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Des plaintes pour discrimination contre le syndicat des enseignants franco-ontariens

Un enseignant entouré d'enfants.

Des enseignants allèguent avoir été victimes de discrimination de la part de leur syndicat.

Photo : Getty Images / monkeybusinessimages

Natasha MacDonald-Dupuis

Des enseignants issus de l’immigration allèguent avoir été victimes de discrimination basée sur leur origine ethnique et de « trahison » par l’AEFO, le syndicat qui représente les enseignants francophones en Ontario.

Ils reprochent au syndicat d’avoir présenté, lors de sa dernière assemblée générale annuelle, les résultats d’un sondage montrant notamment que certains enseignants de la majorité percevaient la diversité comme une menace à leur culture. Cette décision du syndicat avait déclenché une polémique.

Le groupe d'enseignants a déposé quatre plaintes identiques devant le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario contre l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) et son président, Rémi Sabourin.

L’AEFO n’a pas été saisie des plaintes, donc nous n’offrirons pas de commentaires.

Marilyne Guèvremont, porte-parole de l’AEFO

Le Tribunal n’a pas notifié l’AEFO des requêtes, qui ont été déposées le 10 janvier. Le syndicat, qui a décliné notre demande d’entrevue pour cette raison, avait rejeté en bloc les allégations en juin 2019 et parlé d’un malentendu regrettable.

On paye nos cotisations syndicales, mais on est considérés comme des enseignants de deuxième classe.

Aziz Elharradji, enseignant qui a déposé une plainte contre l’AEFO
Un homme en entrevue dans une rue d'Ottawa.

Clément Yonta Ngouné, l’un des plaignants.

Photo : Radio-Canada

Des réunions ont eu lieu et des lettres ont ensuite été échangées entre le Groupe de suivi des enseignantes et enseignants de la diversité et l’AEFO, qui a finalement décidé de rompre la communication le 22 novembre dernier.

Nous ne pourrons plus dorénavant répondre à des courriels anonymes quant à des discussions portant sur les affaires internes du syndicat, avait fait savoir son directeur général, Pierre Léonard, par courriel.

Ça veut dire que nous sommes devenus des intrus, comme si on ne faisait plus partie de l’AEFO.

Godefroy Tsane, membre du Groupe de suivi des enseignants de la diversité

Le groupe est représenté par cinq enseignants qui disent militer au nom de tous leurs collègues issus de l'immigration. Plus de 200 adresses courriel sont inscrites à la liste d'envoi du groupe. Dans son courriel, Pierre Léonard s'interrogeait sur l'identité de ces destinataires, à savoir s'ils étaient tous membres du syndicat.

On nous considère comme des personnes anonymes. Ça a été la goutte qui a fait déborder le vase, explique Clément Yonta Ngouné, l’un des plaignants.

Rappel des événements

Les résultats du sondage au cœur de la controverse, mené par PGF Consultants auprès de 1186 membres du syndicat, avaient été présentés lors de l’assemblée générale annuelle le 23 février 2019.

Dans sa présentation, le président de la firme avait fait savoir que les groupes d’enseignants majoritaires ont décrié l’effritement de la culture locale et le manque de qualification du personnel immigrant.

Une page d'une présentation PowerPoint.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

M. Hubert ne précise pas le nombre ni même la proportion d’enseignants de « la majorité » qui auraient tenu ces propos.

Photo : AEFO/PGF Consultant

Benoît Hubert avait enchaîné en soutenant que ces données qualitatives suggéraient que le sentiment d’effritement de la culture locale exprimé par la majorité pourrait indiquer que la diversité est perçue par ces derniers comme une menace à leur culture.

Le consultant avait omis de préciser le nombre d’enseignants de la majorité qui auraient formulé ces commentaires. Des enseignants de la diversité ont alors crié au racisme et désigné un groupe de suivi pour défendre leurs intérêts.

Une pétition en ligne lancée par le groupe a rapidement récolté près de 800 signatures.

La controverse s’est ensuite envenimée. Le regroupement a accusé Benoît Hubert d’avoir dit que 70 % des enseignantes de la majorité affirment que les enseignants issus de la diversité sont incompétents, bien que des enregistrements audio soumis par l’AEFO à Radio-Canada démentent cette affirmation.

En entrevue avec Radio-Canada en juin, le président du syndicat, Rémi Sabourin, a indiqué que la question du 70 % telle que dénoncée n’a jamais été formulée.

Photo de Rémi Sabourin à Queen's Park.

Rémi Sabourin, président de l'AEFO

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

M. Sabourin a néanmoins présenté ses excuses et reconnu avoir fait preuve d’une certaine maladresse, tout en précisant qu’il ne s’agissait que de propos d’une poignée de répondantes et de répondants du sondage.

Des experts avaient d’ailleurs remis en question la pertinence d’accorder une plateforme à des opinions discriminatoires et de les présenter devant un public.

Des mesures insatisfaisantes

Près d’un an plus tard, les enseignants de la diversité maintiennent leurs positions, indique Clément Yonta Ngouné, qui enseigne dans la région d’Ottawa.

C’est une aberration! Nous taxer d’incompétents, c’est de la discrimination. Nous avons tous un certificat délivré par l’Ordre des enseignants, qui est la seule autorité compétente de juger de notre qualification ou pas, a répété M. Yonta Ngouné en entrevue.

Le groupe estime que le syndicat a ignoré les quatre demandes qu’il avait formulées à la suite de la polémique, notamment la création d’un comité permanent composé de membres issus de l’immigration et la désignation de postes de cadres réservés pour ces personnes.

Dans ses plaintes au Tribunal, le groupe soutient qu’aucun des 11 cadres de l’AEFO n'est issu de l'immigration. Radio-Canada n’a pas été en mesure de vérifier cette allégation auprès de l’AEFO, qui n’a pas voulu commenter. Près de 30 % des membres du syndicat sont issus de l'immigration.

L'assemblée générale annuelle de l'AEFO.

L'assemblée générale annuelle de l'AEFO

Photo : Radio-Canada

Dans un bulletin électronique envoyé le 11 janvier dernier à ses membres, le syndicat a annoncé la mise sur pied d’un comité ad hoc sur la diversité en milieu de travail, qui se penchera sur les enjeux et les défis des membres de l’AEFO issus de la diversité.

Le comité se rencontrera deux fois d'ici juin 2020 et est composé de membres issus de la diversité sur le plan culturel, religieux, des besoins spéciaux, de l'orientation sexuelle, de l'identité de genre et générationnel.

C’est un faux comité, tranche Clément Yonta Ngouné. Il ne s’agit que d’un comité temporaire, dit-il, dont le mandat élargi ne se concentrera pas sur la discrimination vécue spécifiquement par les membres issus de la diversité ethnoculturelle.

Aziz Elharradji, qui enseigne lui aussi à Ottawa, reproche au syndicat de ne pas avoir consulté le groupe dans l’élaboration du comité. Selon lui, l’impasse actuelle est le symptôme d’un problème plus large qui gangrène la profession en Ontario.

Un grand nombre d’enseignants d’origine immigrante n’arrivent même pas à obtenir de poste de suppléant. Des Noirs, des Arabes, des Maghrébins. C’est, pour ne pas dire raciste, discriminatoire. On est mal représentés.

En plus des plaintes au Tribunal des droits de la personne, le Groupe de suivi des enseignantes et enseignants de la diversité dit avoir l’intention d’annoncer bientôt des mesures additionnelles contre le syndicat pour rétablir la vérité et [son] honorabilité.

Après réception d’une plainte, le Tribunal des droits de la personne révise le dossier soumis pour s’assurer qu’il est complet. Si la requête est acceptée, le Tribunal informe ensuite les intimés.

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