. Ils ne font pas confiance au peuple américain pour prendre une décision, a-t-il commenté.

M. Sekulow, qui devrait jouer un rôle prépondérant lors des plaidoiries, a en outre critiqué la répétition des arguments de l'accusation.

Les avocats du président Trump succéderont aux démocrates dès samedi. Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a précisé que l'audience s'amorcerait exceptionnellement à 10 h.

Les avocats de Donald Trump ont spécifié que leur première journée de plaidoiries ne durerait que deux ou trois heures, au lieu des huit auxquelles ils ont droit.

Un fait auquel les sentiments de Donald Trump ne sont certainement pas étrangers : sur Twitter, celui-ci s'est plaint d'une case horaire à la télévision équivalant à la vallée de la mort.

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