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Où sont allés les 1,3 milliard de dollars en contre-tarifs sur l’acier et l’aluminium?

Des rouleaux d'aluminium dans une usine.

Quand les États-Unis ont imposé des tarifs douaniers de 10 % sur l’aluminium du Canada il y a deux ans, Ottawa a répliqué avec des tarifs semblables.

Photo : iStock

Christian Noël

Le gouvernement du Canada a récolté 1,3 milliard de dollars en contre-tarifs dans sa guerre commerciale sur l’acier et l’aluminium avec les États-Unis, selon les données obtenues par Radio-Canada. Ottawa assure avoir redonné tout cet argent, et même plus, aux entreprises touchées. Cependant, des élus de l’opposition et des syndiqués de l’aluminium remettent ces chiffres en question.

On a l’impression qu’on n’a pas reçu ce qu’on aurait dû recevoir, critique Sylvain Maltais, le président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma. Le secteur de l’aluminium n’a clairement pas été dédommagé au complet de l’imposition des tarifs douaniers par les Américains en 2018 et 2019, assure-t-il.

Selon les calculs effectués par Radio-Canada, seulement 474 millions de dollars versés par Ottawa peuvent être liés directement à des programmes créés spécifiquement pour répondre à la guerre de tarifs, ce qui comprend 263 millions de dollars dans le Fonds stratégique pour l'innovation. De cette somme, moins de 10 % (25 millions de dollars) ont été versés aux alumineries qui en ont fait la demande.

Guerre des tarifs

Quand les États-Unis ont imposé des tarifs douaniers de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium du Canada il y a deux ans, Ottawa a répliqué par des tarifs semblables sur ces deux produits. Le Canada avait également taxé une série d’autres produits américains, comme le bourbon, le jus d’orange et les machines à laver.

Ces contre-mesures canadiennes ont été en place durant 321 jours, du 1er juillet 2018 au 18 mai 2019. Le Canada a récolté 1,3 milliard de dollars en surtaxe durant cette période, selon les données obtenues par Radio-Canada.

Redonner tout l’argent aux entreprises

Le gouvernement fédéral avait promis que ces sommes allaient retourner aux entreprises qui avaient souffert de la guerre commerciale avec Washington. Ottawa avait d’ailleurs mis en place une série de mesures pour limiter l’impact de ces tarifs douaniers sur les entreprises et les travailleurs canadiens :

  • Un programme de remboursement aux entreprises qui ont payé la surtaxe américaine;
  • Fonds stratégique d’innovation pour l’acier et l’aluminium;
  • Une aide aux travailleurs pour la formation et éviter les mises à pied;
  • Du soutien aux PME qui utilisent l’acier et l’aluminium;
  • Des prêts commerciaux et d’assurance.

Le bureau du ministre des Finances Bill Morneau estime que, depuis 2018, ces programmes ont permis de remettre 1,348 milliard de dollars dans les coffres des entreprises canadiennes, soit une somme plus importante que le 1,3 milliard récolté en contre-tarifs.

Comme nous l’avons toujours dit, l’argent récolté grâce aux tarifs sera reversé aux secteurs de l’acier et de l’aluminium, souligne Pierre-Olivier Herbert, l’attaché de presse du ministre des Finances.

Nous sommes fiers d’avoir pu faire enlever les tarifs américains injustifiés, indique-t-il, et nous continuerons de collaborer avec les secteurs afin de protéger les intérêts du Canada dans un contexte commercial mondial difficile. Des montants supplémentaires pourraient être versés au cours des deux prochaines années, fait-il valoir.

Cependant, des élus et des syndiqués du secteur de l’aluminium au Québec ne voient pas les choses de la même façon.

Des sommes qui se font toujours attendre

Le président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium se dit surpris des chiffres fournis par Ottawa. Selon Sylvain Maltais, les calculs effectués par le ministère des Finances ne tiennent pas la route.

Par exemple, le ministère des Finances inclut dans son calcul deux programmes de prêts commerciaux et d’assurance de la Banque de développement du Canada (BDC) et d’Exportation et développement Canada (EDC). Or, ce sont des programmes déjà existants, offerts à tous, qui ne visent donc pas spécifiquement les entreprises touchées par la guerre de tarifs.

C’est difficile pour nous d’avoir une reddition de compte très claire de la part du gouvernement fédéral.

Sylvain Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium

Ce que nous demandons depuis le début, poursuit-il, c’est que l’ensemble du 1,3 milliard en contre-tarifs aille à l’acier et à l’aluminium, ce qui ne semble pas être le cas.

Le reste de l’argent, il est où?

Le député du Bloc québécois Mario Simard déplore cette façon un peu comptable employée par Ottawa pour arriver à ses fins, pour dire qu’ils ont tout redistribué, alors que ce n’est pas le cas.

C’est un peu fallacieux de dire que c’est le retour du milliard en contre-tarifs. On est loin d’être là. C’est une explication tarabiscotée. Le reste de l’argent, il est où?

Mario Simard, député du Bloc québécois

Le gouvernement estime pour sa part que l’appui aux secteurs manufacturiers et les mesures pour protéger les intérêts des travailleurs et entreprises du Canada dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium devraient être pris dans leur ensemble et ne pas se limiter à l’aide directe.

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