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Le Canada chute au palmarès des pays les moins corrompus de Transparency International

« Le Canada devient une juridiction populaire pour blanchir des actifs illégitimes, faire des affaires par l’entremise de sociétés anonymes et ne pas payer d’impôts », assène l'organisation dans son plus récent classement des pays

Sami Bebawi marche dans le couloir du palais de justice de Montréal.

Sami Bebawi, ex-cadre de SNC-Lavalin, a été reconnu coupable de fraude et de corruption le 15 décembre dernier.

Photo : Ivanoh Demers

François Messier

« Le Canada demeure le pays le moins corrompu des Amériques, mais il n’en devient pas moins une destination de plus en plus populaire pour s’adonner à du blanchiment d’argent », conclut l'organisation.

L'Indice de perception de la corruption (IPC), que l’organisation basée à Berlin établit en consultant des gens d’affaires et des experts, place désormais le Canada au 12e rang de son palmarès 2019 des pays les moins corrompus. Il était 9e l'an dernier.

Avec un IPC de 77 sur une échelle de 0 (très corrompu) à 100 (très propre), le Canada demeure le pays le mieux classé des Amériques devant l’Uruguay (21e rang, IPC de 71), les États-Unis (23e rang, IPC de 69) et le Chili (26e rang, IPC de 67).

Le pays n’en est pas moins épinglé par l’organisation indépendante basée à Berlin, puisqu’il est l’un de ceux dont la note globale a chuté le plus fortement au cours des dernières années.

L’IPC du Canada a en fait chuté de 4 points depuis 2018, et de 7 points depuis 2012. Seule l’Australie fait pire avec une chute de 8 points au cours des sept dernières années.

Le Canada se retrouve ainsi dans un groupe de 21 pays dont la note a baissé de façon significative au cours de cette période, contre 22 pays désormais beaucoup mieux perçus.

Une destination populaire pour blanchir de l'argent

Au cours des dernières années, le problème de blanchiment d’argent du Canada […] s’est retrouvé sous le feu des projecteurs, explique Transparency International.

Ce phénomène s’appelle le snow washing ajoute-t-elle : placez votre argent au Canada, et il sera blanchi comme de la neige blanche et pure.

Le Canada devient une juridiction populaire pour blanchir des actifs illégitimes, faire des affaires par l’entremise de sociétés anonymes et ne pas payer d’impôts.

Extrait du rapport de Transparency International

Elle cite en exemple le dossier E-Pirate, impliquant une société-écran qui aurait blanchi des centaines de millions de dollars en provenance de la Chine.

Quatre ans après le début d’une enquête, et deux ans après le dépôt d’accusations contre la firme Silver International et ses propriétaires, Caixuan Qin et Jain Jun Zhu, le Service des poursuites pénales du Canada a abandonné le dossier.

L'affaire SNC-Lavalin contribue à la chute

Transparency International souligne en outre que le Canada contribue à la corruption à l’étranger.

Elle en tient pour preuve un rapport de l’OCDE concluant que le pays ne se conforme plus que de façon limitée à la Convention sur la lutte contre la corruption d'agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales.

Le dossier de SNC-Lavalin, qui a été l'un des thèmes dominants de l'actualité politique l'an dernier, a aussi retenu l'attention de l'organisation.

L’application relâchée des lois contre la corruption est évidente dans le dossier de SNC-Lavalin [...] qui aurait présumément payé 48 millions de dollars US en pots-de-vin à des responsables libyens, ajoute encore Transparency International.

SNC-Lavalin Construction a en fait admis avoir commis une fraude dans cette affaire le 18 décembre dernier et a écopé d’une amende de 280 millions de dollars.

L'accusation de corruption portée contre elle et deux autres de ses filiales a toutefois été abandonnée.

Quelques jours plus tôt, un ex-cadre de SNC-Lavalin, Sami Bebawi, avait été reconnu coupable d’avoir orchestré un stratagème de fraude et de corruption impliquant le régime de Mouammar Kadhafi. Il a écopé de huit ans et demi de prison.

Entre le Danemark et la Somalie

Selon Transparency International, les pays les moins corrompus de la planète sont le Danemark, la Nouvelle-Zélande et la Finlande. La Syrie, le Soudan du Sud et la Somalie sont les pays qui le sont le plus.

À l'échelle de la planète, l'organisation note toutefois qu'un nombre stupéfiant de pays se sont peu ou pas améliorés en matière de lutte contre la corruption ces dernières années.

Notre analyse suggère que réduire l'influence des gros capitaux et promouvoir des prises de décisions plus inclusives sur le plan politique sont des éléments essentiels pour endiguer la corruption.

Extrait du rapport de Transparency International

De Santiago au Chili à Beyrouth au Liban, en passant par de nombreux autres pays, des millions de personnes se rassemblent pour dénoncer la corruption de leur gouvernement, souligne-t-elle.

Qu'il soit question de fraude au plus haut niveau d'un gouvernement ou d'une petite corruption empêchant l'accès à des services publics de base, comme les soins de santé ou l'éducation, les citoyens en ont assez de leurs leaders corrompus.

Les politiques publiques et les ressources [qui y sont consacrées] ne devraient pas être déterminées par la puissance économique ou l'influence politique, mais par des consultations justes et des allocations budgétaires impartiales, poursuit-elle.

Au total, plus des deux tiers des 180 pays étudiés se retrouvent avec un IPC inférieur à 50. La moyenne globale est de 43.

Avec un IPC de 69, en baisse de 2 points, les États-Unis récoltent leur pire résultat des huit dernières années, une situation que Transparency International impute en partie à l'administration Trump.

Le système de pouvoirs et contre-pouvoirs est menacé, l'influence des groupes d'intérêt est plus grande que jamais et l'utilisation de sociétés-écrans par des criminels, des individus corrompus et même des terroristes pour dissimuler leurs activités constitue un défi.

Si le président Donald Trump a fait campagne en promettant d'assécher le marais et de faire en sorte que le système fonctionne pour tout un chacun, il ne semble pas y être parvenu.

Une série de scandales, de démissions et d'allégations de comportements non éthiques suggère qu'une culture du "payer pour jouer" n'est devenue que plus enracinée.

Extrait du rapport de Transparency International

Le rapport épingle aussi Malte, toujours embourbée dans la corruption, et le Brésil, victime des ingérences du président Jair Bolsonaro dans les organes anticorruption.

Parmi les reculs [au Brésil], signalons une injonction de la Cour suprême qui paralyse le système anti-blanchiment d'argent et une enquête illégale qui a visé secrètement des responsables de l'application des lois, souligne l'organisation.

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