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Internet haute vitesse : nouvelle levée de boucliers aux Îles-de-la-Madeleine

Un homme pose ses mains sur le clavier d'un ordinateur portable dans l'obscurité.

Une personne écrit à l'ordinateur.

Photo : iStock

Isabelle Larose

Jonathan Huard, un citoyen de L'Étang-du-Nord, entend lancer une nouvelle pétition pour réduire les tarifs qui seront imposés aux Madelinots par l'entreprise DERYtelecom, responsable de l'implantation de l'internet haute vitesse dans l’archipel.

L'entreprise prévoit facturer un tarif de 104,95 $ dollars par mois le service internet illimité avec une vitesse de téléchargement de 50 mégabits/seconde (Mbit/sec) et d’envoi de 10 Mbit/sec (50/10), soit la norme de vitesse de connexion minimale établie par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Il s’agit d’un coût beaucoup trop élevé pour ce type de connexion selon Jonathan Huard, qui souhaite que le CRTC se penche sur la situation.

Ça va nous coûter près de 50 $ de plus que partout ailleurs. On ne trouve pas de service de 50/10 sur des câbles coaxiaux, à 105 $ par mois, ailleurs en Amérique du Nord.

Jonathan Huard

À l’extérieur, c’est beaucoup moins cher et tu as une plus grande vitesse, poursuit M. Huard. Ce qui se donne aujourd’hui, ça va jusqu’à 1500 Mbit/sec pour des prix moindres que 85 $ par mois en ville.

Jonathan Huard

Jonathan Huard entend livrer une bataille pour que les Madelinots aient droit à un service d'internet haute vitesse à un prix raisonnable.

Photo : Jonathan Huard

Jonathan Huard souhaite également comprendre pourquoi Québec a choisi de faire affaire avec DERYtelecom, alors que Télébec avait également déposé une offre de services qui proposait de brancher directement les maisons avec la fibre optique, contrairement aux câbles coaxiaux moins performants qui seront utilisés par DERYtelecom.

J’aimerais vraiment faire la lumière sur les causes qui expliquent pourquoi Télébec n’a pas eu le contrat, affirme M. Huard qui prévoit lancer sa pétition dans les prochains jours.

Questionné par Radio-Canada sur cette entente, le Cabinet du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, répond ceci par courriel :

Le projet de DERYtelecom a été choisi dans le cadre des programmes Québec branché et Brancher pour innover du gouvernement fédéral parce que celui-ci permettait de brancher le plus grand nombre de foyers à internet haut débit au meilleur prix. Le projet présenté par Télébec ne respectait pas les critères de ces deux programmes et était inadmissible puisque la solution proposée présentait un taux de chevauchement de près de 100 % sur les infrastructures de transport déjà en place.

Le député des Îles-de-la-Madeleine se désole également de l’entente conclue avec DERYtelecom.

Le gouvernement de la CAQ a signé un mauvais contrat, lance Joël Arseneau. L’internet à pédales aux Îles, ça suffit! On est considéré comme des citoyens de seconde zone. Nos voisins de la Gaspésie ont déjà accès avec la fibre optique à la maison à 1,5 Gbit/sec.

Une pétition déjà déposée

Une pétition signée par plus de 2000 personnes pour réclamer un meilleur service internet à haute vitesse a déjà été déposée à l’Assemblée nationale en septembre. Le mouvement avait été lancé par feu Jacky Poirier et parrainé par le député Joël Arseneau.

Les deux hommes prennent la pose avec les documents de la pétition.

Le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, et l'instigateur de la pétition, Jacky Poirier (archives)

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Jacky Poirier est mort, mais je veux continuer de pousser dans la même direction, lance M. Huard. J’ai envie de rester aux Îles-de-la-Madeleine, mais je n’ai pas envie qu’on rie de moi pour m’offrir un service qui est essentiel aujourd’hui.

Une surcharge de 20 $ pour les Madelinots

De son côté, DERYtelecom soutient que ses tarifs sont très compétitifs, mais que la situation madelinienne est particulière, en raison de l’enjeu des coûts liés à l’alimentation sous-marine de la bande passante entre la Gaspésie et l'archipel.

L'entreprise prévoit à l'heure actuelle rehausser de 20 dollars ses tarifs habituels, offerts ailleurs au Québec, puisque le fournisseur de la bande passante, Télébec, lui facture un montant pour avoir recours à son lien de télécommunications.

Comme le coût est plus élevé pour nous, explique la directrice marketing de DERYtelecom Nathalie Gagnon, il faut ajuster la tarification en conséquence.

Nathalie Gagnon, directrice Communication et Marketing pour DERYTelecom

La directrice marketing pour DERYTelecom, Nathalie Gagnon.

Photo : Radio-Canada / DERYTelecom

À la demande du gouvernement, les deux entreprises ont tenté, sans succès, de négocier pour fournir des tarifs équitables aux insulaires.

La surcharge est absolument inacceptable, affirme le député Joël Arseneau. Le service ne sera pas à la hauteur de la technologie actuelle, mais le prix ne doit pas être supérieur pour un service inférieur. Ça serait absolument inacceptable.

DERYtelecom s’est engagé à offrir des services internet aux mêmes prix que l’ensemble de ses clients au Québec lorsque les coûts de transport sous-marins le permettront.

Nathalie Gagnon précise que les tarifs courants proposés peuvent toujours être réduits grâce à des rabais.

C’est rarement le tarif régulier qui est appliqué, admet Mme Gagnon. On a toujours des promotions en cours.

Une 2e bande passante pour DERYtelecom?

Des discussions sont en cours entre le ministère de l'Économie et de l'Innovation, le Réseau intégré de communications électroniques des Îles-de-la-Madeleine (RICEIM) et DERYtelecom pour trouver une solution.

La stratégie est de travailler avec le RICEIM pour allumer un nouveau lien, explique Nathalie Gagnon, une fibre noire, pour pouvoir transporter notre propre bande passante. L’utilisation de capacité de bande passante excédentaire est aussi une solution à laquelle on travaille.

En mai 2018, l’ex-ministre libérale de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, s’était engagée à soutenir le RICEIM, propriétaire des câbles sous-marins, afin d’offrir un accès à des infrastructures de transport capacitaires à des coûts équitables.

Le Cabinet du ministre actuel de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, répond que les discussions entre le RICEIM et DERYtelecom se poursuivent avec l’objectif d’offrir le meilleur service possible aux Madelinots à des coûts comparables à ceux offerts sur le continent.

De son côté, le président du RICEIM, Claude Cyr, a refusé la demande d'entrevue Radio-Canada. Il s'est contenté d'affirmer que son organisation fait tout ce qu’elle peut pour faciliter l’accès à l’internet à haute vitesse aux Madelinots à un prix équitable.

L'entrée en service de l'internet haute vitesse aux Îles-de-la-Madeleine est prévue le 30 août 2020.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

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