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Les pêches : quand le marché va, tout va

Différents poissons sur un étalage

Un étalage dans une poissonnerie

Photo : Emily Miller/Pixabay

Sur le plan économique, l'industrie des pêches ne s'est jamais si bien portée.

Ça fait quelques années que la pêche va relativement bien. Les captures sont au rendez-vous, les prix sont au rendez-vous. On a un produit d’excellente qualité. Cette phrase du conseiller à l’exportation pour GIMXport, André-Pierre Rossignol, tous les membres de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche auraient pu la prononcer.

Le contexte économique est favorable : l’économie américaine fait bonne figure et le taux de change favorise les exportations canadiennes.

Les chiffres sont d’ailleurs là pour le démontrer.

En 2016, la valeur totale de la production de produits marins au Québec se chiffrait à 550 millions de dollars, selon l’étude réalisée par Jean-Philippe Brosseau, directeur principal, services-conseil chez Raymond Chabot Grant Thornton.

Les exportations, qui s’élevaient à 215 millions en 2015, atteignaient 423 millions en 2017. En fait, la valeur des expéditions augmente principalement en raison des prix.

Entre 2010 et 2016, l’augmentation de la valeur des produits marins a généré des hausses de 42 % pour les transformateurs. Ce sont toutefois les pêcheurs qui ont tiré le ticket gagnant avec des hausses de la valeur de leurs produits de 76 %.

Retombées de la transformation

Pour évaluer les retombées économiques de cette croissance, Jean-Philippe Brosseau a réalisé une enquête auprès de 15 propriétaires d’usines qui, à eux seuls, réalisaient 75 % du chiffre d’affaires de la transformation des produits marins.

De la morue en lanières dans une usine de transformation de poisson.

De la morue.

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Entre 2014-2018, leurs revenus sont passés de 276 millions de dollars à 408 millions de dollars, soit une hausse de 48 %. Il s’agit d’un taux de croissance de 10 % par année. Peu de secteurs du domaine alimentaire peuvent se vanter d'avoir connu une telle performance.

Les transformateurs ont su absorber la hausse du coût de leur matière première en diminuant leurs frais d’exploitation, ce qui n’a pas empêché leur marge bénéficiaire de chuter, passant de 28 % en 2015 à 17 % en 2018. Ça demeure néanmoins une industrie très rentable.

Le secteur permet de soutenir l’équivalent de 4000 emplois à temps plein dans l’ensemble du Québec, mais principalement sur la Côte-Nord, aux Îles-de-la-Madeleine et en Gaspésie.

Cette petite industrie, à l’échelle du Québec, demeure donc cruciale en Gaspésie et dans l’archipel madelinot et dans plusieurs communautés de la Côte-Nord.

La demande américaine

Le marché américain, qui a permis d’assurer la croissance du secteur au cours des dernières années, ne devrait pas faire faux bond cette année.

La plupart des acteurs s’entendent pour dire que les menaces d’embargo qui pèsent sur son principal marché d’exportation, les États-Unis, ne risquent pas de se réaliser à court terme.

Entre 75 et 80 % des ventes se font chez nos voisins du sud.

Le Seafood Expo North America, la grande messe des importateurs et exportateurs de produits marins, qui se déroule chaque année à Boston, s’ouvrira dans quelques semaines et les transformateurs québécois ne feront pas défaut d’y être. Boston-Gaspé, Boston-Montréal, c’est presque la même chose. Le marché du nord-est des États-Unis, c’est presque notre marché domestique , commente M. Rossignol.

Marché de poisson

Foire commerciale de produits de la mer à Boston

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Les prix s’annoncent encore très bons, cette année. C’est à niveaux records. Ça fait trois ans qu’on se dit que ça va tomber, mais c’est un produit de luxe, c’est prisé et recherché. La demande est plus importante que l’offre, donc les prix continuent d’augmenter , commente le président de l’AQIP, Bill Sheehan.

Tout n’a pas toujours été rose.

Sur le marché mondial

Les années qui ont suivi la crise économique de 2008 ont été marquées par une forte baisse de la demande américaine.

Les industriels de la pêche du Québec ont tenté de percer d’autres marchés, comme l’Europe et l’Asie, avec plus ou moins de succès. Des ventes intéressantes ont été effectuées par des industriels gaspésiens en Espagne ou en Corée du Sud, notamment pour le buccin.

Poissons et mollusques sur glace

Des poissons et fruits de mer présentés au Salon mondial des produits de la mer de Qingdao, en Chine, en 2015.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

La Chine, que plusieurs espéraient conquérir, s’est avérée un marché plus difficile que prévu. Barrière de langue. Barrière de culture. Ce n’est pas le premier choix de personne. Ce n’est pas évident de faire des affaires là-bas, commente M. Rossignol. La Chine, c’est 20 Canada dans un même pays. Il faut apprivoiser tout ça. Il faut qu’ils nous apprivoisent aussi.

Unipêches MDP et Gaspé Cured ont tout de même réussi à faire des affaires là-bas.

Pierre-André Rossignol croit, malgré l’embellie du marché américain, que les industriels québécois de la pêche ont tout intérêt à continuer ce travail de développement de marché. On n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise économique. Ça serait dommage d’avoir perdu nos entrées dans d’autres pays, qu’on a mis des années à travailler.

La dépendance envers le marché américain reste donc un facteur d’instabilité.

Le marché local

Le directeur de la mise en marché pour Sobeys, Stéphane Bergeron, croit que les transformateurs auraient intérêt, afin de stabiliser leurs ventes, à développer un peu plus leur marché domestique. Quand, dit-il, on développe un marché domestique, c’est un marché qui est stable et c’est une sécurité importante.

À l’inverse, des frontières qu’on n'attendait pas peuvent s’élever. On l’a vu dans le porc avec le marché chinois, relève Stéphane Bergeron.

Les transformateurs, explique Bill Sheehan, ont des bureaux de vente au Québec et négocient aussi des ventes sur le marché local.

Un étalage de divers poissons

Un étalage de divers poissons

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Par contre, dit-il, le marché est mondial et la concurrence entre les transformateurs pour garantir l’approvisionnement de leurs usines passe par le prix versé aux pêcheurs. Et ces prix n’ont pas arrêté de grimper au cours des dernières années.

Je ne peux pas vendre moins cher que dans d’autres pays, fait valoir l'homme d'affaires, mais aux mêmes prix, je vais privilégier le marché du Québec et probablement que 100 % des membres de l’AQIP vont privilégier le marché québécois. On est tous très fiers d’être Québécois et on encourage nos vendeurs à faire des efforts supplémentaires pour vendre nos produits au Québec. Mais les Japonais débarquent, ils veulent le plus beau, le meilleur et plus encore. Tu veux donner plus à tes employés, donner plus aux pêcheurs, donc on n’a pas le choix de vendre le plus cher qu’on peut.

Stéphane Bergeron croit malgré tout que l’industrie québécoise serait en mesure de développer des produits à valeur ajoutée, vendus 365 jours par année. C’est un point important. On est en janvier. Chercher des fruits de mer du Québec. C’est un défi. Il faut développer le bon produit pour le consommateur et si le consommateur a le bon produit, le prix que l’exportation va payer, on va être capable de le payer dans le marché domestique.

Les consommateurs sont déjà prêts à payer un peu plus cher pour les produits locaux et c’est, observe-t-il, une tendance très lourde du marché.

La pénurie de main-d’oeuvre dans les usines de transformation de produits marins n’est pas un problème, selon lui. On a différents partenaires transformateurs aujourd’hui et si on leur garantit l’approvisionnement de la matière brute, ceux-ci peuvent la transformer et la vendre dans notre réseau.

M. Bergeron constate une ouverture des industriels de la pêche.

Sobeys, qui compte 295 magasins IGA au Québec, souhaite travailler de manière plus importante avec les transformateurs de produits marins du Québec.

Un homard sur une cage de pêche

Un homard gaspésien

Photo : Marie Morneau, ARP

Déjà, le homard gaspésien et son identifiant comme valeur ajoutée, qui s’inscrivent directement dans cette tendance vers l’achat local, remportent un vif succès. Le représentant de la chaîne avoue qu’une des raisons de son passage à l’AQIP était justement de garantir son approvisionnement pour le printemps prochain et il va payer le prix demandé.

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