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Quand des aînés sont victimes d'intimidation

Il n'y a pas que les écoliers qui subissent de l'intimidation. Des personnes âgées en résidence en vivent aussi. Un phénomène méconnu et encore tabou.

Les aînés à risque de développer des problèmes de toxicomanie

Photo : getty images/istockphoto / SIphotography

« Hé, t’es pas vite là! Dépêche. On attend toujours après la même. » Des aînés sont attroupés près de l’ascenseur de la résidence où ils habitent. Ils s’impatientent, encore, devant la lenteur d’une résidente qui se déplace à l’aide d’un déambulateur.

Cette scène est fictive, mais elle pourrait bien exister dans la réalité. Il s'agit d'un cas classique d’intimidation chez les aînés, selon Marie Beaulieu, professeure titulaire de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées de l’Université de Sherbrooke, qui étudie la question.

Comme à l'école, des cliques peuvent se former dans les résidences pour personnes âgées, les habitations à loyer modique pour aînés et les centres communautaires. Des aînés sont mis à l’écart.

Ça ne fait pas tellement d'années qu'on a réalisé que le phénomène de l’intimidation, ça ne se résumait pas juste au système scolaire ou aux enfants. Ça concerne aussi les adultes, les aînés.

Marie Beaulieu, professeure et chercheuse à l'Université de Sherbrooke

Selon Marie Beaulieu, trois types de lieux ou de contextes semblent plus propices à l’intimidation dans les milieux collectifs fréquentés par les aînés : autour des ascenseurs (en période d’affluence, à l’heure des repas, par exemple), à la salle à manger et lors d’activités de loisir, particulièrement compétitives.

Les jeux de pétanque, par exemple, on veut gagner. Le jeu de bridge, on ne souhaite pas nécessairement initier quelqu'un qui est moins rapide que nous, explique-t-elle.

Un phénomène méconnu

Aucune étude québécoise n’a encore mesuré l’ampleur du problème. Mais selon des études américaines, jusqu’à 60 % des aînés pourraient en avoir été victimes, rapporte Marie Beaulieu. La prévalence dépend des milieux de vie, dit-elle. Parce que j’insiste, ça peut se passer dans tous les milieux. Pas seulement dans les résidences pour aînés.

L'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et pré-retraitées (AQDR) reçoit de plus en plus d’appels de personnes âgées intimidées. Le regroupement a publié en 2018 un guide pour prévenir l’intimidation chez les aînés.

Les gens qui nous appellent ne disent pas qu'ils sont intimidés, explique la présidente de l’AQDR Judith Gagnon. Ils disent qu'ils vivent certaines choses avec d'autres personnes. Mais on décode facilement que c'est de l'intimidation.

Intimidation ou maltraitance?

L’intimidation envers les personnes aînées s’inscrit principalement dans un rapport de force (p. ex., par la force physique ou par la force du nombre), de pouvoir (p. ex., une préposée est en situation de pouvoir sur les personnes dont elle prend soin) ou de contrôle (p. ex., un résident prend le contrôle de la télécommande pour imposer son choix d’émission dans le salon collectif), selon l'Institut national de santé publique du Québec.

On parle de maltraitance quand un geste singulier ou répétitif, ou une absence d’action appropriée, se produit dans une relation où il devrait y avoir de la confiance, et que cela cause du tort ou de la détresse chez une personne aînée, d'après le gouvernement du Québec.

La maltraitance se distingue de l'intimidation par le lien de confiance entre les personnes.

Le phénomène demeure méconnu et tabou. D'où l'importance, croit Judith Gagnon, de donner des conférences sur le sujet, comme elle le fait en ce soir de janvier dans le sous-sol d'une église de la ville de Québec. Une cinquantaine de membres du club Les aînés actifs d'Orsainville sont venus l'écouter avant leur soirée soupe et bingo.

Le gros problème qu’il y a, quand il arrive de l’intimidation, c'est que le monde ne dénonce pas, dit un aîné rencontré après la conférence. Ils s’en vont. Ils ne veulent pas se mêler là-dedans.

Pourtant, les conséquences de l’intimidation peuvent être graves.

Il y a des gens, un moment donné, qui ne sortent plus ou qui n'osent plus s'exprimer. Ils se sentent trop vieux. Ils se sentent gauches.

Judith Gagnon, présidente de l'AQDR

Certaines victimes font de l'insomnie et en viennent même à déménager, selon Marie Beaulieu.

Prévenir l'intimidation chez les aînés

Pour contrer le phénomène, Marie Beaulieu mène un projet de recherche en collaboration avec un groupe de résidences privées. On est en train de développer un programme de formation pour vraiment sensibiliser les résidents, les employés et les membres des familles à être attentifs à l’intimidation ou l’intolérance. Les témoins ont un rôle à jouer.

Les aînés, dit-elle, doivent faire preuve de bienveillance entre eux.

Le ministère de la Famille du Québec compte par ailleurs présenter un nouveau plan d'action pour prévenir et contrer l’intimidation au printemps 2020. Des mesures pour les aînés étaient incluses dans le dernier plan 2015-2018, toujours en vigueur.

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