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Analyse

Censure ou intimidation? Un humoriste quitte la Russie subitement

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En Russie, l'humoriste Alexandre Dolgopolov a quitté le pays, craignant pour sa sécurité.

En Russie, l'humoriste Alexandre Dolgopolov a quitté le pays, craignant pour sa sécurité.

Photo : Instagram

Les prochaines semaines vont démontrer si Alexandre Dolgopolov a eu raison de quitter la Russie subitement de peur d’aller en prison. Mais son histoire en dit long sur le climat de peur qui règne depuis des mois ici, particulièrement chez les jeunes dissidents qui osent critiquer le régime et se moquer de l’Église comme il le fait sur scène, semaine après semaine.

L’humoriste de 25 ans, qui est une étoile montante de l’humour en Russie, se doutait depuis quelques jours que la police régionale d’un district de Moscou s’intéressait à lui.

Les policiers se concentrent surtout sur un spectacle qu’il a présenté à Saint-Pétersbourg il y un an, durant lequel il se moque vulgairement de Jésus, de la Vierge Marie, du président Poutine et de ceux qui, selon lui, le vénèrent aveuglément.

Si Poutine ordonne à tous les Russes de se jeter dans la lave que diront-ils? Mon Dieu, quel cauchemar! Où est-ce que l'on va trouver autant de lave?

La salle éclate de rire. À vous de juger... en toute objectivité.

Reste que la police est bel et bien sur son cas.

Dans une lettre envoyée au propriétaire de la salle de spectacle de Saint-Pétersbourg, elle exige des détails sur l’humoriste et son numéro. Numéro qui depuis a été vu par plus de 3 millions d’internautes.

La police agirait d’ailleurs sur la base d’une plainte d’un citoyen d’une banlieue de Moscou pour « insulte à la foi des croyants », ce qui est considéré comme un crime, selon la loi russe, et passible de trois ans de prison.

Insulter les autorités sur Internet peut coûter autant.

Tamara Altéresco, de dos, discute avec Alexandre Dolgopolov via Skype.

Alexandre Dolgopolov, joint par Skype, n’a pas voulu dire où il se trouve et craint pour sa sécurité.

Photo : Radio-Canada / Alexey sergeev

Ces lois sont des outils de répression contre les jeunes, nous a confié Alexandre Dolgopolov que nous avons joint par Skype. Il n’a pas voulu préciser où il se trouve exactement et dit craindre pour sa sécurité.

J’ai surtout peur d’aller en prison. Ça arrive tous les jours en Russie. Quand on vit en Russie, on vit constamment dans la peur.

Il affirme avoir quitté le pays en panique mercredi soir quand il a appris que deux policiers en civil l’attendaient au bar où il devait donner un spectacle à Moscou et tester du nouveau matériel.

Intimidation ou menace réelle?

On ne sait jamais ici, l’État est très malin et c’est comme une loterie , a expliqué son avocat Leonid Solovyov. Il affirme que son client ne voulait pas risquer de perdre sa liberté.

L’avocat en sait quelque chose. C’est lui qui a défendu le jeune Yegor Zhukov, 21 ans, arrêté et incarcéré l’été dernier et une partie de l’automne pour avoir manifesté à Moscou contre le régime de Vladimir Poutine.

On a pris l’habitude de voir les autorités sévir contre les manifestants, contre les opposants politiques, les blogueurs, mais la police vient, à mon avis, de franchir une nouvelle étape en s’acharnant sur un simple humoriste, dit l’avocat Leonid Solovyov.

Bien que son client ne soit pas accusé de quoi que ce soit pour le moment, il affirme qu’il restera hors du pays le temps qu’il faudra, d’ici à ce que la police précise ses véritables intentions.

Le ministère de l’Intérieur confirme que la police mène un audit dont les résultats seront décidés en vertu des lois du pays . Mais quoi qu’il arrive, Alexandre Dolgopolov affirme que la jeunesse russe est aujourd’hui prisonnière d’un système qui a été mis en place pour l’intimider et l'opprimer.

Le fait qu’une police régionale enquête sur mes spectacles est le symptôme de ce système instauré depuis 20 ans par Vladimir Poutine.

La nouvelle de son départ précipité s’est vite répandue hier dans le milieu de l’humour en Russie qui, ces dernières années, a connu une véritable explosion. Des bars « stand-up » ouvrent un peu partout à Moscou, au grand bonheur de l’humoriste Nikolay Antonov, un collègue de Dolgopolov.

Il nous a confié que toute cette affaire est exagérée selon lui. Il doute que son ami soit véritablement en danger, mais dit comprendre qu’il soit terrorisé dans les circonstances et à la lumière des arrestations de jeunes manifestants en juillet dernier.

J’ai l’impression d’être aux États-Unis dans les années 60, quand la police arrêtait les humoristes pour un simple blasphème, dit Nicolay, qui a du mal à croire que l’affaire ait pris de telles proportions.

Plusieurs autres humoristes ont tenu à offrir leur soutien à Alexandre Dolgopolov et songent déjà à organiser des spectacles à Moscou au nom de la liberté d’expression.

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