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Le Myanmar doit empêcher un génocide des Rohingyas, ordonne La Haye

Aung San Suu Kyi est debout dans la salle d'audience, entourée d'autres responsables birmans.

Leader du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi a elle-même pris la parole devant les 17 juges de la Cour internationale de justice, en décembre.

Photo : Getty Images / AFP/KOEN VAN WEEL

Agence France-Presse

La Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné jeudi au Myanmar de prendre « toutes les mesures » en son pouvoir pour prévenir un éventuel génocide à l'encontre de la minorité musulmane des Rohingyas.

La Cour basée à La Haye, aux Pays-Bas, a accordé une série de mesures d'urgence requises par la Gambie, qui accuse le Myanmar d'avoir violé la Convention des Nations unies de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, ce que rejette la cheffe de facto du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi.

Le juge président Abdulqawi Ahmed Yusuf a déclaré que l'ex-Birmanie doit prendre toutes les mesures en son pouvoir afin de prévenir la commission de tout acte entrant dans le champ d'application de cette convention.

Ces actes comprennent notamment le meurtre de membres du groupe rohingya et la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle.

La Cour est d'avis que les Rohingyas au Myanmar restent extrêmement vulnérables, a ajouté le juge.

La CIJ a ordonné au Myanmar de lui fournir un rapport sur les mesures prises pour exécuter son ordonnance dans les quatre mois, puis tous les six mois.

Trois juges sont assis.

Abdulqawi Ahmed Yusuf (au centre) a présidé les audiences de la Cour internationale de justice.

Photo : Getty Images / AFP / Robin Van Lonkhuijsen

Dans un communiqué publié un peu plus tard, le ministère birman des Affaires étrangères a insisté sur le fait qu'il n'y a pas eu de génocide dans l'État de Rakhine.

Il est important pour le Myanmar que la Cour rende une décision factuellement correcte sur le fond de l'affaire. La condamnation sans fondement du Myanmar par certains acteurs des droits humains a présenté une image déformée de la situation à Rakhine.

Le ministère birman des Affaires étrangères

Dans un texte d'opinion publié dans le journal Financial Times peu avant l'annonce de la décision de la CIJ, Aung San Suu Kyi a déclaré que les réfugiés rohingyas ont peut-être exagéré les abus commis à leur encontre, tout en reconnaissant qu'une enquête interne de son pays a conclu que quelques militaires avaient bien commis des crimes de guerre.

La commission mandatée par le gouvernement birman avait cependant conclu que l'armée n'était pas coupable de génocide.

Le système de justice international n'est peut-être pas encore équipé pour filtrer les informations trompeuses avant que des ombres d'incrimination ne soient projetées sur des nations et des gouvernements entiers.

Aung San Suu Kyi, leader du gouvernement birman, dans un texte d'opinion

C'est la Gambie, à majorité musulmane, qui avait demandé à la Cour d'ordonner des mesures d'urgence dans l'attente d'une décision finale concernant cette affaire, qui pourrait prendre des années.

C'est une journée historique, non seulement pour le droit international et pour la communauté internationale, mais surtout pour les Rohingyas, a réagi le ministre gambien de la Justice Abubacarr Tambadou.

Abubacarr Tambadou est entouré de journalistes, qui lui tendent des micros.

Le ministre gambien de la Justice, Abubacarr Tambadou, s'est réjoui de la décision de la Cour internationale de justice.

Photo : Reuters / Eva Plevier

Des groupes de défense des droits de la personne ont également salué l'ordonnance des juges.

Tun Khin, président de Burmese Rohingya Organisation UK, a aussi qualifié la décision des juges de résultat historique pour la minorité musulmane. La communauté internationale doit faire pression pour que le Myanmar se conforme à ces mesures conservatoires, sinon les Rohingyas seront encore plus détruits, a-t-il martelé.

Il s'agit d'un coup dur pour Aung San Suu Kyi et sa politique anti-rohingya, a estimé Anna Roberts, directrice exécutive de l'ONG Burma Campaign UK.

Cette décision envoie un message aux hauts fonctionnaires birmans : le monde ne tolérera pas leurs atrocités, a prévenu le directeur régional d'Amnistie internationale, Nicholas Bequelin.

Plan rapproché de Me Schabas à l'extérieur.

L'avocat canadien William Schabas représentait le Myanmar. Le gouvernement canadien appuyait cependant la Gambie.

Photo : Reuters / Eva Plevier

Des groupes civils birmans soutiennent les accusations

Dans une rare déclaration commune, mercredi, plus de 100 organisations de la société civile birmane ont exprimé leur soutien aux accusations portées devant la CIJ contre leur pays.

Selon ces organisations, le système judiciaire interne du Myanmar n'est pas en mesure de rendre des comptes et a simplement permis aux coupables de continuer à commettre des actes de violence en toute impunité.

Un porte-parole de l'armée birmane n'a pas souhaité répondre aux questions des journalistes sur le sujet jeudi matin à Naypyidaw, déclarant que celle-ci suivrait les instructions du gouvernement.

Aung San Suu Kyi a marqué l'histoire de la CIJ, plus haute instance judiciaire de l'ONU, en assurant elle-même la défense du Myanmar lors d'audiences à la mi-décembre.

Très critiquée par la communauté internationale pour son silence dans cette affaire, Aung San Suu Kyi a fermement rejeté devant la CIJ les accusations selon lesquelles l'armée avait agi avec une intention génocidaire.

La lauréate du prix Nobel de la paix a aussi mis en garde contre une procédure susceptible de saper la réconciliation des communautés au Myanmar.

On voit un homme qui transporte une jeune fille sur son dos. Un garçon marche à côté d'eux.

Le 6 septembre 2017, une famille rohingya du Myanmar qui a traversé la frontière pour se réfugier au Bangladesh attend d'être transportée dans un camp.

Photo : Unicef

Les décisions de la CIJ, fondée en 1946 pour régler les litiges entre États, sont contraignantes et ne sont pas susceptibles d'appel. La Cour n'a cependant aucun moyen de les faire appliquer.

Le Myanmar est mis en cause dans d'autres procédures dans cette affaire, devant la Cour pénale internationale (CPI), qui poursuit des individus, et en Argentine.

Depuis août 2017, environ 740 000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh pour fuir les exactions de militaires birmans et de milices bouddhistes, qualifiées de génocide par des enquêteurs de l'ONU.

Quelque 600 000 Rohingyas restent également confinés dans des camps et des villages au Myanmar, ne pouvant en partir qu'avec autorisation. Beaucoup ont cherché au fil des années à gagner la Thaïlande ou la Malaisie.

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