•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Procès Trump : les démocrates tentent de crever l'abcès Biden de façon préventive

Deux manifestants devant les marches du Capitole tenant des pancartes qui disent: «La tromperie de Trump est hors de tout doute raisonnable» et «Que cachez-vous?».

Un couple manifeste son opposition à Donald Trump devant les marches du Capitole.

Photo : Reuters / Sarah Silbiger

Tentant de réfuter à l'avance l'argument que ne manqueront pas de marteler les avocats du président Trump, les procureurs démocrates ont abordé de front une question délicate : les accusations qu'il porte contre l'ex-vice-président démocrate et adversaire politique potentiel Joe Biden.

Les responsables de la mise en accusation ont amorcé jeudi la portion constitutionnelle de leurs plaidoiries en se concentrant d'abord sur le chef d'accusation d'abus de pouvoir retenu contre le président Trump.

Ils se sont longuement attardés à l'une des deux enquêtes demandées par le président Trump à son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors de leur appel du 25 juillet – celle sur Joe Biden –, une requête qui est au cœur du procès en destitution.

Présentant un graphique montrant l'évolution de sondages de Fox News, la démocrate Sylvia Garcia a soutenu que le président Trump et son avocat personnel, Rudy Giuliani, avaient commencé à promouvoir un récit dommageable à Joe Biden au moment où les sondages réalisés dès le printemps 2019 montraient que celui-ci le devançait dans les intentions de vote.

Graphique montrant l'évolution des intentions de vote dans des sondages de Fox News opposant Donald Trump à Joe Biden, en tête, de mars à décembre 2019.

Les démocrates soutiennent que le président Trump a voulu nuire à un adversaire potentiel qui risque de le battre aux urnes.

Photo : Associated Press

Donald Trump accuse son adversaire potentiel de la présidentielle de 2020 d'avoir exigé le départ d'un procureur ukrainien pour protéger les intérêts financiers de son fils Hunter qui, de 2014 à 2019, a siégé au conseil d'administration de la société gazière ukrainienne Burisma. Le propriétaire de l'entreprise a un temps fait l'objet d'une enquête pour corruption.

Les avocats du président Trump auront le dernier mot dans les plaidoiries d'ouverture, et il n'y a nul doute que Joe Biden, candidat à la course à l'investiture démocrate, et son fils Hunter seront au centre de leur argumentation.

À coups de rappels et de témoignages, la démocrate Sylvia Garcia a tenté d'opposer un argument préventif, se portant à la défense de l'ancien vice-président qui était responsable de l’administration Obama dans le dossier ukrainien et dénonçant des allégations sans fondement.

Sous l'ex-procureur ukrainien Viktor Chokine, qui était lui-même accusé de corruption par les militants ukrainiens anticorruption, le dossier Burisma était inactif, a-t-elle affirmé, et le limoger, comme le demandait Joe Biden, augmentait au contraire les probabilités que l'entreprise fasse l'objet d'un examen minutieux.

Sylvia Garcia a notamment rappelé que Joe Biden avait agi de concert avec la communauté et les institutions financières internationales, et a ajouté qu'il n'avait fait que mettre en œuvre la politique étrangère officielle des États-Unis soutenue par les deux partis.

S'adressant aux reporters durant les pauses, l'avocat personnel du président, Jay Sekulow, a affirmé que les démocrates avaient ouvert la porte à des critiques sur les Biden. Accusant les démocrates d'offrir des arguments répétitifs, il a en outre promis d'opposer une défense vigoureuse [...] en faveur du président, du bureau de la présidence et de la Constitution.

Giuliani, joueur central de la campagne en Ukraine

Plusieurs responsables de la mise en accusation ont en outre fait de Rudy Giuliani l'une des cibles de cette journée, rappelant que le président Trump avait explicitement indiqué à son homologue ukrainien au cours de l'appel au centre de la controverse que son avocat personnel le contacterait.

Des témoins, dont l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland, ont indiqué que le président leur avait lui-même ordonné de passer par Rudy Giuliani pour ce qui concernait le dossier ukrainien.

À l'instar de plusieurs témoins qui l'avaient présenté comme le chef d'orchestre de la campagne menée auprès de responsables ukrainiens, les démocrates ont insisté sur le rôle joué en coulisses en Ukraine dès le printemps 2019 par l'homme de confiance du président, tant pour obtenir de responsables ukrainiens des informations dommageables à Joe Biden que pour convaincre les autorités ukrainiennes de mener des enquêtes qui seraient bénéfiques à son client.

Ils ont ainsi présenté des extraits d'entrevues accordées à Fox News par Rudy Giuliani, cité des déclarations qu'il a faites aux médias et lu des messages qu'il a échangés avec Lev Parnas, l'un de ses deux acolytes dans le dossier ukrainien.

Accusé par la justice américaine d'avoir violé la loi sur le financement électoral, Lev Parnas a récemment soumis une série de documents au Comité du renseignement, dont les responsables de la mise en accusation se sont servis dans leurs plaidoiries.

Rudy Giuliani regardant vers la gauche un animateur de Fox News, qui n'est pas dans l'angle de la caméra.

Les démocrates ont fait jouer des extraits d'entrevues accordées dans les derniers mois par Rudy Giuliani à Fox News.

Photo : Associated Press / Service de télévision du Sénat

Ils ont notamment montré une lettre datée du 10 mai 2019, envoyée par Rudy Giuliani au président Zelensky, qui venait tout juste d'être élu.

En spécifiant qu'il représente le citoyen Trump à titre personnel, Rudy Giuliani y sollicite une rencontre avec le consentement [du président Trump]. Ce dernier martèle depuis des mois qu'il a réclamé des enquêtes à l'Ukraine dans l'intérêt des États-Unis.

En matinée, Rudy Giuliani s'est par ailleurs tourné vers Twitter pour critiquer les démocrates, accusant au passage la famille Biden d'avoir fait des millions en monnayant l'accès aux pouvoirs publics. Je vais maintenant commencer à révéler les preuves directement à vous, le Peuple, a-t-il soutenu, ajoutant plus tard qu'il le ferait dès vendredi.

Le rôle de la Russie

Citant les conclusions des services de renseignement américains, mais aussi un rapport du Comité judiciaire du Sénat, Sylvia Garcia s'en est aussi prise à la théorie du président selon laquelle c'est l'Ukraine qui a piraté les serveurs démocrates pendant la campagne présidentielle de 2016 et non la Russie.

Pour renforcer son argument, elle a fait jouer un extrait d'une entrevue d'un ancien conseiller du président Trump en matière de sécurité intérieure, Tom Bossert, qui blâmait Rudy Giuliani pour avoir martelé cette théorie complètement déboulonnée dans sa tête. Un autre extrait montrait le directeur du FBI, Christopher Wray, lui aussi mettre à mal cette théorie.

Les démocrates ont également présenté un passage du témoignage de Fiona Hill, l'ex-conseillère sur la Russie et l'Ukraine au sein du Conseil de sécurité nationale (NSC) des États-Unis.

Il s'agit d'un récit fictif qui a été concocté et propagé par les services de sécurité russes eux-mêmes, avait-elle martelé.

Concluant le plaidoyer démocrate, Adam Schiff a interpellé les sénateurs.

Donald Trump a préféré croire Rudy Giuliani aux services de renseignement, au directeur du FBI et aux conseillers de la sécurité nationale, a-t-il asséné. « Cela le rend dangereux pour nous. Pour notre pays. »

Si la vérité n'a pas d'importance, nous sommes perdus. Les auteurs de la Constitution ne pourraient pas nous protéger contre nous-mêmes si le droit et la vérité n'ont pas d'importance. [...] Et, vous le savez, vous ne pouvez pas faire confiance à ce président pour faire ce qui est juste pour ce pays.

Adam Schiff, responsable en chef de la mise en accusation

Au terme de la présentation s'étant échelonnée sur 9 h 30, Adam Schiff a invité les sénateurs à relire la transcription de l'appel Trump-Zelensky, évoquant les mots martelés depuis des mois par Donald Trump, disant qu'ils avaient maintenant tout le contexte pour mieux comprendre les requêtes du président à son homologue.

Personne n'avance véritablement l'argument que Donald Trump ne ferait jamais une telle chose, a-t-il martelé en évoquant le chef d'accusation d'abus de confiance, parce que - bien sûr - nous savons qu'il le ferait et – bien sûr – nous savons qu'il l'a fait.

Les mots des alliés du président utilisés comme arguments

Jerry Nadler parle dans un micro posé sur un lutrin.

L'un des responsables de la mise en accusation, le représentant démocrate Jerry Nadler, plaide sa cause au Sénat.

Photo : Associated Press / Service de télévision du Sénat

Le président du Comité judiciaire de la Chambre des représentants, Jerrold Nadler, avait ouvert les plaidoiries en arguant que l'abus de pouvoir était passible de destitution, de l'avis des experts.

Abus. Trahison. Corruption. Voilà les principaux délits que les [pères fondateurs] craignaient le plus. L'abus de pouvoir du président, sa trahison de l'intérêt national et sa corruption de nos élections se qualifient pleinement comme délits graves et dangereux, a-t-il lancé.

Ce que Donald Trump a fait mérite une telle condamnation, a-t-il plaidé, accusant le président d'avoir mis ses intérêts personnels avant ceux des États-Unis.

Cette conduite n'est pas “l'Amérique d'abord”. C'est “Donald Trump d'abord.”

Jerry Nadler, responsable de la mise en accusation

Le président Trump a clairement indiqué, par des paroles et des actes, qu'il persistera dans cette voie s'il n'est pas destitué, a-t-il lancé.

Après avoir présenté des extraits des témoignages des constitutionnalistes invités devant le Comité judiciaire de la Chambre lors de la procédure de destitution, en décembre 2019, Jerry Nadler a utilisé les mots d'alliés du président pour marteler son argument.

Il a notamment fait jouer un extrait d'une entrevue du constitutionnaliste Alan Dershowitz, membre de l'équipe de défense du président. En 1998, il disait qu'il n'était pas nécessaire qu'un président ait commis un crime pour être destitué. Il défend désormais le contraire.

M. Nadler a également présenté un extrait montrant l'un des plus farouches alliés du président, le sénateur Lindsay Graham qui, en 1999, lors du procès en destitution du démocrate Bill Clinton, était l'un des représentants de la Chambre responsables de la mise en accusation.

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les crimes et délits graves ne sont pas et ne peuvent pas être limités aux violations du Code pénal, avait alors allégué le représentant républicain devant le Sénat.

La journée de vendredi – la dernière des plaidoiries démocrates – sera consacrée au deuxième chef d'accusation retenu, soit celui d'entrave au travail du Congrès.

Des plaidoiries de la défense plus courtes?

Les avocats du président Trump succéderont aux démocrates dès samedi. Selon CNN, ils n'utiliseront que deux des trois jours auxquels ils ont droit pour leurs plaidoiries.

Des médias avancent aussi que les audiences de samedi pourraient durer moins de 8 h et se tenir en matinée.

Mardi, les sept responsables de la mise en accusation démocrates ont amorcé leurs plaidoiries par la présentation des résultats de l'enquête menée par des comités de la Chambre des représentants.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique américaine

International