•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

La crise de Wuhan, une nouvelle épreuve politique pour Xi Jinping

Un homme marche devant un grand rideau rouge.

Le président de la Chine, Xi Jinping

Photo : Reuters / Jason Lee

Après Hong Kong, Taiwan, la guerre commerciale de Trump et les dénonciations des exactions subies par les Ouïgours, Xin Jinping affronte, avec la crise du virus de Wuhan, un nouveau moment difficile.

Comment le pouvoir du Parti communiste peut-il être touché par cette situation? Comment cette crise vient-elle se superposer, s’ajouter aux autres difficultés que connaît en ce moment le régime chinois?

Il est intéressant de comparer la situation actuelle à celle de la crise du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), à la fin de 2002 et au début de 2003, qui avait frappé la même région du monde à l’époque (avant de s’étendre à l’étranger), avec un épicentre situé dans le Guangdong, un peu plus au sud par rapport à Wuhan.

Dans la déclaration de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce 22 janvier, on remerciait, cinq fois plutôt qu’une, les autorités chinoises pour leur transparence et pour leur coopération.

Le contraste est grand avec ce qui s’était passé en 2002-2003. À cette époque, l’OMS avait dénoncé Pékin pour ses dissimulations et pour avoir minimisé l’ampleur de la crise. À l’époque, les autorités locales du Guangdong, mais aussi les autorités centrales de Pékin, avaient été mises en cause.

Le régime chinois est habitué à balayer les mauvaises nouvelles sous le tapis. C’est même dans sa nature intime. Sous le règne de Xi Jinping, c’est un pays où l’information des médias, écrits ou parlés, se résume de plus en plus à une propagande continue à la gloire du pouvoir ou, en tous les cas, à des éléments soigneusement filtrés, cuisinés et bien présentés par les autorités.

Le professeur Yuen Kwok-yung, à droite, parle aux côtés de Wong Ka-hing, le contrôleur du Centre de protection de la santé du ministère de la Santé, lors d'une conférence de presse au ministère de la Santé à Hong Kong..

Les autorités sanitaires de la ville de Wuhan, en Chine centrale, ont signalé le premier décès dû à un nouveau type de coronavirus le 11 janvier 2020.

Photo : Associated Press / Andy Wong

L’obligation de transparence

Or, voici un cas où la transparence des nouvelles sur la transmission du virus, sa localisation, sa vitesse et sa nature s’avère vitale pour le combattre. Cette exigence de transparence est en parfaite contradiction avec la conception de l’information en vigueur en Chine : on voit bien le problème que cela pose, du point de vue d’un gouvernement habitué à la rétention et à la manipulation de l’information.

Il semble que les autorités, cette fois, ont compris que l’efficacité dans la lutte pour circonscrire l’épidémie passait nécessairement par la libre diffusion de l’information.

Une transparence certes limitée à un secteur bien particulier : l’information médicale sur une crise spécifique. Une épidémie possible, qui est embryonnaire et qui pourrait tout aussi bien se résorber que dégénérer. Mais une transparence quand même, devant un événement que les autorités ne contrôlent pas complètement. Voilà qui bouscule leurs habitudes et peut même les inquiéter.

Au début de janvier, il y a cependant eu tentative de dissimulation au niveau local : les fonctionnaires de la ville de Wuhan avaient minimisé l’affaire du nouveau virus. Mais lorsque le gouvernement central a appris que certains médecins et infirmiers locaux commençaient à être infectés, Xi Jinping a déclaré que les responsables devaient absolument mettre la vie et la santé des gens au premier plan. C'est un signe crucial qu’il ne tolérerait aucune dissimulation.

Le gouvernement a commencé à fournir des mises à jour quotidiennes. Il a nommé comme conseiller principal dans la présente crise un certain docteur Zhong Nanshan, médecin pneumologue très connu en Chine, parce qu’il avait contesté la ligne officielle pendant la crise du SRAS en 2002.

Des policiers munis de masques dirigent des voyageurs à la gare de Shanghai.

Les autorités chinoises ont pris des mesures pour tenter de contenir l'épidémie de coronavirus qui se transmet par voies aériennes.

Photo : Reuters / Aly Song

La dictature plus efficace en cas de crise?

En même temps – et de façon paradoxale –, le caractère autoritaire du régime chinois peut aider à l’application de certaines mesures, par exemple le fait de boucler des villes entières.

C’est un pays où, déjà, la liberté de circulation interne des citoyens – leur droit de se déplacer, de s’installer ou non à tel ou tel endroit – est limitée.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, si les autorités décident que personne, à partir de maintenant, ne peut entrer à Wuhan ou en sortir, personne (ou presque) ne contestera l’application de cette mesure, même dans une mégalopole de 11 millions d’habitants!

Cette autorité sera sans doute plus strictement suivie, et aussi moins contestée que si l’on était à Paris ou à Montréal. C'est pareil pour toutes sortes de consignes, comme le port obligatoire du masque.

Il est bien connu que face à des crises comme les catastrophes naturelles – pensons à Cuba et aux ouragans, qui y sont toujours moins meurtriers qu’ailleurs – les dictatures fortes en matière de surveillance et de contrôle des masses sont souvent mieux préparées pour faire face et pour appliquer des mesures draconiennes, comme l’évacuation en masse. Parce que ce sont des régimes qui savent déjà le faire, même lorsqu’il n’y a pas de catastrophe naturelle ou de crise sanitaire.

Des voyageurs portent un masque pour se déplacer dans les espaces publics.

Des voyageurs chinois près de la gare de Pékin

Photo : La Presse canadienne / Mark Schiefelbein/AP

L’image écornée de la Chine

C’est aussi une crise qui peut faire mal à la Chine, à son image comme à son économie, car le coronavirus de 2020 apparaît comme une nouvelle épine dans le pied pour Xi Jinping.

Le régime chinois aime être perçu comme tout-puissant par sa propre population, et imposer le respect – voire la peur – dans l’œil des étrangers (qui souvent se prosternent aux pieds des dirigeants et gens d’affaires chinois).

Ce régime, en 2019 et 2020, s’est toutefois vu fragilisé par toute une série d’événements qui malmènent ses plans : la résistance à Hong Kong (révolte devant laquelle il ne sait pas trop comment réagir), puis le défi de Taiwan, l’île indépendante de facto que Pékin rêve de faire rentrer dans le rang, mais qui vient de réélire une indépendantiste à la présidence.

Et puis il y a les critiques à l'étranger – Human Rights Watch, Amnistie internationale – envers sa politique contre les minorités musulmanes au Xinjiang (les Ouïgours martyrisés et emprisonnés en masse dans des camps de rééducation totalitaires).

L’image de la Chine et sa capacité de manœuvre sont sorties un peu diminuées de cette mauvaise année 2019.

N’oublions pas la guerre commerciale menée par Donald Trump, qui a fait mal et qui a fragilisé l’économie chinoise, même si, en revanche, l’économie américaine comme telle n’en a pas vraiment profité. D’où le cessez-le-feu commercial conclu à l’aube de 2020.

Des chinois portants des masques bleus de protection pour ne pas attraper le virus.

Les panneaux offrent des informations sur la façon de prévenir la propagation d'un coronavirus de type SRAS en Chine.

Photo : AFP / Hector Retamal

Une économie plus fragile

À l’époque du SRAS, l'économie chinoise connaissait des taux astronomiques de croissance annuelle autour de 12 %, bien qu’il y ait eu, au début de 2003, une courte, mais forte baisse, suivie d’une reprise en quelques mois.

Aujourd’hui, le taux annuel de croissance de l'économie chinoise est d'environ 6 %, voire de 5 %. L’économie est moins bien armée, en 2020, pour résister aux effets d’une crise sanitaire majeure. Elle a moins de ressort, de réserves de croissance qu’elle en avait en 2003. Elle serait sans doute plus touchée par une grande épidémie. Et ça, le nouvel empereur Xi le sait.

Xi Jinping aime bien évoquer, devant les responsables politiques du Parti communiste, la métaphore du cygne noir. Elle désigne des événements soudains et inattendus qui peuvent, un matin, vous tomber sur le dos et influencer de façon funeste votre destin. Dans l’URSS déclinante de 1986, ce cygne noir a été la catastrophe de Tchernobyl.

Chez Xi dans les années 2010, la métaphore a surtout servi à désigner la corruption, les banques pourries ou les tensions commerciales. Aujourd’hui, il inclut certainement là-dedans la menace sanitaire.

N’en doutons pas : cela fait sûrement très mal, aujourd’hui, aux autorités chinoises d’être obligées de dire la vérité, toute la vérité, sur des événements qu’elles ne contrôlent pas!

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !