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Une quarantaine à grande échelle, est-ce efficace?

Deux officiers masqués montent la garde devant une gare de train.

Les gares et les aéroports, qui sont fermés, sont sous la surveillance de troupes paramilitaires.

Photo : Reuters / China Daily

Alain Labelle
Mis à jour le 

Le gouvernement chinois a placé des millions d’habitants en quarantaine afin d’enrayer la propagation du nouveau coronavirus. Cette intervention peut-elle être efficace?

La quarantaine est une méthode d’isolement sanitaire utilisée depuis des centaines d’années pour contrer la propagation de maladies infectieuses.

Celle qui a été décrétée dans plus d’une dizaine de villes chinoises et touche des dizaines de millions de personnes est sans précédent dans l'histoire mondiale de la santé publique.

Le professeur Yuen Kwok-yung, à droite, parle aux côtés de Wong Ka-hing, le contrôleur du Centre de protection de la santé du ministère de la Santé, lors d'une conférence de presse au ministère de la Santé à Hong Kong, le samedi 11 janvier 2020.

Les autorités sanitaires de la ville de Wuhan, en Chine centrale, signalent le premier décès dû à un nouveau type de coronavirus.

Photo : Associated Press / Andy Wong

L’ensemble des transports publics (avions, trains, bus, métros, traversiers) ont été interrompus. Les citoyens ont été sommés de ne pas quitter leur ville et de porter un masque dans les lieux publics.

La Chine fait à peu près le maximum de ce qu’il est possible de faire.

Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec

Il faut comprendre que mettre en quarantaine des villes de millions d’habitants, c’est considérable, explique Gaston De Serres.

L’exception chinoise

La Chine [le gouvernement] a une autorité qui fonctionne différemment et peut peut-être réussir ce tour de force là, d’arrêter la transmission du virus avant qu’il ne se retrouve dans la population humaine, estime le Dr De Serres.

Un employé utilise un nettoyeur à haute pression pour désinfecter une poubelle devant une gare.

Un employé désinfecte la place publique située devant la gare de trains de Hankou, à Wuhan.

Photo : Reuters / China Daily

Si le gouvernement canadien voulait faire cela ici, je pense que cela serait socialement inacceptable, ça ne passerait pas du tout. […] Imaginez si le gouvernement décidait de mettre Toronto en quarantaine! Ça ne serait pas simple à mettre en place.

Gaston De Serres

Une telle quarantaine entraînerait presque certainement des violations des droits de la personne et pourrait même être jugée inconstitutionnelle.

En raison de cette différence de gouvernance, la Chine pourrait réussir son pari et empêcher la contagion à grande échelle en diminuant le plus possible les contacts entre les citoyens des régions atteintes avec le reste du monde.

Dans le scénario idéal, une fois la contagion devenue impossible, le coronavirus disparaîtra de lui-même. Mais la situation actuelle est encore très loin de cette éventualité, même si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) salue la vigueur de l’intervention du pouvoir central chinois.

Si ce virus-là devient incontrôlé, il va s’ajouter à une longue liste de virus respiratoires qui nous affectent année après année.

Gaston De Serres

Trouver les cas

À partir du moment où l’on ferme les villes, le gros travail des autorités sanitaires chinoises est de trouver les gens malades et de les isoler pour arrêter la transmission, explique le chercheur.

Une étape qui n’est pas facile, puisque certains porteurs ne présentent pas de symptômes très marqués, contrairement au SRAS en 2003. Les personnes contaminées pourraient ne présenter qu’un mal de gorge, une infection respiratoire légère et une légère fièvre.

Un policier prend la température d'un chauffeur à l'aide d'un thermomètre aux allures de pistolet.

Des policiers ont rapidement été équipés de thermomètres pour identifier les malades potentiels.

Photo : AFP / STR

Avec le SRAS, on avait toujours des gens très malades. Il était possible de faire la recherche de cas dans les hôpitaux parce qu’ils aboutissaient tous là, affirme M. De Serres.

Si la maladie est moins forte, il y a plein de monde qui ne consulteront pas, mais qui pourraient être des transmetteurs.

Gaston De Serres

À l'heure actuelle, même si l'OMS juge que le virus peut provoquer une pathologie grave et entraîner la mort, les symptômes semblent plus bénins dans la plupart des cas.

Il faut noter que la majorité des Chinois qui sont morts jusqu’à maintenant souffraient d’autres problèmes médicaux qui affaiblissaient déjà leur système immunitaire, comme l’hypertension, le diabète, ou des maladies cardiovasculaires.

La suite

Les efforts de quarantaine et de confinement entrepris à grande échelle par les autorités chinoises pourraient donner des résultats assez rapidement.

Le Dr De Serres rappelle qu’en 2003, des mesures vigoureuses avaient permis en quelques mois de retirer le SRAS de la population.

Les prochains jours et les prochaines semaines seront donc déterminants. Aux mesures de confinement s’ajoutent d’autres moyens, comme le port obligatoire des masques et le lavage régulier des mains.

Un membre des services de sécurité mesure la température d'hommes portant des masques respiratoires.

La température des derniers passagers arrivés à Pékin de Wuhan a été vérifiée.

Photo : Getty Images / Kevin Frayer

En plus de ces actions sanitaires, des scientifiques, dont certains Canadiens, se sont également engagés à créer un vaccin contre le coronavirus le plus rapidement possible.

Des premiers tests cliniques pourraient même commencer chez l’humain dès cet été.

Un héritage de la marine

Le terme quarantaine serait apparu au 14e siècle à Venise. Durant la pandémie de peste noire, les capitaines de navires devaient jeter l'ancre au large des côtes pour un isolement de 40 jours. Cette période a donné naissance au terme quarantaine, de l'italien quaranta giorni, qui signifie 40 jours.

Dans ce temps-là, on ne savait même pas que ce qui causait le mal, explique Gaston De Serres.

Ce qu’on savait, c’est que s’il y avait un cas à bord, d’autres allaient peut-être apparaître.

Gaston De Serres

Dans l’esprit de l’époque, on avait l’impression que les maladies étaient causées par des miasmes. C’était selon eux les mauvaises odeurs qui rendaient le monde malade, conclut le chercheur.

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