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Pesticides : les mesures se font attendre, un an après le congédiement de Louis Robert

Épandage de pesticides.

Malgré l'intérêt suscité par les consultations sur les pesticides, les solutions que doit contenir le rapport des élus tardent à venir.

Photo : Getty Images

Un an après le congédiement du lanceur d'alerte Louis Robert, les élus qui se sont penchés sur l'utilisation des pesticides dans les champs du Québec sont dans une impasse.

L'agronome du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) avait dénoncé l'ingérence du privé dans la recherche sur les pesticides, ce qui a mené à la tenue d'une commission parlementaire pour étudier la question.

Congédié le 24 janvier dernier, M. Robert a finalement réintégré ses fonctions au MAPAQ, mais le rapport de la commission se fait attendre, tout comme les mesures pour mieux encadrer les pesticides.

En septembre dernier, les élus ont entendu 26 intervenants en commission parlementaire. Ils ont reçu 76 mémoires totalisant plus de 800 recommandations. Malgré l'intérêt suscité par ces consultations, les solutions que doit contenir le rapport des élus tardent à venir.

La CAQ a tabletté le rapport de la commission avant qu'il soit déposé, pense la députée libérale Marie Montpetit, porte-parole de l'opposition officielle en matière d’agriculture.

J'ai l'impression que toute la commission était une stratégie de diversion de la CAQ pour faire oublier le congédiement du lanceur d'alerte Louis Robert.

Marie Montpetit, vice-présidente de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles (CAPERN)

La CAQ souhaite déposer un rapport sans recommandations, ce qui fera en sorte, selon les règles parlementaires, qu'il ne fera pas l'objet d'un débat.

Les partis d'opposition réclament un rapport qui aura plus de mordant. La CAQ a été claire, la seule voie de passage est le dépôt d'un rapport sans recommandations, seulement des observations, et qui ne fera pas l'objet de débat à l'Assemblée nationale, explique Marie Montpetit.

L'élue met en doute la véritable volonté du gouvernement de répondre aux inquiétudes de la population dans ce dossier.

Pendant ce temps, dans les champs du Québec

Dans ce contexte, il est bien tard pour apporter des changements significatifs qui auraient un impact sur la prochaine récolte.

Chez les producteurs maraîchers, par exemple, la saison dans les serres va débuter dans moins de 45 jours, et le MAPAQ n'a annoncé aucune nouvelle mesure qui leur permettrait de réduire l'utilisation de pesticides.

Par ailleurs, lors des consultations de l'automne dernier, plusieurs groupes avaient dénoncé le double rôle que jouent les agronomes auprès des agriculteurs, qui les plonge en plein conflit d'intérêts.

Les agronomes peuvent vendre et prescrire des pesticides; c'est donc la même personne qui pose le diagnostic dans un champ et qui vend le remède.

L'Ordre des agronomes du Québec défend cette pratique et a présenté au ministre André Lamontagne un rapport sur le rôle de prescripteur et de vendeur.

Mais les discussions entre l'Ordre et le ministre ne risquent pas de répondre aux préoccupations des groupes, puisque l'Ordre suggère une séparation des rôles uniquement sur la facture remise aux agriculteurs. En y inscrivant le prix du service-conseil et le prix du produit, l'Ordre croit être en mesure de faire un meilleur suivi de ses membres.

Loin d'un portrait de la situation

L'Institut national de santé publique (INSPQ) n'est toujours pas en mesure de dresser un portrait de la situation au Québec. Lors de son passage en commission parlementaire, l’INSPQ s’était plaint de ne pas avoir accès aux données sur les pesticides des ministères de l'Agriculture et de l’Environnement.

Privé de ces informations, l'INSPQ disait ne pas pouvoir produire d'étude sur l'impact des pesticides sur la santé des Québécois. Le MAPAQ avait assuré que les données seraient transmises rapidement.

Quatre mois plus tard, le MAPAQ et l'INSPQ se sont finalement entendus sur un protocole de transfert de données, mais à ce jour, l'INSPQ ne peut juger si ces informations seront suffisantes pour permettre d'évaluer les risques.

Pour sa part, Parkinson Québec ne croit plus que la commission parlementaire répondra à ses attentes.

Cette association de patients citait, dans son mémoire présenté aux élus, huit méta-analyses qui démontrent que l’exposition aux pesticides peut doubler le risque de développer la maladie chez les agriculteurs et réclamait que le parkinson soit ajouté à la liste des maladies professionnelles reconnues par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

J'ai l'impression que ça ne cheminera pas par cette commission; j'aimerais ça, mais là, je n'y crois plus.

Romain Rigal, coordonnateur du développement des services chez Parkinson Québec

M. Rigal mise dorénavant sur la réforme de la loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles, qui doit être déposée en mars prochain.

Dans sa réforme, le ministre du Travail, Jean Boulet, veut s'assurer que le secteur de l'agriculture devienne un secteur prioritaire assujetti à des mécanismes de prévention.

Une réussite malgré tout, selon Louis Robert

La commission a été une réussite, peu importe la suite, affirme Louis Robert. L'agronome, qui a repris du service le 6 août dernier au MAPAQ, ne souhaite pas commenter davantage la situation.

Lors de son passage en commission parlementaire en septembre dernier, il se disait déjà sceptique face à la capacité de la commission d'avoir véritablement des solutions éprouvées pour réduire de façon drastique l'utilisation des pesticides, affirmait-il.

Mais cela ne signifie pas que sa dénonciation aura été vaine. Déjà que les enjeux soient discutés sur la place publique, c'est un gigantesque pas vers l'avant, avait-il dit. Ne serait-ce que pour cela, il estimait que son histoire avait eu des retombées extrêmement positives.

Le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne, assure de son côté que, peu importe la forme qu'elles prendront, les conclusions du rapport seront prises en compte dans l'élaboration du Plan d’agriculture durable qu'il doit présenter cette année.

Ce plan doit tracer la voie à suivre pour accélérer la transition vers des pratiques plus vertes en agriculture au Québec.

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