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Arsenic : comment une fonderie allemande parvient-elle à respecter la norme européenne?

Des bâtiments et conduits industriels sur le site d'une fonderie.

Les installations d'Aurubis à Hambourg, en Allemagne

Photo : gracieuseté Aurubis AG

Thomas Deshaies

La fonderie de l’entreprise Aurubis située à Hambourg, en Allemagne, une ville de près de 2 millions d'habitants, parvient à respecter la norme européenne concernant l'arsenic. Cette fonderie a certaines similarités avec la Fonderie Horne de Glencore à Rouyn-Noranda. Elles dépendent notamment de l’importation de concentrés de cuivre provenant de l’étranger, produisent des anodes de cuivre, sont situées en milieu urbain et ne possèdent pas de mine à proximité de leurs installations.

La fonderie de l’entreprise Aurubis à Hambourg a été construire en 1908, mais a subi des rénovations majeures après la Seconde Guerre mondiale. Elle a au fil du temps été modernisée.

L’entreprise estime avoir émis dans l’air, en 2017, 364 kilogrammes d’arsenic. Il s’agit de la quantité d’arsenic qui n’est pas capté, mais rejeté dans l’environnement. À titre de comparaison, c’est 40 fois moins de rejets d’arsenic que la Fonderie Horne, qui en a émis, pour la même année, 14 629 kilogrammes.

La moyenne de la concentration d’arsenic dans l’air à Hambourg de 2007 à 2018 était de 4,5 nanogrammes par mètre cube (ng/m3), ce qui est plus que la norme provinciale québécoise de 3 ng/m3, mais moins que le seuil proposé par l’Union européenne, qui est de 6 ng/m3. En 10 ans, ce n’est qu’en 2018 que l’entreprise a dépassé la norme européenne avec une concentration moyenne de 7,8 ng/m3. L’entreprise justifie ce dépassement en raison de conditions météorologiques exceptionnelles.

Ces données sont calculées par une station de mesure située à 500 mètres des limites des installations de la fonderie allemande, mais à environ 1,5 km du secteur des réacteurs et convertisseurs, selon nos calculs.

L’enjeu des concentrés avec un fort pourcentage d’arsenic

L’arsenic entre dans la fonderie par l’entremise des concentrés de cuivre qui y sont traités. La fonderie allemande n’a pas souhaité nous transmettre le pourcentage d’arsenic présent dans les concentrés qu’elle traite. Ceci étant, selon leur rapport environnemental dont une copie nous a été transmise, l’entreprise déclare traiter des concentrés de cuivre « complexes » qui contiennent notamment de l’arsenic.

Selon le professeur au département de génie chimique à Polytechnique Montréal, Patrice Chartrand, cette fonderie n’est toutefois pas considérée parmi les cinq dans le monde qui traitent des concentrés avec une concentration très élevée d’arsenic, contrairement à la Fonderie Horne.

En 2017-2018, 1 200 000 tonnes de concentrés de cuivre provenant de plusieurs pays, mais majoritairement du Chili, ont été importées à la fonderie allemande. La Fonderie Horne a quant à elle traité 717 122 tonnes de concentrés de cuivre en 2017 et 670 001 tonnes en 2018.

Une vue aérienne d'une ville où on aperçois les cheminées d'une fonderie.

La fonderie d'Aurubis est située en milieu urbain à Hambourg.

Photo : gracieuseté Aurubis AG

Une comparaison pertinente avec la Fonderie Horne?

Selon Patrice Chartrand, la comparaison des performances environnementales entre les deux fonderies est pertinente. Il invite toutefois à la prudence. Il est mentionné que la fonderie d’Aurubis accepte des concentrés complexes, mais n’est pas reconnue comme une des cinq fonderies qui prennent de ces concentrés, explique-t-il.

De son côté, la Fonderie Horne estime qu’une comparaison n’est pas possible. La nature du procédé est très différente et il y a peu ou aucun détail sur l’alimentation de leur usine, ce qui rend très difficile une comparaison entre nos deux usines, même si les deux produisent des anodes de cuivre, nous a répondu par courriel la représentante de l’entreprise, Cindy Caouette, après avoir consulté les experts de la fonderie.

En ce qui concerne la station d’échantillonnage permettant de mesurer une concentration d’arsenic dans l’air en Allemagne, la Fonderie Horne précise qu’elle est située beaucoup plus loin que la station de mesure la plus proche de la Fonderie Horne, situé à environ 400 mètres du réacteur, mais aux abords du terrain de l’entreprise, selon nos calculs. La station légale d’Aurubis ne se trouve pas dans les vents dominants et est située beaucoup plus loin de l’entreprise que celle de la Fonderie Horne, ce qui peut avoir une incidence sur les résultats, précise Mme Caouette.

Deux entreprises soumises à un plan de réduction d’arsenic

Questionnée sur ses capacités à respecter le seuil d’arsenic recommandé par l’Union européenne, soit de 6 ng/m3, la fonderie d’Aurubis nous a fourni peu de précisions. La représentante de l’entreprise a répondu par courriel que cela était possible en raison de « mesures d’amélioration continue ». Des zones de manutention et de stockage fermées, des processus à faibles émissions, des installations pour capturer les émissions diffuses pendant le traitement en créant une nouvelle technologie innovante et efficace, a-t-on précisé par courriel.

Comme pour la Fonderie Horne, la fonderie d’Aurubis est soumise depuis plusieurs années à des plans de réduction de ses émissions atmosphériques. Un comité de suivi a été mis sur pied en collaboration avec la Ville en 2003. L’entreprise en est à sa sixième entente de réduction de l’arsenic et celle-ci affirme avoir dépensé un demi-milliard de dollars uniquement pour améliorer ses performances environnementales depuis l’an 2000, sans toutefois préciser quel montant était réservé à la réduction des émissions atmosphériques. Depuis 2003, l’entreprise déclare avoir réduit d’environ de moitié ses émissions d’arsenic.

La Fonderie Horne s’est quant à elle conformée à une première attestation d’assainissement en 2007 puis à une seconde en 2017. L’entreprise a déposé deux plans d’action de réduction des émissions atmosphériques dans ce contexte et un troisième en décembre dernier. Elle estimait en mai dernier avoir réduit de 81 % ses émissions d’arsenic depuis 2004 et déclarait investir le tiers de son budget annuel d’investissement dans son volet environnemental. De 2006 à 2021, la fonderie déclarait investir 30 millions de dollars pour des projets reliés à la réduction des émissions atmosphériques. Dans son nouveau plan d’action déposé en décembre 2019, elle prévoit investir environ 180 millions de dollars de plus.

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