•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Viol, harcèlement : l'actrice Annabella Sciorra décrit la méthode Weinstein

Une femme vêtue d'une robe marine marche dans un passage restreint par des barrières, suivie de deux autres femmes.

L'actrice Annabella Sciorra a témoigné au procès de Harvey Weinstein à New York.

Photo : The Associated Press / Richard Drew

Agence France-Presse

L'actrice Annabella Sciorra, la plus connue des femmes appelées à témoigner contre Harvey Weinstein lors de son procès à New York, a raconté jeudi en détail le viol et le harcèlement sexuel que l'ex-magnat d'Hollywood lui a supposément fait subir dans les années 1990, dans une déposition cruciale pour ce procès emblématique du mouvement #MeToo.

Interrogée d'abord par la procureure de Manhattan Joan Illuzzi-Orbon, l'actrice connue pour son rôle dans la série Les Soprano a raconté en détail ses interactions avec M. Weinstein : depuis leur première rencontre à Los Angeles au début des années 1990 à l'hiver 1993-1994, lors duquel elle affirme qu'il l'a violée à Manhattan; puis ses efforts pour tout oublier, malgré un harcèlement persistant du producteur, notamment au Festival de Cannes en 1997.

S'exprimant d'une voix posée pendant environ cinq heures, ravalant brièvement quelques larmes, l'actrice de 59 ans a expliqué comment le producteur – qu'elle a montré du doigt au début de sa déposition, assis en costume sombre au milieu de ses avocats – s'est d'abord montré attentionné avec elle, à un moment où sa carrière commençait à décoller.

Mais les choses se sont ensuite gâtées, selon elle : il l'a pressée d'accepter un rôle dont elle ne voulait pas initialement. Puis l'a menacée de l'attaquer en justice si elle ne tournait pas le film rapidement. Il lui a envoyé du Valium qu'elle consommait pour la première fois.

L'agression supposée est intervenue après un dîner à Manhattan avec d'autres personnes, à une date non précisée : il lui a alors proposé de la raccompagner chez elle avec son chauffeur.

Peu après, alors qu'elle était en chemise de nuit et se préparait à aller dormir, on a frappé à la porte : le producteur est alors entré de force dans son appartement, a-t-elle relaté.

Elle a assuré lui avoir dit qu'elle ne voulait pas avoir de relation sexuelle avec lui, en vain.

Devant des jurés très attentifs, Annabella Sciorra a levé les bras pour montrer comment Harvey Weinstein les aurait bloqués pour l'empêcher de le repousser. Elle a dit avoir crié.

Elle a ajouté ne pas se souvenir exactement de ce qui s'est passé ensuite. Quand elle a repris ses esprits, elle était sur le plancher.

Elle a dit avoir ensuite sombré dans la dépression, commencé à boire et à se blesser volontairement en se coupant.

Elle a affirmé avoir mis longtemps à comprendre qu'elle avait été violée. Et ne s'est confiée à un journaliste du New Yorker qu'en octobre 2017, 20 ans après les faits.

Je voulais faire comme si cela n'était jamais arrivé. Je croyais que [Harvey Weinstein] était quelqu'un de gentil, qu'il était normal. J'étais troublée. Je me disais que je n'aurais pas dû ouvrir la porte.

Annabella Sciorra

À l'époque, je croyais que le viol était quelque chose qui se commettait dans des ruelles sombres... Par quelqu'un qu'on ne connaît pas, a-t-elle ajouté.

La défense tente de saper la crédibilité de Mme Sciorra

Dans son contre-interrogatoire, l'avocate de la défense, Donna Rotunno, s'est efforcée de saper la crédibilité de cette accusatrice-clé.

Elle a mentionné des détails potentiellement embarrassants de son histoire personnelle, comme une possible liaison extraconjugale, sans visiblement déstabiliser l'actrice.

Jonglant avec une chronologie allant de 1990 aux déclarations de Mme Sciorra au procureur de Manhattan en janvier 2019, Mme Rotunno a essayé d'exposer d'apparentes incohérences et imprécisions.

Elle a notamment souligné qu'en tant qu'actrice, Mme Sciorra était habituée à se présenter pour ce qu'elle n'est pas.

L'avocate a aussi fait jouer pour les jurés un extrait d'une émission télévisée de 1997, avec le présentateur vedette David Letterman.

Dans cet extrait, l'actrice reconnaît mentir parfois aux journalistes pour protéger sa vie privée.

Weinstein attentif au contre-interrogatoire

Harvey Weinstein, tête baissée pendant l'interrogatoire de la procureure, s'est redressé pendant le contre-interrogatoire, observant attentivement son avocate.

Le producteur de 67 ans risque la prison à perpétuité s'il est condamné à l'issue de ce procès, censé se terminer le 6 mars.

Aussi crucial que soit le témoignage de Mme Sciorra, son viol présumé est prescrit et ne fait pas directement l'objet de poursuites. Mais il doit aider à convaincre les jurés que M. Weinstein était un prédateur expérimenté.

Il est poursuivi pour deux autres faits présumés : une agression sexuelle forcée en 2006 sur une ex-assistante de production, Mimi Haleyi, et un viol en 2013 sur une actrice dont l'identité a été révélée mercredi, Jessica Mann.

Les deux femmes doivent témoigner à une date non précisée.

En attendant, l'accusation doit appeler vendredi une psychiatre, susceptible d'expliquer pourquoi les victimes d'agressions sexuelles peuvent nier ce qui leur est arrivé pendant des années.

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

Procès et poursuites

International