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Les éleveurs de cerfs peinent à se relever d'une grave maladie du cervidé

Des cerfs courant dans la neige.

Les élevages de cerfs rouges sont sous grande surveillance depuis la détection du cas de MDC, en 2018.

Photo : Radio-Canada

En septembre 2018, un cas de cerf rouge infecté par la maladie débilitante chronique des cervidés était découvert dans un élevage des Basses-Laurentides. Un an et demi plus tard, tous les éleveurs du Québec en paient encore le prix.

Il y a eu beaucoup de séquelles, de dommages collatéraux. Malheureusement.

Gaétan Lehoux, président de l'Association Cerfs rouges du Québec

Au cours de l’automne 2018, sur ordonnance de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, les 2789 cerfs rouges présents dans les troupeaux Harpur de Grenville-sur-la-Rouge ont été abattus. Au total, les tests effectués dans cette ferme s'étaient avérés positifs sur 11 animaux.

Du même coup, le propriétaire éprouvé fermait son abattoir Les Viandes de la Petite Nation. Après 25 ans, la prestigieuse marque Cerf de Boileau disparaissait. Le fer de lance de l’industrie. Et par le fait même, les éleveurs perdaient leur référence génétique et, surtout, un acheteur majeur pour leurs animaux.

À la destruction du troupeau Harpur, les éleveurs du Québec avaient quatre acheteurs pour leur viande.

Un homme debout dans un champ, vêtu d'une chemise à carreaux et portant une casquette.

Gaétan Lehoux, président de l'Association Cerfs rouges du Québec, déplore l'impact de la maladie sur les éleveurs.

Photo : Radio-Canada

Avec la disparition de l’un d’eux, les autres, pour certains, ont baissé le prix de moitié de notre coût de production. Et donc, il y a comme un refoulement en entonnoir vers le seul qui maintient ses achats actuellement. […] Légèrement en dessous de notre coût de production.

Gaétan Lehoux

La MDC appartient à la famille des encéphalopathies spongiformes transmissibles comme, entre autres, la tremblante du mouton.

Elle peut se transmettre à tous les cerfs, orignaux, caribous et wapitis, tant sauvages qu’en enclos.

L’agent infectieux est un prion anormal qui contamine les autres prions normaux du système nerveux de l’animal. Le cerf infecté finit par mourir.

Un marché qui s'est effondré

Aucune preuve scientifique n’a démontré que la MDC est transmissible à l’humain. Malgré tout, le marché de la viande de cerf rouge d’élevage a sombré.

C’est ce qu'a vécu Sylvie Van Dersmissen, de Saint-Charles-sur-le-Richelieu, qui a perdu son unique acheteur, le restaurant d’un grand hôtel.

Un an et demi plus tard, le restaurateur n’est toujours pas preneur de cette viande haut de gamme.

Sylvie Van Dersmissen, vêtue d'un manteau d'hiver à capuche et portant un foulard rouge.

Sylvie Van Dersmissen, une éleveuse de cerfs rouges, s'est retrouvée incapable de vendre sa viande après la détection du cas de maladie débilitante chronique.

Photo : Radio-Canada

J’ai tenté de recontacter cet acheteur-là pour qu’on puisse recommencer à faire affaire ensemble et ça été un non catégorique.

Sylvie Dan Dersmissen

Depuis 2018, tous les cerfs d’élevage de plus de 12 mois livrés aux abattoirs sous inspection fédérale et provinciale et destinés à l’alimentation sont testés pour la maladie. Aucune détection n’est faite sur les faons, puisque la maladie est indétectable avant l’âge de 12 mois.

La MDC ailleurs au Canada et aux États-Unis

Aux États-Unis, le premier cas déclaré de la maladie remonte à 1967 dans l’État du Colorado. Aujourd’hui, 25 autres États sont aux prises avec l’infection.

Au Canada, la MDC fait son apparition en Ontario en 1974 avec la découverte dans le zoo de Toronto d’un cerf mulet importé infecté. La maladie est aujourd’hui présente dans la faune de la Saskatchewan depuis le cas du wapiti malade en 1996. Quant à l’Alberta, elle est aux prises avec la MDC depuis son premier cas en 2002.

La MDC frappe tous les cervidés et se propage rapidement. Au Wyoming, le cheptel de cervidés sauvages diminue de 10 % par année. Une hécatombe.

Des travailleurs du gouvernement effectuant des prélèvements sur des cerfs abattus par un chasseur.

Les chasseurs de cerfs doivent eux aussi soumettre leurs prises à une inspection pour y détecter une éventuelle présence de la MDC.

Photo : Radio-Canada

La MDC et la faune au Québec

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec veut bloquer coûte que coûte une échappée de la MDC dans la faune du Québec. Un plan de surveillance et de contrôle a été mis en place à cet effet, inspiré de celui de l’État de New York. Après la découverte en 2005 de quelques cerfs infectés en élevage et dans la faune, l’État a immédiatement ordonné un abattage massif. La MDC a disparu.

Depuis l’automne 2018, le ministère est présent et prélève des échantillons de cerfs abattus dans les Laurentides où a été découverte la MDC.

Une surveillance est également effectuée en Estrie, en Montérégie, dans Chaudière-Appalaches, au Centre-du-Québec, en Mauricie, dans Lanaudière et en Outaouais.

Le seul moyen de confirmer si un cerf est porteur de la MDC est d’effectuer les analyses sur L'animal mort. Les prions infectieux se logent dans les tissus nerveux, comme l’obex et les deux ganglions lymphatiques rétro-pharyngiens, situés à la base de l'encolure.

Ainsi, dans les Laurentides, la zone qui englobe le site des troupeaux infectés, des échantillons ont été prélevés sur tous les cerfs abattus. Une chasse intensive et sans restriction a été permise. Sur un territoire qui englobe 17 municipalités dans un rayon de 45 kilomètres, la chasse des mâles, femelles et faons a été autorisée et toutes les armes ont été acceptées. Du jamais-vu au Québec.

En fait, le but c’est vraiment de diminuer les densités des populations de cerfs au pourtour pour gérer le risque, diminuer le risque chez la population et éviter que la maladie s'installe. On veut éviter ça à tout prix.

Yannick Bilodeau, biologiste et responsable de la faune terrestre et ses habitats à la Direction de la gestion de la faune de Lanaudière et des Laurentides
Un biologiste devant un paysage campagnard.

Yannick Bilodeau, biologiste du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, affirme que le gouvernement cherche à réduire les risques de contamination.

Photo : Radio-Canada

Aucun nouveau cas de MDC

Au total, dans la zone ciblée, 1358 cerfs adultes ont été analysés et aucun cas de maladie débilitante chronique des cervidés n’a été détecté.

Ailleurs au Québec, 3188 échantillons ont été soumis aux laboratoires du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation et, à ce jour, tous les résultats sont négatifs. Le ministère de la Faune est dans l’attente des derniers résultats, soit 587 cas restants soumis.

Le ministère de la Faune n’a pas défini les modalités de contrôle pour 2020, mais le travail se poursuivra. Pour avoir l’assurance que la maladie est éradiquée d’un territoire, des mesures de contrôle doivent s’appliquer six années de suite sur ce territoire après la détection initiale de la maladie débilitante chronique des cervidés.

Le reportage de la journaliste Rachel Brillant sera diffusé le 25 janvier à 17 h, à l’émission La semaine verte sur ICI TÉLÉ.

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