•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Québec doit-il encore venir au secours de Bombardier?

M. Bellemare lève la main.

Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, lors d'une conférence de presse, le 25 juin 2019, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Près de 5 ans après avoir frôlé la faillite, comme nous le disait le PDG Alain Bellemare en novembre 2016, Bombardier n’arrive toujours pas à achever sa restructuration et retrouver le chemin durable de la rentabilité. Alors que s’amorce l’année 2020, la question se pose encore : le gouvernement du Québec doit-il venir au secours, une fois de plus, de Bombardier?

L’entreprise a annoncé, le 16 janvier dernier, une révision à la baisse des attentes de revenus pour le 4e trimestre de 2019. D'abord, l'entreprise affirme qu'il y a des retards dans la réalisation de projets ferroviaires, ce qui entraîne des coûts supplémentaires pour Bombardier. Des reports de livraison d’avions Global 7500 ont également été annoncés.

Ensuite, Bombardier affirme que sa priorité, c’est la réduction de son endettement. Nous avons réglé la question de nos actifs aéronautiques non performants, affirmait Alain Bellemare dans le communiqué du 16 janvier.

La phase finale de notre plan de redressement est de réduire l’endettement et de régler notre problème de structure de capital. Nous examinons de façon détaillée différentes solutions qui nous permettraient d’accélérer le remboursement de notre dette.

Et puis, Bombardier indique aussi que le développement de l’A220, l’ancienne C Series, nécessitera l’injection de fonds supplémentaires par la coentreprise formée d’Airbus (50,06 %), Bombardier (33,58 %) et du gouvernement du Québec (16,36 %). Bombardier n’est probablement pas prête à consentir de nouvelles injections de fonds dans le programme. Cette situation aura pour résultat de réduire sa part d’actionnariat dans l’A220.

De plus, le rendement sera moins élevé que prévu sur la durée du programme de l'A220 et cela pourrait réduire significativement la valeur de la coentreprise est-il écrit dans le communiqué. 

Plongeon en bourse

Cet avertissement sur les résultats a plongé les investisseurs dans une nouvelle tourmente. L’action a chuté de 32 % le jour de ce dévoilement de résultats préliminaires, rappelant le souvenir de l’hiver 2016, lorsque l’action était tombée sous la barre de 1 dollar. Des analystes ont d’ailleurs revu à la baisse leur perspective sur l’évolution du titre de Bombardier. Et des agences de notation ont placé la cote de crédit de la société sous surveillance avec la possibilité d’un abaissement de la note au cours des 12 prochains moins.

L'agence de presse Bloomberg a rapporté que Bombardier et Alstom avaient amorcé, dans les derniers mois, des négociations en vue d’un partenariat ou d’une fusion. De telles négociations ne vont pas nécessairement mener à une transaction, mais ces nouvelles discussions entre les deux géants du transport laissent voir que Bombardier est à la recherche de solutions.

Quelles sont les réponses de François Legault?

Devant cet état de fait, que doit faire le gouvernement du Québec, qui s’apprête à voir la valeur de son investissement de plus d’un milliard de dollars américains dans la C Series être abaissée?

Le premier ministre François Legault répète sans cesse qu’il n’aurait jamais fait ce que le gouvernement Couillard a choisi de faire, soit d’investir dans le seul programme de la C Series plutôt que dans l'ensemble de l'entreprise. Il a peut-être raison, il a peut-être tort aussi. Mais, il doit aujourd’hui prendre sa propre décision sur l’engagement du gouvernement du Québec face à Bombardier. 

Il y a trois questions auxquelles le premier ministre doit réfléchir :

1- Qu’entend-il faire face à la baisse de valeur de l'investissement du gouvernement du Québec dans l’A220 et l’appel de capitaux supplémentaires d’Airbus pour développer le programme? 

2- L’éventualité d’une vente de Bombardier Transport à Alstom est-elle acceptable aux yeux du premier ministre? En principe, plusieurs sont d’avis que l’état n’aurait rien à dire dans une telle transaction. Mais, puisque François Legault s’est posé en champion de la défense des sièges sociaux et des joyaux du Québec, n’est-il pas approprié de s’attendre à une réponse du premier ministre sur l’avenir de la division transport de Bombardier et, par extension, de l’usine de La Pocatière? Et puisque la Caisse de dépôt et placement du Québec détient 30 % des actions de Bombardier Transport, serait-il envisageable que l’institution achète des parts supplémentaires jusqu’à en devenir propriétaire et maintenir ainsi sa propriété au Québec? 

3- Et, de façon plus large, advenant que Bombardier flirte, une fois de plus, avec la faillite, le gouvernement du Québec doit-il sauver l’entreprise? Qu'en pense le premier ministre?

Il est clair qu'un grand nombre de Québécois considèrent que l'État a suffisamment investi dans Bombardier et ne devrait certainement pas aller plus loin. D'autres rappellent que des milliers d'emplois sont en jeu, des emplois payés à plus de 50 000 dollars par année, ce qu'encourage François Legault.

Nous sommes en 2020 et la question de l'avenir de Bombardier se pose encore. Les résultats du 13 février seront névralgiques. Et la réponse du gouvernement le sera tout autant.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique provinciale

Économie